Dans le centre de la capitale, mardi après-midi, environ 200 personnes ont manifesté leur colère face à la crise du logement.
Des tentes, des cheminées en carton et surtout, de nombreuses pancartes. Plusieurs organisations syndicales et associations de jeunesse ont fait entendre leur mécontentement devant la Chambre des députés ce mardi après-midi.
Leur principale source de colère : le coût du logement. Maxime Pantaleoni, membre du collectif Logement’s Crise, évoque notamment les difficultés rencontrées par la jeunesse.
«On en a marre de la situation du marché du logement aujourd’hui. Une chambre en colocation à Luxembourg coûte 1 300 euros par mois. On arrive même à 1 800 euros si on veut sa propre salle de bain. Avec un salaire de 2 800 euros, c’est impossible de boucler son budget.»
30 ans, toujours chez les parents
Une colère, mais aussi des craintes. Parmi les manifestants, il y a Ben, 28 ans. « Je veux pouvoir continuer à vivre au Luxembourg. C’est le pays où je suis né, c’est ma maison », explique-t-il.
« Aujourd’hui, je souhaite quitter le domicile familial, mais c’est impossible. J’ai presque 30 ans. À l’époque, les jeunes achetaient avant 25 ans, mais on n’en a plus la possibilité. De nos jours, tu fais des études, ça te coûte une jambe et un bras, et puis tu n’as aucune garantie pour l’avenir.»
Ben, comme d’autres sur place, a l’impression de ne pas être soutenu par les politiques en place. «On investit partout où c’est faisable, mais pas dans le logement abordable. On veut construire plus, mais on ne rend pas cela accessible à des gens qui en ont besoin.»
De son côté, Noah, 17 ans, manifeste pour la première fois. Toujours lycéen, il redoute le moment où il devra se chercher un appartement. «Quand j’imagine notre futur, j’ai peur de ne pas savoir me permettre financièrement de quitter la maison de mes parents. Je ne trouve pas juste de travailler 40 heures par semaine et de voir la moitié de son salaire partir juste pour vivre quelque part.»
Enfin, quelques mètres plus loin, nous rencontrons Alan, 45 ans. «Je suis ici parce que j’aimerais que les politiciens prennent en compte cette problématique du logement. J’habite au Luxembourg avec mes parents, dans une vieille petite maison, et le loyer s’élève à 2 700 euros par mois. Ce n’est pas du tout une situation idéale.»
Les revendications
En revenant de l’estrade, Alija Suljic, président du département des jeunes de l’OGJ, exprime les principales revendications : «Nous souhaitons un plafonnement des loyers et une réelle prise de conscience du gouvernement. Nous n’observons aucune décision visant à construire des logements en masse au Luxembourg.»
Il souligne que le problème n’est pas récent et qu’il faut agir dès maintenant pour éviter une situation bien pire. «C’est une véritable crise et il faut la gérer comme telle. Tout le monde ici est concerné, sauf ceux qui ont reçu un héritage ou qui ont la chance d’avoir un travail particulièrement bien rémunéré.»
Maxime Pantaleoni tire lui aussi la sonnette d’alarme. «Nous en sommes arrivés à une situation très grave. La jeunesse ne peut plus rien acheter, donc elle va sur le marché de la location. Il faut savoir que cette année, le loyer moyen au Luxembourg a augmenté de 6 %. Cette hausse atteint même à 11 % dans le sud du pays. Un jeune qui commence à travailler n’a pas les moyens de faire quoi que ce soit. On en a vraiment ras-le-bol.»
Les suites politiques
La manifestation avait lieu en même temps qu’une séance plénière à la Chambre des députés consacrée à la politique étrangère. À sa sortie, les représentants politiques se sont fait huer par les manifestants.
Le Premier ministre, Luc Frieden, ainsi que le ministre des Finances, Gilles Roth, se sont arrêtés quelques instants.
Concernant les suites politiques de ce rassemblement, les représentants de la jeunesse rencontreront le ministre du Logement, Claude Meisch, le 10 novembre prochain, annonce Maxime Pantaleoni.
«Le ministre nous a invités et nous garantissons qu’il ne s’agira pas seulement d’une séance d’information. Nous allons lui faire part de nos revendications et nous espérons qu’il va nous écouter.»
Si le représentant de Logement’s Crise estime qu’une mobilisation seule ne va pas faire bouger les choses, il communique déjà la date du prochain rassemblement.
«Nous voulons organiser une seconde manifestation le 13 novembre à 18 h qui partirait de Hamilius pour rejoindre la Chambre des députés. Nous avons choisi cette heure-là pour faciliter la venue des jeunes travailleurs.»
D’ici là, la tension pourrait retomber d’un cran.