Sur un échantillon d’articles pour enfants vendus au Grand-Duché et analysés par l’administration de l’Environnement, 41 % comportaient plus de substances dangereuses que ne l’autorisent les normes européennes.
H&M, Decathlon, JBC et Sports Direct. Ces quatre enseignes ont été épinglées ce lundi par le gouvernement pour avoir vendu au Grand-Duché des vestes et pantalons pour enfants qui contenaient un taux de PFAS dépassant les normes européennes. Dans un communiqué de presse, l’administration de l’Environnement explique avoir prélevé 12 articles dans cinq magasins physiques au cours du mois d’août 2025 dans le cadre d’une initiative européenne «Coordinated Activities on Product Safety» (CASP).
Cette action réalisée dans 12 pays visait à analyser plusieurs catégories de produits de consommation courante afin de détecter, ou non, la présence de substances chimiques dangereuses et de métaux lourds, dont les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS). Pour ce faire, 128 produits, de magasins physiques ou de plateformes en ligne, ont été soumis à des essais en laboratoire «en raison de leur large disponibilité et de leur prix particulièrement attractif». Résultat : 20 % des produits se sont révélés non conformes aux exigences européennes. Pis, au Luxembourg, la non conformité atteint les 41 %.
Cinq articles sur douze non conformes
Sur les douze articles vendus dans cinq magasins à travers le pays et analysés, cinq vestes et pantalons présentaient en effet un taux de PFAS au-delà du seuil autorisé en Europe. Sans donner plus de détails sur les chiffres, l’administration de l’Environnement précise malgré tout que «les dépassements des seuils réglementaires étaient particulièrement importants». Retirés de la vente depuis décembre 2025, les cinq produits problématiques sont signalés et décrits en détail sur le portail européen Safety Gate, en sélectionnant comme pays le Grand-Duché et la catégorie vêtements.
On constate que le vendeur de matériel sportif Sports Direct vendait deux produits dangereux pour les enfants, à savoir un manteau rose (taille 9-10 ans) et un pantalon de pluie noir (taille 3-4 ans). Decathlon, avec sa marque Quechua, JBC et H&M ont été, eux, épinglés pour des coupe-vent. Si les produits sont plus ou moins similaires, c’est en raison des propriétés des PFAS «souvent utilisées pour conférer aux textiles des propriétés hydrofuges ou antitaches».
Dans ces vêtements imperméables destinés aux enfants se trouvaient donc ces substances «associées à divers effets néfastes sur la santé, notamment sur les systèmes immunitaire, hormonal et reproducteur». Selon les études, l’exposition aux PFAS peut avoir des effets sur la fertilité et le développement du fœtus et peut aussi augmenter les risques d’obésité ou de survenance de certains cancers (prostate, reins et testicules).
«Enlever le produit ne fait pas assez peur»
Tandis que la non-conformité moyenne en Europe est de 20 %, selon l’analyse CASP, le Grand-Duché est deux fois plus exposé. Un constat qui révolte Blanche Weber, la présidente du Mouvement écologique, interrogée par nos soins : «41 % de non-conformité, ce n’est plus de la fraude, c’est un non-respect de la législation!» Sans élément de réponse face à un tel phénomène, la responsable de l’ONG estime néanmoins qu’il s’agit du résultat d’une «problématique qui dépasse largement celle des vêtements».
«On analyse la pollution dans la nourriture ou les vêtements, puis on retire les produits du marché alors qu’ils ont déjà été achetés entretemps. Mais qu’est-ce que l’on fait contre les vendeurs? C’est là que le bât blesse.» Dans son communiqué, l’administration de l’Environnement énonce des recommandations aux consommateurs, mais ne fait état d’aucune sanction. Rien non plus sur le portail Safety Gate, où se trouvent les marques et les pays d’origine des cinq produits contenant des PFAS : Chine (JBC, Sports Direct) et Bangladesh (H&M, Decathlon).
Blanche Weber milite pour «des mesures plus strictes contre les vendeurs, que ce soit au tribunal ou par une interdiction de vente», notamment pour les récidivistes. «Enlever le produit ne fait pas assez peur. Sans sanction, pourquoi le vendeur changerait de politique?» Comme pour les pesticides, qui ont fait l’objet d’une conférence de presse du Meco le 14 octobre, «il s’agit d’un problème structurel», estime la présidente de l’ONG, qui plaide pour davantage de ressources humaines afin que l’administration et, plus largement, le gouvernement puissent lutter efficacement contre les pollutions de toute nature.