Accueil | Culture | [Cinéma] Les géants de la tech, de héros à antagonistes

[Cinéma] Les géants de la tech, de héros à antagonistes


Après Jesse Eisenberg dans The Social Network, c'est Jeremy Strong qui incarne Mark Zuckerberg dans The Social Reckoning, actuellement en salles. (Photo : sony pictures)

CINÉMA Hollywood a trouvé ses nouveaux méchants préférés : ceux qui ont été, un temps, les héros de la Silicon Valley.

Des géants de la tech, d’Elon Musk, Mark Zuckerberg ou Sam Altman, à Elizabeth Holmes, l’étoile déchue des biotechnologies condamnée à de la prison pour fraude, ces personnalités qui ont fasciné le monde – et les marchés – avec leurs promesses d’innovation sont au cœur de quatre films qui arrivent dans les salles fin 2026. «Ce sont des figures hors du commun qui ont bâti à partir de rien des entreprises valorisées à plusieurs milliards de dollars et étaient perçues comme des héros qui changeaient le monde», analyse Monica Castillo, critique cinéma pour A.V. Club.

On leur porte désormais un regard plus critique et sceptique. «L’adulation pour chaque fondateur de start-up qui fait irruption touche à sa fin. On voit désormais apparaître des questionnements plus incisifs et une réflexion plus approfondie sur ce qu’il s’est passé avec cette génération en particulier», poursuit-elle.

La Silicon Valley était considérée comme un repaire d’entrepreneurs progressistes. Jusqu’à ce que certains de ses visages les plus connus basculent dans le camp de Donald Trump. Dans le documentaire Musk, Alex Gibney dissèque quatre heures durant la trajectoire personnelle et professionnelle de l’homme le plus riche du monde, patron de Tesla et fondateur de SpaceX, depuis ses débuts comme entrepreneur de la tech jusqu’à son rapprochement avec Donald Trump et le Parti républicain.

Pratiques douteuses

Sorti dans les salles américaines en même temps que Musk, The Social Reckoning fait suite à The Social Network (David Fincher, 2010), récit de la création de Facebook récompensé aux Oscars. Écrit et réalisé par Aaron Sorkin, cette suite présente le réseau social de Mark Zuckerberg comme un instrument non pas de socialisation, mais de radicalisation. Au cœur de l’œuvre, l’histoire d’une lanceuse d’alerte, Frances Haugen, incarnée par Mikey Madison, qui a mis au jour certaines des pratiques les plus douteuses de Facebook. Une d’entre elles consistait à utiliser ses algorithmes pour amplifier les discours de haine en retenant les utilisateurs sur la plateforme aussi longtemps que possible. Les deux productions Musk et The Social Reckoning soulignent le pouvoir accumulé par les deux hommes au point d’influencer la politique américaine, avec des répercussions directes sur le plan international.

Les films populaires reflètent toujours les angoisses sociales du moment

J. M. Tyree, professeur et critique de cinéma

Autre sortie du mois d’octobre aux États-Unis, le documentaire You Can See Everything s’intéresse lui à Elizabeth Holmes, la fondatrice de Theranos, qui affirmait révolutionner les analyses de sang. Sa chute a été vertigineuse. Condamnée à plus de onze ans de prison pour fraude, Elizabeth Holmes s’est tenue à l’écart de la presse, mais avant d’aller purger sa peine dans une prison du Texas, elle a littéralement ouvert les portes de sa maison aux réalisateurs Nathan Fielder et Lance Oppenheim pour livrer sa version de l’histoire.

«Concentration du pouvoir»

La fiction Artificial, attendue en salles en décembre et réalisée par Luca Guadagnino (Call Me By Your Name, Challengers…), met en scène Andrew Garfield dans le rôle de Sam Altman, le patron d’OpenAI et créateur de ChatGPT. Le critique américain Matt Neglia décrit le film comme «aussi captivant qu’effrayant». «Les gens s’inquiètent de la concentration du pouvoir entre les mains d’une poignée d’individus au détriment de la majorité des citoyens. Les films populaires reflètent toujours les angoisses sociales du moment», observe J. M. Tyree, professeur de cinéma à l’université Virginia Commonwealth et rédacteur en chef du magazine Film Quarterly.

Cette «nouvelle classe de magnats multimillionnaires de la tech» est «un fil conducteur de ces films : non seulement ils accaparent la richesse, mais leurs produits ne semblent pas très bénéfiques pour la société», ajoute J. M. Tyree. Dans ces films qui s’attachent à l’entrepreneur plutôt qu’au produit, il ressort que «contrairement aux grands du monde des affaires d’autrefois, qui créaient des bibliothèques et des musées d’art», cette génération ne s’y intéresse pas, pointe-t-il.

Newsletter du Quotidien

Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez tous les jours notre sélection de l'actualité.

En cliquant sur "Je m'inscris" vous acceptez de recevoir les newsletters du Quotidien ainsi que les conditions d'utilisation et la politique de protection des données personnelles conformément au RGPD.