Inégalités élevées, loyers pesants, chômage historiquement haut : la Chambre des salariés (CSL) dresse, ce mercredi, un panorama social préoccupant.
«Le Luxembourg compte parmi les pays les plus riches du monde, mais cette prospérité ne bénéficie pas à tous dans les mêmes proportions.» Année après année, le constat de la Chambre des salariés (CSL) reste le même lorsque vient le moment de présenter le Panorama social. En 2026 encore, Nora Back, la présidente de la CSL, dénonce «une situation loin d’être bonne, où de plus en plus de personnes ont du mal à finir le mois, surtout en cette période d’inflation».
Le Panorama social 2026 montre en effet que la richesse du pays ne profite pas à tous de la même manière. En 2025, les inégalités de revenus restent élevées : les 20 % les plus aisés disposaient d’un revenu total 4,6 fois supérieur à celui des 20 % les plus modestes.
En comparaison avec les pays voisins, le Grand-Duché obtient un meilleur score que l’Allemagne et la France, mais se place juste sous la moyenne européenne et reste dans le tiers de la zone euro où l’effet combiné des transferts sociaux et des pensions est le plus important. De son côté, la Belgique se positionne loin devant : les 20 % les plus riches y disposent d’un revenu total 3,25 fois supérieur à celui des 20 % les plus pauvres.
Les familles monoparentales en première ligne
La composition familiale est un déterminant majeur du risque de pauvreté. «Au Luxembourg, le risque de pauvreté se concentre de manière disproportionnée dans certains types de ménage», souligne la CSL. Dans le pays, 40,5 % des personnes seules avec enfant et 36,7 % des couples avec trois enfants ou plus sont concernés. À titre de comparaison, ce pourcentage chute à 11,5 % pour les familles avec un seul enfant.
Dans le même ordre d’idées, 22,4 % des ménages, toutes catégories confondues, déclarent avoir du mal à joindre les deux bouts et 21,8 % disent ne pas pouvoir faire face à une dépense imprévue. Pour les familles monoparentales, ces taux montent respectivement à 49 %, soit près d’une famille sur deux, et à 40,8 %. «Des situations de précarité qui ont des répercussions sur la santé mentale de ces familles», alerte Nathalie Georges, conseillère de la direction de la CSL.
Le coût du logement représente une charge considérable pour les ménages, notamment les plus pauvres. Au Luxembourg, 8 % des ménages sont en situation de surcharge des coûts du logement, c’est-à-dire que les dépenses liées au logement dépassent 40 % de leurs revenus disponibles. Un taux qui explose à 30 % pour les ménages pauvres. Au Grand-Duché, le poids du loyer est le troisième plus élevé de la zone euro.
Le diplôme ne suffit plus
«D’habitude, l’emploi permet de redorer le blason du Luxembourg, mais cette année, nous sommes confrontés à une dynamique inégalée en Europe», s’inquiète Félix Martins De Brito, conseiller de direction de la CSL. «En 2025, nous avons été confrontés au troisième taux de chômage le plus élevé depuis dix ans», explique ce dernier. S’il se situe, avec 6,5 %, dans la moyenne européenne, ce taux est historiquement élevé pour le pays. Une dynamique à laquelle s’ajoute un phénomène émergent. «Les chiffres montrent que le diplôme ne permet plus de rester dans l’emploi, il n’est plus aussi protecteur que par le passé», souligne Félix Martins De Brito.
Par ailleurs, le risque de pauvreté est six fois plus élevé pour les moins qualifiés que pour les plus diplômés (27,5 % contre 4,6 %). Une tendance qui alimente le phénomène des travailleurs pauvres, dont le Grand-Duché reste le champion de la zone euro. Au Luxembourg, parmi les salariés qui travaillent à temps complet, 7 % sont exposés au risque de pauvreté, et même 14 % de ceux qui ne travaillent qu’à temps partiel.
Le nombre de ces travailleurs à temps partiel est en forte progression depuis 2010. Ils représentent 16,5 % des salariés, soit un taux légèrement supérieur à la moyenne européenne (14,6 %). À noter que 10 % d’entre eux y sont contraints, faute d’avoir trouvé mieux. «Une dégradation des conditions de travail qui touche surtout les femmes, qui représentent 75 % des travailleurs à temps partiel», fait remarquer Félix Martins De Brito.
Illustration de cette pauvreté qui augmente : l’évolution des aides non remboursables versées par les offices sociaux. Elles ont doublé entre 2015 et 2025 pour atteindre un montant qui avoisine les six millions d’euros. La majorité de ces aides sont destinées aux charges des ménages (électricité, mazout, gaz, eau…) et au logement. Autre indicateur : en dix ans, l’aide alimentaire a, elle, presque triplé. «Nous ne pouvons continuer dans cette direction. Nous devons continuer à nous battre», clame Nora Back.