Le Louvre-Lens décortique l’art mignon. Du «cute» au «kawaï» en passant par les petits chats, le musée décrypte une tendance née à l’Antiquité, qui offre aujourd’hui un refuge à la dureté du monde.
La question s’impose et interroge : «Pourquoi et comment les œuvres d’art nous font-elles du bien?». Des bébés joufflus aux petits monstres en peluche Labubu en passant par des classiques revisités en paillettes, le musée du Louvre-Lens lance l’exposition «Trop mignon! L’art du bonheur» en guise de réponse, composée d’œuvres se voulant réconfortantes face aux «fracas du monde».
Le parcours raconte, dissèque et interroge ainsi l’art «mignon» à travers les cultures, de l’Antiquité à aujourd’hui, avec environ 300 œuvres dont certaines créées pour l’occasion (peintures, sculptures, photographies, vidéos, films, livres). «Le mignon reste une valeur-refuge. Il est partout, même si notre époque ne peut pas vraiment être qualifiée de mignonne», explique Annabelle Ténèze, directrice du Louvre-Lens, qui veut y voir «une autre manière de vivre», éloignée des conflits d’un monde violent et polarisé.
Du rose à l’arc-en-ciel
L’inventeur du web, Tim Berners-Lee, interrogé en 2014 sur ce qui l’avait le plus surpris dans le développement d’internet, a répondu : le succès des vidéos de chats! Animaux-stars sur la toile, publicités avec des bébés joufflus, rondeurs et yeux démesurés des personnages de dessins animés, goût pour le rose ou l’arc-en-ciel… Jamais le mignon n’a semblé être aussi présent que dans le monde actuel et ce, dans tous les aspects du quotidien. Loin d’être anecdotique, il est devenu un objet de recherche et de curiosité au croisement de la culture, de l’histoire de l’art, de la psychologie et des neurosciences.
Le mignon est partout, même si notre époque ne peut pas vraiment être qualifiée de mignonne
Dans le hall du musée, l’énorme Mr. Rose tout en rondeurs de Philippe Katerine annonce la couleur. Tout au long de l’exposition, l’espace est adapté au propos : le visiteur traverse une porte découpée en têtes de chien et de chat, longe des murs arrondis, peut passer par une salle sensorielle avec odeurs et lumières douces, et termine sa visite sur un sol pailleté, le tout en suivant Momo, petit personnage à tête de pêche imaginé par l’artiste Jenny Lelong alias «Niniwanted».

(Photo : rentingart)
Les putti, bambins joufflus et potelés souvent représentés avec des ailes à la Renaissance, mais aussi les animaux et les peluches ont chacun des salles thématiques dédiées. Dans une autre, remplie de tapisseries et meublée d’un canapé et d’un miroir, l’histoire du rose est racontée. Associé à la féminité, il a été «réinvesti comme un symbole de la défense des droits et de l’égalité», détaille Emilie Girard, directrice des Musées de Strasbourg, où sera présenté le deuxième chapitre de cette exposition (du 19 février au 29 août 2027).
Émotions positives
Le visiteur fait ensuite face aux côtés «plus sombres» du mignon, au travers d’animaux photographiés sur le front, lors de la Première Guerre mondiale ou depuis 2022 en Ukraine, et de son usage «comme vecteur de propagande» par des régimes totalitaires, ajoute-t-elle. L’exposition interroge aussi sur «l’ambivalence du mignon» dans certaines œuvres contemporaines, à travers les personnages parfois inquiétants des Gremlins, des Labubu ou encore de Derpy, le petit tigre du monde maléfique du film d’animation K-pop Demon Hunters.

(Photo : roubaix/musée la piscine)
Une place est aussi faite à l’histoire du «kawaii» japonais, mot désormais employé dans le monde entier, ainsi qu’à l’«aegyo» de la vague culturelle coréenne, forme d’expression presque enfantine pour transmettre des émotions positives, diffusée notamment par les stars de la K-pop. L’artiste Pascal Lièvre revisite en couleurs vives et paillettes des tableaux classiques comme La Liberté guidant le peuple.
«Trop mignon! L’art du bonheur»
Louvre – Lens.
Jusqu’au 18 janvier 2027.