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Le salaire social minimum va augmenter de 170 euros


Le gouvernement a décidé d’aider les entreprises à absorber cette hausse à hauteur de 1,3%. (Photo archives editpress/fabrizio pizzolante)

Le salaire social minimum sera augmenté de 3,8 % à compter de 2027 et, avec la prochaine tranche indiciaire de 2,5 %, la hausse atteindra 170 euros. Le gouvernement aidera le patronat.

Le ministre du Travail, Marc Spautz, et le ministre de l’Économie, Lex Delles, ont annoncé vendredi lors d’une conférence de presse au pied levé une hausse de 105 euros du salaire social minimum, soit 3,8 % à compter du 1ᵉʳ janvier 2027.

Elle va s’additionner à la prochaine tranche indiciaire de 2,5 % prévue avant l’été. Au total, le salaire social minimum va connaître une augmentation de 170 euros, et le gouvernement a décidé d’aider les entreprises à absorber cette hausse à hauteur de 1,3 %.

«Nos entreprises et toute notre économie sont fragilisées», a rappelé le ministre de l’Économie, Lex Delles. «Les détails de cette compensation seront discutés avec l’UEL (Union des entreprises luxembourgeoises)», a-t-il ajouté.

Pour l’heure, le ministre Delles est incapable de dire combien de temps cette compensation sera effective, si elle va durer 6 mois ou 3 ans, mais il avance le chiffre de 30 à 50 millions d’euros pour le coût qu’elle représentera annuellement.

«Les syndicats ne seront certainement pas satisfaits de ce résultat, mais nous devons trancher», a ajouté Marc Spautz, ministre du Travail.

Les syndicats réclamaient une hausse de 12 % du salaire social minimum, soit 300 euros de plus pour atteindre 60 % du salaire médian, «mais cela dépend de la méthode de calcul et de ce qui entre dans le panier», a souligné Marc Spautz.

Le gouvernement s’est basé sur les chiffres d’Eurostat et non sur ceux du Statec et n’a pas tenu compte des primes et du treizième mois.

Mardi dernier, les syndicats avaient quitté la réunion avec le ministre Spautz quand celui-ci leur avait signalé que la méthode de calcul retenue plaçait déjà le SSM à 60 % du salaire médian. «Avec ces augmentations, nous en sommes à 60,2 %», nous a précisé de son côté Lex Delles.

«Le gouvernement reste pleinement engagé à poursuivre les échanges avec les partenaires sociaux dans les prochains jours, afin de progresser de manière concertée sur ce dossier», pouvait-on lire dans un communiqué du gouvernement à l’issue de la réunion de mardi dernier.

«On est choqués, scandalisés, aussi bien sur la forme que sur le fond!», peste la présidente de l’OGBL, Nora Back. Le ministre du Travail, Marc Spautz, avait assuré cette semaine aux syndicats qu’il n’y aurait pas de décision avant Pâques.

Personne ne les a avertis au préalable de cette décision tombée hier au Conseil de gouvernement. «On nous met devant le fait accompli en organisant une conférence de presse à la dernière minute et c’est encore pire que s’ils n’avaient rien fait», exprime Nora Back.

«La mort du dialogue social»

Elle sait que l’indexation des salaires est un automatisme, mais il n’y aurait pas eu la compensation pour les employeurs. «Le contribuable paie encore un tiers de cette augmentation pour un ajustement automatique, c’est n’importe quoi! Ce gouvernement a clairement pris parti pour le capital et les super riches et il se moque de dizaines de milliers de travailleurs qui ne parviennent plus à arrondir les fins de mois. Il ne faut pas oublier que le Luxembourg a le taux le plus élevé de travailleurs pauvres», nous déclare la présidente de l’OGBL.

«C’est la mort du dialogue social au Luxembourg», annonce Nora Back. Elle se dit énormément déçu par Marc Spautz. «Il fait encore un appel pour une tripartite, après avoir déjà pris une décision, non mais je rêve!»

Le ministre de l’Économie a annoncé que les détails de cette compensation seraient discutés avec le patronat, autre stupéfaction pour les syndicats. «Et nous? Qui va payer la compensation? C’est bien les travailleurs!», fait remarquer Nora Back en soulignant qu’ils payaient déjà la majeure partie des recettes fiscales.

Le parti déi Lénk ne dit pas autre chose dans un communiqué envoyé dans l’après-midi d’hier : «Si l’État finance l’ajustement avec des fonds publics, cela signifie simplement que les gens paient leur propre salaire via leurs impôts sur le revenu» écrit le parti, ajoutant être en face «d’un niveau de cynisme difficile à dépasser».

Il faut s’attendre à des actions syndicales dans la rue. «Il y aura déjà la fête du Premier Mai, mais il pourrait y avoir des actions avant», prévient Nora Back. Le ministre Delles tente de faire entendre raison.

«Le code du travail offre la possibilité au gouvernement, le cas échéant, de déposer un projet de loi pour réévaluer le SSM tous les deux ans, selon l’évolution générale des salaires et des conditions économiques. Or, la situation économique n’est pas bonne, nous sommes loin de la croissance de 3 % que le Luxembourg a connue. Le taux de chômage augmente, il y a le danger d’une situation économique très défavorable. On a cherché à maintenir le pouvoir d’achat des ménages, et la compensation aux entreprises c’est la garantie qu’elles puissent encore engager du personnel et créer des emplois. On essaie de trouver un équilibre et une augmentation cumulée de 170 euros ce n’est pas rien, d’autant que la Banque centrale européenne a revu à la baisse la croissance à 0,3 %», explique-t-il.

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