Après une nouvelle série d’incidents survenus la semaine dernière en prison, les agents pénitentiaires réclament des mesures de toute urgence.
La semaine dernière, quatre gardiens de prison ont été victimes d’agressions, tandis que de nombreux autres ont été confrontés à des menaces et insultes, rapporte l’association des agents pénitentiaires ce mardi. Des conditions de travail qui se détériorent désormais «à un rythme inquiétant», et qui mettent en péril leur sécurité au quotidien.
«Les conséquences auraient pu être bien plus graves sans l’intervention rapide et professionnelle des collègues sur place», précise Samir Djennas, président de l’association des agents pénitentiaires.
«Les choses dérapent en un instant»
Des faits suffisamment alarmants pour appeler les autorités à agir. «On exerce notre métier dans un contexte particulier où les émotions sont exacerbées. Il y a beaucoup de tensions, les choses peuvent déraper en un instant», souffle-t-il. «Dans un cas, l’agent qui a été agressé était seul, ce qui nous arrive de plus en plus souvent malheureusement, à cause du manque de personnel.»

Samir Djennas : «Notre seul atout face à la violence, c’est l’effectif. Or, on en manque!» (Photo : alain rischard)
En 2025, une cinquantaine d’agressions ou tentatives d’agression sur des agents pénitentiaires ont été signalées. Un chiffre en légère hausse qui s’explique par différents facteurs.
«Il y a de moins en moins de respect envers l’uniforme de manière générale. Et puis, les prisons arrivent quasiment au maximum de leur capacité. Celle de Sanem, ouverte il y a trois ans avec 440 places, est pleine. Donc des difficultés liées à cette surpopulation s’ajoutent.»
Du gel au poivre qui prend la poussière
Non armés, les agents pénitentiaires se trouvent démunis pour faire face au risque pourtant omniprésent. «En 2018, des stocks de gel au poivre avaient été achetés et des instructeurs formés, mais depuis, rien ne se passe. Ils doivent prendre la poussière quelque part», déplore Samir Djennas.
«Tout ce qu’on a en réalité pour nous protéger, c’est nos gants et un talkie-walkie. Face à la violence, notre seul et unique atout, c’est l’effectif. Or, on en manque cruellement!»
Si, sur le papier, près de 600 hommes et femmes assurent chaque jour la surveillance et le fonctionnement des trois centres pénitentiaires que compte le Luxembourg (à Schrassig, Givenich et Sanem), sur le terrain, la situation est très différente.
«En équivalent temps-plein, on doit plafonner à 500 agents à peine pour environ 760 détenus. Sachant qu’on travaille 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, ça commence à être compliqué! Beaucoup sont des jeunes parents, avec les obligations familiales que ça implique. Une partie d’entre eux est à temps partiel.»
Un sentiment d’abandon
Certes, des postes sont ouverts pour recruter davantage, mais pas suffisamment aux yeux de Samir Djennas, qui pointe un mauvais calcul de la part des autorités.
«Nous défendons une approche sociale de notre métier, qui demande du temps et de l’écoute, pour comprendre les problèmes, les désamorcer et trouver des solutions. Le gouvernement pense autrement et surtout, il n’anticipe pas du tout les arrêts maladie, les congés parentaux ou même les temps dédiés aux formations.»
«On peut être rappelé à tout moment»
Conséquence : les plannings se transforment en casse-tête et il faut se tenir prêt à sauter dans la brèche en cas d’absence imprévue d’un collègue. «C’est une pression lourde et constante. On ne peut pas partir deux jours en repos sans y penser : on peut être rappelé à tout moment si besoin.»

Selon les derniers chiffres, le Luxembourg compte 760 détenus pour environ 600 agents pénitentiaires. (Photo : alain rischard)
Aujourd’hui, les agents pénitentiaires ne se sentent tout simplement pas entendus. «Les décideurs ne connaissent rien du terrain. Pour eux, c’est juste du papier, des chiffres. Comment expliquer qu’on préfère avoir deux collègues dans le dos pour effectuer des trajets dans un couloir rempli de détenus? Il faut y être déjà entré seul pour comprendre…»
L’association réclame «des mesures urgentes pour garantir la sécurité des agents et leur permettre de disposer de périodes de repos suffisantes, indispensables pour préserver leur santé et leur équilibre.»