La coalition de Benjamin Netanyahu devance mercredi le bloc de l’opposition mais aucune majorité gouvernementale ne se dessine, après le dépouillement de la moitié des suffrages exprimés lors d’élections législatives où le Premier ministre israélien joue sa survie politique.
Après le dépouillement de 51,8 % des bulletins, le Likoud (droite) de Netanyahu et ses alliés sont crédités de 55 sièges sur les 120 que compte la Knesset, contre 49 pour le bloc de l’opposition et 16 pour les partis arabes, selon les données publiées par la Commission électorale.
Ces résultats partiels sont susceptibles de changer grandement au fur et à mesure que le dépouillement avance. Plusieurs sondages à la sortie des urnes publiés mardi mettaient les camps au coude-à-coude et sans majorité.
Le président américain Donald Trump a estimé mercredi que son soutien à Netanyahu, dans les derniers jours de campagne, l’avait « beaucoup aidé », alors que les sondages israéliens donnaient quasi unanimement l’avantage à l’opposition avant le scrutin.
Dans la nuit, Netanyahu et son principal rival, le centriste Gadi Eisenkot qui dirige le bloc principal de l’opposition, ont tous deux affirmé qu’ils étaient en position de force après ces élections législatives, les premières depuis le traumatisme des attaques du 7 octobre 2023 menées par le Hamas en Israël.
« Nous devons mettre en place un gouvernement de droite fort », a déclaré Netanyahu, appelant « la majorité juive et sioniste à se ressaisir et à s’unir ».
De son côté, Gadi Eisenkot a estimé que « le peuple a choisi le changement » et promis de « tout faire pour former un gouvernement ».
L’issue du scrutin est observée de près au-delà des frontières d’Israël, pays qui fait face à des critiques internationales croissantes sur la conduite de sa guerre dévastatrice à Gaza et une explosion de violences en Cisjordanie occupée.
Elle pourrait aussi avoir un impact sur la suite du conflit régional qui secoue le Moyen-Orient, Netanyahu ayant multiplié les menaces d’une nouvelle campagne militaire contre l’Iran ces derniers jours.
Partis arabes renforcés
Si la mobilisation a été très forte, avec un taux de participation au plus haut depuis plus d’un quart de siècle, les résultats partiels et les estimations des principaux médias dessinent un paysage fracturé, reflet d’un pays traversé par de profondes divisions.
L’incapacité apparente des deux camps, à ce stade, à réunir le minimum de 61 députés nécessaires pour former une coalition gouvernementale augure d’intenses tractations dans les semaines à venir.
Sur le papier, le camp anti-Netanyahu semble pourtant avoir l’avantage, puisque le bloc de Eisenkot et les partis arabes, farouchement hostiles au Premier ministre, dépassent ensemble largement le camp de M. Netanyahu.
Mais la coopération entre ces deux forces d’opposition est loin d’être acquise, Eisenkot, ainsi que plusieurs de ses alliés, ayant refusé jusque-là d’envisager une telle alliance qui pourrait braquer leurs électeurs de droite.
Dans ces conditions, la situation a pour l’instant des airs d’impasse, souligne Ilana Shpaizman, maîtresse de conférences en sciences politiques à l’université de Bar-Ilan.
« Netanyahu n’a aucun moyen de former un gouvernement » avec ses alliés actuels et le bloc de Eisenkot devra « soit former un gouvernement avec les partis arabes, soit établir un gouvernement minoritaire », deux options jusque-là rejetées par le camp de l’opposition, dit-elle.
Reste que la poussée spectaculaire des deux listes arabes israéliennes, Raam (Liste arabe unie, islamiste modéré) et la Liste unifiée (extrême gauche), impose plus que jamais ce camp comme un faiseur de rois.
Si l’absence de majorité se confirme et la paralysie s’installe, cette situation profiterait dans l’immédiat à Netanyahu, qui restera Premier ministre par intérim jusqu’à la formation du prochain gouvernement.
En cas d’impossibilité de sortir de l’impasse, de nouvelles élections seront organisées, comme cela a été plusieurs fois le cas dans l’histoire d’Israël.
Les résultats définitifs sont attendus d’ici jeudi soir ou vendredi matin, selon les médias israéliens. Le président Isaac Herzog recevra ensuite les chefs des différents partis avant de désigner l’un d’eux pour tenter de former une coalition gouvernementale.