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[Magazine] Italie : quand l’art prend soin des malades


(Photo : afp)

À Rome, un hôpital met l’art au service des patients atteints d’un cancer. Littérature, musique et visites aux musées permettent aux malades de mieux vivre leurs traitements. Un programme que les médecins espèrent voir s’étendre à toute l’Italie. Visite.

Des étagères remplies de livres, des tableaux aux murs et les vestiges d’un temple antique : dès la salle d’attente du service de radiothérapie de l’hôpital de l’île Tibérine, à Rome, l’art s’offre aux patients. «C’est un petit hôpital, à taille humaine» situé «au centre de Rome, entre le ghetto juif et le Trastevere, sur un îlot», décrit Andrea Viani, qui y a suivi cinq cycles de radiothérapie pour une tumeur au poumon diagnostiquée en 2024. Cet homme de 55 ans a pu bénéficier du programme «Isola.ART», qui propose aux patients atteints d’un cancer un parcours médical intégrant l’art et la culture, non seulement dans les espaces d’accueil et de soin, mais aussi lors de visites guidées hors de l’hôpital.

Cette expérimentation a été lancée en 2013 à la polyclinique Gemelli, où le pape Léon XIV vient d’être hospitalisé et qui appartient au même groupe. Puis elle a été étendue à d’autres hôpitaux italiens. «Lorsqu’un patient atteint d’un cancer reçoit le diagnostic de sa maladie, c’est un véritable séisme existentiel», explique le professeur Vincenzo Valentini, 73 ans, directeur du Centre oncologique de l’hôpital de l’île Tibérine et coordinateur du projet. «Son quotidien s’effondre, ses liens affectifs, ses relations, son travail, sa projection dans l’avenir», poursuit-il.  

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«Il a donc besoin d’une aide pour la reconstruire», notamment par la thérapie, «mais il a aussi besoin d’un désir de vouloir reconstruire un désir de vie», note-t-il. Il s’agit donc d’«offrir l’art aux patients, parce que l’art exprime la vie, et l’idée, c’est donc mettre de la vie dans des lieux où les personnes ont peur de la perdre», complète le professeur. À l’entrée du service de radiothérapie, ce sont d’abord les ruines d’un temple antique du IIIe siècle avant J.-C., dédié à Jupiter Iurarius (Jupiter, garant des serments), qui s’offrent au regard derrière des baies vitrées.

L’idée, c’est mettre de la vie dans des lieux où les personnes ont peur de la perdre

Près des bancs où attendent les patients – environ 70 chaque jour –, des étagères de livres appellent à l’évasion, tout comme les tableaux d’un artiste napolitain contemporain. Cette immersion dans l’art ne se limite pas à l’espace d’accueil. Avant d’entrer en radiothérapie, les patients peuvent choisir, sur une borne interactive, la musique et les images qui les accompagneront durant la séance, de dix minutes en moyenne. Alors qu’ils sont allongés sous l’accélérateur linéaire – imposant appareil qui détruit les cellules cancéreuses avec un faisceau d’électrons –, des vues spectaculaires des thermes de Caracalla ou du Colisée, joyaux du patrimoine romain, défilent sur une quinzaine d’écrans haute résolution disposés au plafond et aux murs.

Avec ces «images que les patients choisissent, tournées vers l’art, on cherche à activer des mécanismes de résilience», explique Francesco Miccichè, 51 ans, directeur du service de radiothérapie oncologique. «Chacun accueille la beauté en fonction de son état d’âme du moment, que ce soit par l’ouïe, par la vue, probablement aussi par les parfums, parce qu’il y a une bonne odeur, pas l’odeur classique d’hôpital», souligne Andrea Viani. Des visites guidées de monuments emblématiques de la Ville éternelle, tels que le Colisée ou encore le Palais Colonna, sont également proposées aux patients et à leurs proches.

(Photo : afp)

Car, assure le professeur Vincenzo Valentini, «un patient positif, qui sait être résilient, c’est-à-dire voir le bon même dans un parcours comme celui de l’oncologie, a plus de probabilités de guérison que les autres». «L’art dans le soin n’est pas là pour adoucir le soin, c’est une réalité thérapeutique», insiste-t-il. Il espère qu’à terme, en Italie, il sera possible de «prescrire l’art comme instrument de guérison» à grande échelle. «Cet aspect de la beauté m’a beaucoup aidé, car il a permis à mon corps de se détendre» et «un corps détendu se répare», témoigne Andrea Viani, dont le traitement – à vie – consiste désormais en la prise de comprimés deux fois par jour.

Comme lui, Maddalena Palmieri, 42 ans, soignée par radiothérapie, a participé avec son compagnon à plusieurs visites guidées. «Des journées comme celles‑ci font vraiment du bien à l’esprit. Elles permettent de s’évader, de se sentir bien, de se consacrer du temps», témoigne-t-elle à la sortie du somptueux Palais Colonna, demeure historique de la puissante famille du même nom. La maladie, souligne-t-elle, «nous a fait prendre conscience que le temps est vraiment limité et qu’il faut donc le rendre précieux».

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