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Logement universitaire : plus d’un étudiant sur deux en difficulté, selon l’ACEL


L’association réclame notamment davantage de transparence dans l’attribution des logements. (Photo : editpress)

Une enquête menée par l’ACEL auprès de 432 participants met en évidence les difficultés d’accès au logement étudiant au Luxembourg et pousse l’association à réclamer davantage de places.

Le constat dressé par l’Association des cercles d’étudiants luxembourgeois (ACEL) est sans détour et, malheureusement, sans surprise : le logement reste l’un des principaux obstacles rencontrés par les étudiants au Luxembourg. L’association vient de publier les résultats d’une enquête lancée en septembre 2025 et menée pendant plus de cinq mois. Point important : sur les 432 participants, 366 étudient au Luxembourg, dont 316 à l’Université du Luxembourg; les résultats donnent donc avant tout un aperçu de la situation des étudiants de l’Uni.lu.

Ce problème, Mattis Noël, le président de l’ACEL, le pointait déjà il y a quelques semaines dans nos colonnes. «Si je devais citer un seul problème, je dirais, sans surprise, que c’est le logement universitaire. Il y a beaucoup de soucis pour trouver un logement ici, à Belval, pour l’Uni. Notamment pour les étudiants internationaux. L’offre n’est pas assez élaborée, c’est vraiment très difficile. Ils nous contactent quotidiennement pour trouver un logement.»

Les résultats de l’enquête viennent désormais mettre des chiffres derrière ce constat : 56,41 % des personnes interrogées déclarent ainsi avoir trouvé difficile d’obtenir un logement étudiant de la part de l’Université du Luxembourg. Parmi les principales critiques figurent les délais d’attente, qui peuvent atteindre six mois, mais aussi les refus et une communication jugée peu claire ou trop lente.

Comme mentionné par le président de l’association étudiante, la situation apparaît particulièrement compliquée pour les étudiants originaires de pays hors de l’Union européenne. 68,8 % d’entre eux déclarent avoir eu des difficultés à obtenir un logement universitaire, contre 43,3 % des étudiants de l’UE. À l’inverse, seuls 22,2 % des étudiants non européens interrogés estiment qu’il leur a été facile de trouver un logement, contre 36,6 % des ressortissants de l’UE.

Une différence se retrouve aussi lorsqu’il faut trouver une solution après un refus de l’Université. Le marché locatif privé constitue ainsi l’alternative la plus fréquente, cité par 59,5 % des répondants. La proportion grimpe à 71,7 % chez les étudiants originaires de pays hors UE. Mais pour les étudiants luxembourgeois, la situation est différente : 64,3 % de ceux qui n’obtiennent pas de logement universitaire indiquent pouvoir retourner vivre chez leur famille, contre seulement 4 % des étudiants non européens.

Pour l’ACEL, ces chiffres illustrent une différence importante dans les solutions dont disposent les étudiants selon leur origine. L’association souligne que les étudiants internationaux ne peuvent généralement pas compter sur un hébergement familial au Luxembourg et dépendent davantage du marché privé. Elle estime donc que ce marché doit devenir «une véritable alternative accessible et abordable», plutôt qu’une solution de dernier recours.

Une offre insuffisante

Face à ces difficultés, l’ACEL demande une augmentation du nombre de logements étudiants disponibles. L’association estime qu’environ 1 000 logements sont actuellement répartis dans 32 résidences universitaires. Elle avance un objectif de «1 600 logements à l’horizon 2030» et demande que les projets nécessaires soient lancés au plus tard en 2028.

L’association réclame également davantage de transparence dans l’attribution des logements et souhaite notamment que les étudiants puissent connaître «les critères utilisés, leur position sur les listes d’attente ainsi que les raisons précises d’un éventuel refus».

Le coût constitue également une difficulté importante. Dans les réponses ouvertes de l’enquête, certains étudiants indiquent payer plus de 1 000 euros pour une chambre. Plusieurs témoignages décrivent une part très importante, «voire presque la totalité», du budget étudiant consacrée au logement.

Au-delà du nombre de places, l’ACEL remet également en question les règles concernant la durée d’occupation des résidences universitaires. Actuellement, la durée est limitée à trois ans pour un bachelor et à deux ans pour un master ou un doctorat. Plus de la moitié des répondants concernés par ce système, soit 53,57 %, se déclarent critiques à son égard.

L’association plaide donc pour davantage de flexibilité, avec la possibilité de prolonger un séjour pour des raisons académiques, sociales ou personnelles. Elle souhaite également que l’année académique puisse réellement se terminer le 31 août. L’objectif est d’éviter que des étudiants doivent quitter leur logement pendant quelques semaines alors qu’ils sont encore concernés par des examens, la remise d’un mémoire ou des démarches liées à l’obtention de leur diplôme.

«Si de nombreux étudiants comprennent la nécessité d’assurer une certaine rotation dans les résidences, le risque de perdre leur logement avant la fin de leurs études génère un stress supplémentaire», appuie le représentant de l’association.

Pour l’ACEL, les difficultés actuelles nécessitent aussi une réponse politique forte : l’association demande ainsi l’adoption d’une loi consacrée au logement étudiant d’ici 2028.

L’objectif serait notamment «d’harmoniser les règles de construction» entre les différentes communes et de faciliter la création de nouvelles résidences. L’ACEL demande par ailleurs à être associée à l’élaboration de ce futur cadre légal et rappelle, au passage, que le ministère du Logement peut, sous certaines conditions, «financer jusqu’à 100 % des coûts de construction de logements étudiants». Elle estime donc que davantage d’investissements publics doivent être mobilisés et seraient totalement bénéfiques pour les communes.

Logement et mobilité, deux problèmes liés

L’enquête de l’ACEL ne s’est toutefois pas limitée au logement. Elle s’est également intéressée aux déplacements des étudiants, mettant en évidence un lien étroit entre les deux problématiques.
Parmi les participants étudiant au Luxembourg, 64,4 % utilisent principalement les transports publics. Et 53,55 % estiment que leur trajet est trop long. Les difficultés évoquées concernent notamment les retards, les annulations, les correspondances et la nécessité de multiplier les changements. La liaison entre Belval et le Kirchberg est particulièrement citée par l’ACEL, qui estime que les temps de trajet peuvent constituer un frein pour les étudiants.

Lors de son entretien, Mattis Noël évoquait notamment le cas d’un étudiant vivant à Clervaux et passant environ une heure et demie dans les transports pour rejoindre Belval. L’ACEL souhaite ainsi davantage de liaisons directes ou express depuis le nord, l’est et l’ouest du pays ainsi que des fréquences adaptées aux horaires des cours.

L’association propose notamment d’évaluer les principales lignes empruntées par les étudiants en tenant compte non seulement du temps de trajet théorique, mais aussi du temps réel «de porte à porte», des correspondances, des retards et des annulations. Elle évoque également la possibilité de réexaminer une liaison directe entre Belval et le Kirchberg, qui «existait jusqu’en 2017».

Pour l’ACEL, logement et mobilité sont indissociables : «Un logement abordable à proximité du campus permet de réduire les trajets quotidiens, tandis qu’une bonne offre de transports publics peut rendre accessibles des logements situés plus loin.»

Le constat est suffisamment clair : face à une demande qui dépasse l’offre, le logement étudiant est appelé à rester l’un des dossiers prioritaires dans les prochaines années. «Les résultats de l’enquête montrent que des mesures concrètes sont désormais nécessaires» pour le logement et la mobilité.

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