Isabelle Huppert en jeune première qui cherche à se faire une place devant la caméra? C’est la bonne idée de Marc Fitousi, qui en tire une comédie où la célèbre actrice est savoureuse à contre-emploi.
En un peu plus de 120 films, Isabelle Huppert a presque tout joué. Tout, sauf une figurante de cinéma à la carrière anonyme qui tente péniblement d’obtenir ses heures, comme elle le fait dans Ni vue, ni connue, en salles ce mercredi. «Je l’ai appelé avant même de commencer à écrire pour savoir si elle avait envie d’interpréter ce rôle», racontée le réalisateur Marc Fitoussi. Le cinéaste, qui a déjà dirigé l’actrice dans deux autres longs métrages – Copacabana (2010) et La Ritournelle (2014) –, mais aussi dans un épisode de la série Dix pour cent, tenait absolument à faire reposer son film sur ce paradoxe : raconter l’histoire d’une actrice invisible avec l’une des plus grandes stars du cinéma français.
Isabelle Huppert incarne ainsi Corinne Maclou, routarde de la figuration, actrice de théâtre de seconde zone, mais toujours persuadée que la chance lui sourira un jour. CV en main, elle fait son autopromotion sur les plateaux auprès des stars de la profession. Lorsqu’elle rencontre Sandrine Kiberlain, diva fantasque et quelque peu déconnectée, une amitié va naître et elle entrevoit alors la possibilité de se faire une place dans le monde impitoyable du cinéma.
Humiliations et affronts
«Dans Dix pour cent (NDLR : dont il a réalisé six épisodes), on avait un peu tendance à tout rendre glamour. Et je trouvais que s’il était question d’une figurante, il fallait raconter ce cinéma vu d’en bas et donc raconter les injustices, les privilèges et cette hiérarchie qui est omniprésente», détaille Marc Fitoussi. La comédie ne passe en effet pas sous silence les petites humiliations du quotidien vécues par les figurants, comme l’interdiction d’accéder à la table régie avec nourriture et café, réservée aux «membres de l’équipe».
C’est une déclaration d’amour aux actrices, qui y arrivent ou qui n’y arrivent pas!
Mais dans le film, Corinne Maclou ne plie pas face aux affronts. Elle est une actrice talentueuse, dont la carrière contrariée apparaît comme une injustice à réparer. Sandrine Kiberlain, qui joue une version fictionnelle d’elle-même, va se laisser surprendre par son talent de Corinne et se rapprocher d’elle malgré le fossé qui les sépare. «Il y avait tout un personnage à créer, qui est un doux mélange de ce que je peux être par endroit et de ce que je ne suis jamais», raconte l’actrice.
«Je ne suis pas du tout une Sandrine Kiberlain qui se prend pour Sandrine Kiberlain, or là c’est quand même un personnage où on a poussé à l’extrême ce que les gens imaginent de la célébrité, des privilèges, des caprices», poursuit-elle. Le cinéma «nous pousse un peu à être hors sol. On est très sollicités, encadrés, chouchoutés, dorlotés», reconnaît Sandrine Kiberlain. «Le film nous a d’ailleurs fait réfléchir, Isabelle et moi, à la chance qu’on a d’être arrivées là où on est aujourd’hui.»

(Photo : jérôme prébois)
Autodérision et fantaisie
«Pour pouvoir oser parler de ça avec du second degré, il faut avoir acquis une certaine place dans ce métier et on en est totalement conscientes», insiste l’actrice dont c’est le troisième film avec Marc Fitoussi. Ni vue ni connue est aussi une galerie de portraits d’actrices, comme celui d’Anne Marivin (Bienvenue chez les Ch’tis), qui, certes, travaille, mais doit faire feu de tout bois pour payer les factures au risque d’accepter des rôles ingrats. «Ce film est une déclaration d’amour aux actrices, qui y arrivent ou qui n’y arrivent pas!», insiste Marc Fitoussi.
«On fait là une comédie qui nécessite beaucoup d’autodérision, et je trouve que les actrices ont beaucoup plus d’humour que les acteurs», souligne le cinéaste. «Je m’en étais rendu compte sur Dix pour cent : on faisait déjà appel à des « guests » qui devaient jouer sous leur propre nom et j’ai toujours trouvé que les actrices qui ont participé comme Sandrine (Kiberlain), Isabelle (Huppert) ou Monica (Bellucci) n’avaient pas peur de cette fantaisie et d’y aller franchement», assure le réalisateur.
Ni vue, ni connue, de Marc Fitoussi.