Accueil | Culture | [Musique] «Artists for Mental Health» : quand la musique adoucit les maux

[Musique] «Artists for Mental Health» : quand la musique adoucit les maux


(Photo : commune niederanven)

Le festival «Artists for Mental Health» célèbre la semaine prochaine sa cinquième édition autour d’un même principe : utiliser la musique pour parler de santé mentale, dynamiter les stéréotypes et faire changer les regards sur les troubles psychiques.

À partir du 5 octobre, le Luxembourg portera à sa boutonnière un ruban vert, emblème d’un thème bien moins symbolique : la santé mentale. Durant quinze jours, pas moins de 140 actions seront proposées par 94 partenaires dans tout le pays, ce qui n’empêche pas certains de renchérir. C’est le cas du festival «Artists for Mental Health», supporté depuis 2022 par la seule ville de Niederanven. Mais s’il est donc détaché des activités de la Ligue santé mentale (en dehors de la première édition où elle a apporté son appui), ses intentions sont similaires : ouvrir le dialogue autour de ce sujet qui, dans une société sous tension et aux perspectives en pointillé, prend toujours plus de place.

Au départ, rembobine Yacko Stein, 40 ans, instigateur de ce concert à l’affiche garnie uniquement d’artistes nationaux, il y a eu la rencontre avec une «psychologue» qui va lui ouvrir les yeux sur la situation. Le pays vient juste de traverser une curieuse crise sanitaire, et les isolements nés des différentes périodes de confinement font remonter à la surface tout un tas de troubles psychiques. Personne n’est à l’abri, comme l’affirme un chiffre frappant : un quart de la population mondiale a, au moins une fois dans sa vie, été confronté à un problème mental, mais peu cherchent à se soigner, constat qui tient à de vieux clichés qui assimilent ces difficultés à une anomalie, voire à la folie.

Démons intérieurs

Alors qu’au Luxembourg, le gouvernement, en mode pompier, cherche à sauver le milieu culturel en dégainant un rapport de l’OMS qui met côte à côte art et santé – lui permettant de rouvrir ses théâtres, ses musées et ses salles de spectacle avant les autres –, Yacko Stein, lui, songe d’emblée aux jeunes, du moins ceux désintéressés par les divans des analystes, les ateliers et les cours de musicothérapie. Son idée? «Recréer du lien» dans un environnement qu’il connaît bien : le concert. «C’est un excellent vecteur, car la musique est un espace de partage, de connexion.» Il précise : «Notre objectif n’est pas de faire de la thérapie, mais de délier les langues, d’offrir un lieu, un moment propice pour en parler plus ouvertement».

(Photo : commune niederanven)

Concrètement, en dehors d’un premier essai qui associait le live à une table ronde, cassant maladroitement la «dynamique» de l’initiative, «Artists for Mental Health» se présente ainsi : sur scène, des musiciens et musiciennes en mode acoustique ou «intime», prolonge l’organisateur, avec, pour chacun d’eux, une carte blanche. Comprendre la possibilité de dire ou de faire ce qu’ils veulent derrière le micro, même «un speech de cinq minutes!». Le premier à se mettre à nu en 2022 était Patrick Miranda, guitariste échappé du groupe Pleasing, connu pour parler ouvertement de ses démons intérieurs et ceux de toute une génération désabusée.

Authenticité et honnêteté 

Yacko Stein s’en souvient bien : «Il était nerveux, comme tous les autres d’ailleurs, car habituellement, un artiste peut se cacher derrière un groupe ou un set rodé. Alors que là, il est tout seul, ou à deux maximum… Ce soir-là, il a été encore plus touchant, et depuis, à chaque édition, on a le droit à des moments incroyables, et des choses très personnelles». Des confidences à fleur de peau dont profite l’assemblée, réduite en raison d’une salle aux capacités d’une centaine de places. Ce qui ne gâche rien : «Pour rester authentique et honnête, il faut que le rendez-vous reste à taille humaine. Sans quoi, ces témoignages perdront de leur âme».

