Près de cinq mois après son passage à un fonctionnement 24 heures sur 24, le Centre national pour victimes de violences a déjà accueilli plusieurs centaines de personnes, avec une demande en hausse.
Le Centre national pour victimes de violences (CNVV) poursuit sa montée en puissance. Depuis son ouverture et jusqu’au 31 juillet dernier, 777 victimes de violences se sont adressées au centre, dont 338 ont demandé et obtenu une prise en charge sur place, indique la ministre de l’Égalité des genres et de la Diversité, Yuriko Backes (DP), dans une réponse à une question parlementaire de la députée socialiste Claire Delcourt.
Ces chiffres constituent un nouveau point d’étape pour une structure dont le fonctionnement a profondément évolué depuis le printemps. Comme nous le rapportions en mai, le CNVV est accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 depuis le 1er mai, avec une helpline nationale disponible en continu.
L’équipe avait alors été renforcée pour atteindre 20 collaborateurs, soit 13 équivalents temps plein, contre cinq ETP au début du projet pilote.
La nouvelle réponse parlementaire apporte surtout des précisions sur ce que deviennent les victimes après leur premier contact avec le centre. Environ 74 % des personnes directement prises en charge au CNVV ont été «orientées vers des services spécialisés pour un suivi à moyen ou long terme».
Cette orientation fait partie intégrante du rôle du centre, qui se veut avant tout une «première structure d’accueil ambulatoire complémentaire au dispositif existant».
Le CNVV précise également que les victimes qui le contactent uniquement par téléphone ou par e-mail reçoivent «toujours des informations sur les services existants» susceptibles d’assurer la suite de leur accompagnement.
Le dispositif ne semble par ailleurs pas confronté, à ce stade, à un engorgement du premier accueil. «Actuellement, il n’y a pas de liste d’attente au CNVV pour un premier entretien», répond ainsi la ministre. Les victimes peuvent donc être «immédiatement accueillies et prises en charge en urgence».
La situation est différente pour les consultations plus spécialisées. Pour un entretien avec un psychologue du CNVV ou une consultation juridique, «des délais d’attente peuvent ponctuellement survenir en raison de la forte demande». Ils sont actuellement d’«environ une semaine».
Une hausse des demandes
C’est l’autre enseignement de ce premier bilan : la demande augmente. Le ministère attribue toutefois cette hausse à plusieurs facteurs et se garde de l’interpréter comme une augmentation des violences elles-mêmes.
Le fonctionnement 24/7 joue un rôle évident. Depuis le 1er mai, «le fait que le CNVV soit lui-même ouvert 24 heures sur 24 permet aux victimes d’y recourir plus facilement». À cela s’ajoute la mise à disposition, depuis la même date, de la «première helpline nationale pour les victimes de violences», elle aussi accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Le ministère évoque aussi une campagne nationale de sensibilisation aux violences fondées sur le genre ainsi que des actions d’information auprès «des communes, des écoles, des partenaires institutionnels et de la société civile».
Mais Yuriko Backes pose une limite importante à l’interprétation des chiffres : «Les données actuellement disponibles ne permettent toutefois pas de conclure, sur la seule base de l’augmentation des demandes adressées au CNVV, à une hausse réelle du nombre de cas de violences au Luxembourg.»
Des moyens doublés
Le budget de fonctionnement atteint actuellement 1,8 million d’euros par an. Par rapport au lancement de la phase pilote en 2025, le ministère parle d’«environ un doublement des ressources», tant en personnel qu’en moyens financiers.
Pas question, pour l’instant, d’annoncer de nouveaux renforts. Le ministère estime qu’il est «encore trop tôt pour évaluer de manière définitive» la nécessité d’une nouvelle augmentation du budget ou des effectifs pour répondre à la demande à moyen et long terme.
Lancé le 29 avril 2025 comme projet pilote, le CNVV reste donc dans une phase d’observation. Son activité est suivie par un comité d’accompagnement et à travers des statistiques ciblées portant notamment sur le nombre de victimes et l’utilisation des différentes offres.