La banque Ueno a été déclarée insolvable, gelant les avoirs de millions d’épargnants. Impossible pour eux de retirer le moindre argent. La colère gronde dans la rue.
Le président du Paraguay Santiago Peña, au bord de la destitution, a demandé vendredi un délai de trois jours pour préparer sa défense devant le Sénat, dans la foulée d’une crise bancaire qui a motivé une nouvelle manifestation jeudi soir à Asuncion. Une demande qui a été rejetée par le Sénat. J’ai demandé un «délai de 72 heures pour exercer ma défense», avait déclaré Santiago Peña sur le réseau social X. Il avait déploré n’avoir été notifié qu’à 22 h 15 jeudi d’un acte d’accusation de 15 pages avec «environ 300 pages d’annexe», alors que sa présentation devant le Sénat était prévue vendredi à 10 h. «Ce n’est pas une procédure régulière avant de se présenter», a-t-il estimé.
Président depuis 2023, le conservateur Santiago Peña, 47 ans, a été assigné par le Parlement à un procès en destitution à la suite de la crise de la banque Ueno. Déclarée insolvable mardi, elle a été mise sous tutelle par la Banque centrale du Paraguay (BCP), gelant les avoirs de millions d’épargnants.
Ueno revendiquait 2,94 millions de clients, soit près de la moitié de la population du pays. Et Santiago Peña, économiste de formation, avait jusqu’à l’an dernier des actions dans une holding détenant Ueno, banque à la croissance ultra-rapide ces dernières années. D’où une accusation de conflit d’intérêts fondant la demande de destitution.
La crise a fait descendre dans la rue, encore jeudi soir, des milliers de manifestants à Asuncion. «Ma famille s’est retrouvée sans argent, nous n’avons pas de liquide. Santi (Peña) est un délinquant, il doit aller en prison!», a lancé dans la foule Andres Maldonado, étudiant de 21 ans. «Voler est un délit seulement pour les pauvres», «Ce n’est pas que l’argent manque, c’est qu’il y a trop de voleurs», clamaient des pancartes, au milieu de slogans «Santi, ordure, on veut ta tête!».
Flottement institutionnel
Le Paraguay se trouve, en cette fin de semaine, dans une période d’incertitude, une zone grise constitutionnelle inédite pour ce pays de 6,5 millions d’habitants, proche allié de longue date des États-Unis en Amérique latine. Si Santiago Peña a bien présenté sa démission jeudi, il reste techniquement à la tête de l’État, dès lors que le Parlement, faute de quorum jeudi, n’a pu voter pour l’accepter ou la refuser. Une étape indispensable.
Une démission acceptée aurait conféré à Santiago Peña une immunité parlementaire car, au titre d’ex-président, il acquérait le statut de sénateur à vie, ont expliqué des constitutionnalistes et députés. Or, nombre de parlementaires souhaitaient voir le président passer par une procédure de destitution en bonne et due forme. Et les quelque 5 000 manifestants aux abords du Parlement jeudi soir disaient résolument le vouloir «en prison», a constaté l’AFP.
Jeudi, le parquet général du Paraguay a annoncé l’ouverture d’une enquête visant Santiago Peña pour des «faits relatifs à la supervision et à la résolution de Ueno Bank» et l’éventuel «placement de fonds publics dans ladite entité». Outre la démission du président de la BCP, la crise a vu huit dirigeants d’Ueno placés en détention provisoire, et des poursuites engagées contre une vingtaine d’autres personnes depuis mardi.
Démission ou procès en destitution? Au Parlement, le cas de Santiago Peña a fait jeudi l’objet d’un débat acharné. Si les parlementaires acceptaient sa démission, le chef de l’État conservait «son immunité en acquérant le statut de sénateur à vie», a précisé le constitutionnaliste Alcibiades Gonzalez Delvalle. Et il s’évitait ainsi un procès en destitution, que beaucoup de députés réclamaient.
Concernant les victimes d’Ueno, dès mercredi, le Parlement a adopté une loi expresse prévoyant de premiers versements cette semaine à des épargnants lésés, avances qui pourront atteindre jusqu’à l’équivalent de «40 salaires mensuels minimum» à terme. Si Santiago Peña est destitué au terme de son procès devant le Sénat, la voie sera ouverte au vice-président Pedro Alliana, 52 ans, issu du même parti conservateur Colorado, hégémonique au Paraguay, pour assumer la fin du mandat jusqu’en 2028. Pedro Alliana était lui aussi visé par une demande de destitution à la suite du scandale Ueno, mais dans son cas les députés ont voté pour refuser cette procédure.