La construction de leur futur immeuble est programmée pour fin 2027 : une vingtaine de personnes regroupées en coopérative ont signé ce mercredi un protocole d’entente avec Agora.
Moins d’un an après avoir remporté l’appel à projet lancé par le développeur urbain Agora, les membres de la CO-OP 01 voient leur rêve d’habitat coopératif se concrétiser un peu plus, à travers un protocole d’entente pour la vente d’un terrain à Belval.
Une étape importante pour la vingtaine de «coopérants» impliqués, mais aussi pour le Luxembourg tout entier, puisque c’est la première fois qu’un projet de logement coopératif va aussi loin, après une tentative avortée il y a quelques années au Kirchberg.
Depuis, le gouvernement a réaffirmé son engagement à développer une stratégie nationale pour faire de l’habitat coopératif un pilier face à la crise du logement.
D’où le soutien du ministre du Logement, Claude Meisch, présent dans les locaux d’Agora ce mercredi pour assister à la signature.
«Ce n’est pas habituel»
«Se lancer dans une coopérative n’est pas habituel, ça signifie partager une propriété, coopérer, s’engager dans la gestion de cette structure. Nous suivons de près cette initiative qui peut donner l’exemple», a-t-il souligné. «On doit adapter le cadre réglementaire pour favoriser l’essor de cette forme d’habitat.»
Principaux obstacles pour le moment : le manque de structure d’accompagnement et les difficultés d’accès au foncier.

Frank Diederich, président du conseil de gérance de la CO-OP 01, aux côtés de Yannick Quevedo, directrice d’Agora. (Photo : julien garroy)
Sur ces points, le rôle d’Agora a été déterminant. «Ils ont mis à disposition le terrain à un coût modéré, ils nous accompagnent pour sécuriser l’équilibre économique et offrent un appui technique en matière d’urbanisme», pointe Frank Diederich, président du conseil de gérance de la CO-OP 01.
15 logements abordables
La future résidence se dressera au cœur de «Bellevie», le dernier quartier de Belval, et comportera 15 logements abordables où emménageront une vingtaine d’habitants à l’horizon 2029.
«Les architectes travaillent encore sur les plans. L’avant-projet détaillé devrait être finalisé en février prochain, puis viendra la demande d’autorisation de construire à la commune de Sanem», poursuit-il.
La CO-OP 01 adhère aux principes du logement coopératif appliqués en Allemagne ou en Suisse depuis des décennies, tout en respectant les critères luxembourgeois pour le logement abordable.
- Des parts sociales d’impact
Chaque membre souscrit des parts sociales d’impact d’une valeur de 1 000 euros, qui ne donnent droit à aucun dividende et lui sont remboursées à la sortie, sans plus-value. - Une personne, une voix
Quel que soit le nombre de parts détenues, chaque membre dispose d’une voix à l’assemblée générale. - Un droit d’usage
Les membres louent leur logement à la coopérative qui en reste propriétaire. Les logements subventionnés relèvent de la loi sur le logement abordable. Pour les autres, les loyers sont calculés sur les coûts, non sur le marché. - La mixité inscrite dans les statuts
Chaque résidence répond à des critères de diversité sociale et intergénérationnelle.
Du côté des membres, tous sont très motivés : la coopérative affiche complet et chaque logement est déjà attribué, tandis que la liste d’attente compte une quinzaine d’intéressés.
«Nous faisons partie de la toute première coopérative qui va réussir à construire un immeuble de logements abordables!», se réjouit la photographe Cristina Nuñez, membre de la CO-OP 01.

Cristina Nuñez: «On veut contribuer à changer le panorama actuellement assez dramatique du logement au Luxembourg». (Photo : julien garroy)
«Notre groupe réunit des profils très variés – ingénieur, enseignant, architecte, assistante sociale, physicien ou encore kinésithérapeute – originaires du Luxembourg, mais aussi de Chine, d’Espagne, des Pays-Bas ou d’Arménie.»
«C’est un projet durable»
Rédaction des statuts, plan d’affaires, ateliers architecturaux : elle explique que, durant cinq mois, tous ont suivi un parcours de formation complet afin de maîtriser les enjeux liés à la création et à la gestion coopérative.
«On souhaite contribuer à changer le panorama actuellement assez dramatique du logement au Luxembourg. C’est un projet durable et on espère qu’il va en inspirer d’autres.»
Hannah Bales : «Cette solution m'offre une certaine sécurité»
Comme beaucoup de jeunes actifs, elle n’a aujourd’hui pas d’autre choix que la colocation. (Photo : julien garroy)
Pourquoi vous tourner vers le logement coopératif?
En tant que jeune réalisatrice, mon salaire n’est pas incroyable. J’ai 27 ans, je commence tout juste dans le cinéma, ce qui implique des revenus irréguliers. Cette solution m’offre une certaine sécurité. Pour l’instant, je n’ai pas les moyens d’habiter seule, je vis en colocation avec des amis dans une grande maison. Je les adore, mais j’aimerais bien avoir mon propre espace d’ici quelques années.
Comment est né ce groupe?
Grâce aux ateliers et à la plateforme For Future Members Only initiés par l’architecte Céline Zimmer au Luxembourg Center for Architecture. J’y ai rencontré Cristina et Frank et on s’est tout de suite dit que ça serait cool de créer un groupe. On s’est inscrits sur la plateforme et très vite, d’autres gens motivés nous ont rejoints!
Quel est le principe du logement coopératif?
En gros, c’est comme louer un appartement de manière classique, sauf que le bail n’a pas de fin. C’est une garantie de pouvoir rester dans l’appartement autant qu’on le souhaite, sans qu’un propriétaire décide arbitrairement de nous mettre dehors.
À quoi vous vous engagez?
Actuellement, on est répartis dans des groupes de travail, le mien se concentre sur l’architecture : on travaille avec des architectes en Allemagne qui ont beaucoup d’expérience avec les coopératives, on participe à des réunions, on réalise des questionnaires, etc. Une fois qu’on sera installés, cet aspect du vivre-ensemble comptera beaucoup. Il faudra gérer collectivement la coopérative.

Agora envisage la possibilité d’inclure un autre projet de logement coopératif sur le site Metzeschmelz. (Photo : julien garroy)