J’avais peur pour ma vie, et la musique est devenue un moyen de ne pas perdre la tête

Si le terme «concerts commentés», visible sur l’affiche du festival, n’est pas des plus élégants, il a le mérite d’être clair : «Il s’agit de parler ouvertement, sans honte, de santé mentale. Et pas seulement quand on est déjà en crise!». Un message qui fait sens pour Daniel Balthasar, 46 ans, le «vétéran» de la bande, déjà présent à Niederanven l’année dernière avec sa voix, sa guitare et une acolyte au violoncelle. «J’ai commencé à jouer et à écrire des chansons durant l’adolescence pour me sentir mieux dans le monde, confie-t-il. Toute ma vie est étroitement liée à la musique. Sans elle, je serais une toute autre personne.»

(Photo : commune niederanven)

Maz, cas emblématique

Alors, quand arrive le covid, lui qui, en deux ans, avait eu trois pneumonies, se tourne logiquement vers le son. «J’avais peur pour ma vie, et la musique est rapidement devenue un moyen de ne pas perdre la tête.» Résultat : dix jours de création pour dix chansons en mode confiné, réalisées dans un studio de poche improvisé : une boîte en carton. «C’était une petite île où j’ai pu me sentir mieux.» Un geste loin d’être anecdotique, au point qu’il figurera aussi au programme de la LSM, le 20 octobre, où il jouera aux côtés de sa femme, la photographe Véronique Kolber, à l’occasion de son exposition «Deceptively Quiet» au Centre d’art Dominique-Lang à Dudelange.

Avec du recul, il s’en étonne encore : «Je ne suis pas de cette génération qui parle de ses sentiments, ses émotions, dit-il. À l’époque, c’était plutôt : « Je me sens mal, je vais dans ma chambre et trouver une solution » (il rit). On ne savait même pas vers qui se tourner! Et si on en parlait dans une chanson, c’était toujours sous le couvert de la poésie. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus brut, direct, frontal». Une remarque approuvée par Yacko Stein : «Oui, nombreux sont les artistes au pays qui parlent de santé mentale», reconnaît-il, évoquant notamment Maz, cas emblématique : «Il a fait du bon travail pour ouvrir le débat!», lâche-t-il.

Souffrance face aux réseaux 

Autre personnalité qui n’hésite pas à mettre les mots sur des maux, Ninon qui, malgré sa notoriété en croissance accélérée (elle était au Reeperbahn d’Hambourg mi-septembre et joue ce samedi au Waves à Vienne), se dit «honorée» d’être au «Artists for Mental Health», comme c’était déjà le cas en 2023 où le public l’a découverte seule derrière un piano. «C’est un sujet qui me tient à cœur», précise-t-elle, reconnaissant traverser des périodes d’anxiété et de dépression. Le 10 octobre, elle chantera pour ceux de sa génération, «plus en souffrance» que les précédentes, peut-être en raison de l’impact nocif des «réseaux sociaux». Le morceau qu’elle interprétera, Breathe Again, se veut justement une réponse, «une main tendue» pour celles et ceux qui en bavent.

(Photo : commune niederanven)

Comme pour les autres artistes au programme, en dehors de Lata Gouveia, annoncé forfait, elle pourra s’appuyer sur un groupe «maison» qui servira de lien commun entre eux, dans un line-up «anniversaire» à la fois «cohérent et éclectique», déroule Yacko Stein. Un «nouveau format» qui va en appeler d’autres dans le futur, imagine-t-il. «Régulièrement, dans la salle, il y a des gens des différentes organisations. Ça serait bien de développer un réseau, de travailler à nouveau avec la Ligue santé mentale, d’apporter une dimension plus pédagogique à tout ça». C’est toute une population qui leur en sera reconnaissante.

«Artists for Mental Health»

Eva Marija
Maz Univerze
Nicool
Ninon
Josh Island
Daniel Balthasar
Pink-Knife
Blame Emeraude
Krick

Le samedi 10 octobre à 20 h.
Centre A Schommesch – Oberanven.

Newsletter du Quotidien

Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez tous les jours notre sélection de l'actualité.

En cliquant sur "Je m'inscris" vous acceptez de recevoir les newsletters du Quotidien ainsi que les conditions d'utilisation et la politique de protection des données personnelles conformément au RGPD.