Le pays est l’un des derniers de l’UE à ignorer précisément de quoi se nourrissent ses habitants. Le projet pilote LuxFoods veut y remédier.
Bouneschlupp, bacalhau ou pizza sur le pouce : que mangent réellement les résidents du Grand-Duché? La réponse a de quoi laisser sur sa faim, puisqu’il n’existe pas de chiffres précis. Avec Malte, le Luxembourg est le seul État membre à ne pas disposer d’enquête nationale représentative sur la consommation alimentaire basée sur les préconisations de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA).
Cette méconnaissance a des conséquences concrètes, comme l’a expliqué lundi le Dr Farhad Vahid, chercheur au Luxembourg Institute of Health (LIH), venu présenter le projet pilote LuxFoods devant un parterre de scientifiques au Cercle Cité. L’administration luxembourgeoise Vétérinaire et Alimentaire (ALVA) y organisait une série de conférences portant sur les contaminants alimentaires émergents, comme les PFAS ou les microplastiques.
Car notre assiette est l’une des principales portes d’entrée des contaminants dans l’organisme. Les PFAS, ces polluants éternels qui ne se dégradent pratiquement pas, se retrouvent par exemple dans le poisson, les œufs, la viande ou le lait, contaminés par les sols, l’eau, l’alimentation des animaux ou les emballages. Pour évaluer l’exposition de la population à ces substances, il faut deux informations : ce que contiennent les aliments et ce que les gens en consomment. Si le Luxembourg mesure la première, il ne dispose en revanche pour la seconde que de données «limitées et non harmonisées», a précisé le chercheur. «Pour comprendre l’exposition alimentaire, nous devons savoir ce que les gens mangent», a-t-il résumé dans sa présentation.
L’enjeu est aussi nutritionnel. Selon les chiffres présentés lundi, 20 % des adultes sont obèses, 30 % présentent un syndrome métabolique et les maladies cardiovasculaires causent 29 à 32 % des décès. Des données fiables sur l’alimentation permettraient, à terme, d’orienter les recommandations nutritionnelles et les politiques de prévention. Mais la tâche est complexe dans un pays où la moitié de la population est d’origine étrangère, donc aux habitudes alimentaires très diverses.

Le cycle de conférences a débuté par le mot de bienvenue du directeur de l’ALVA, le Dr Félix Wildschutz. (Photo : fabrizio pizzolante)
Trois journées à raconter
C’est pourquoi, et parce qu’il faut bien commencer quelque part, depuis le mois d’avril, un projet pilote a été lancé par le LIH. Intitulé LuxFoods, il est financé par le ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Viticulture et soutenu par l’ALVA, en collaboration avec l’institut belge Sciensano et l’université de Cambridge. Il doit tester, jusqu’en 2029, la méthode d’une future enquête nationale. Le projet n’en est donc qu’aux prémices, mais on en sait davantage sur ce qu’il contient.
Les participants, des adultes de 18 à 64 ans, sont tirés au sort dans le registre de la population et invités par courrier du Centre des technologies de l’information de l’État (CTIE). Ils devront détailler à trois reprises, sur des jours non consécutifs, tout ce qu’ils ont mangé et bu en 24 heures, en se connectant à Intake24, un outil en ligne britannique adapté au Luxembourg. Aliments du pays et des pays voisins, marques, modes de préparation, estimation des portions à l’aide de photos… les réponses seront précises, en français, allemand, anglais et portugais. S’y ajoutent des mesures physiques comme les mensurations, la tension et la composition corporelle. Des prélèvements de sang et d’urine sont aussi prévus, bien que facultatifs.
L’échantillon reste modeste : environ 75 personnes recrutées, pour une soixantaine attendues, réparties selon le sexe et le lieu de vie urbain ou rural. Le LIH ne s’en cache pas : le pilote n’a pas pour objectif d’estimer la consommation nationale, mais de vérifier que la méthode fonctionne, du taux de réponse à la qualité des données.
En attendant de savoir si la Bouneschlupp l’emporte sur la pizza, les résidents qui ne recevront pas la lettre du CTIE peuvent tout de même mettre leur grain de sel : le LIH cherche des volontaires pour tester ses questionnaires et ses traductions. Les informations sont disponibles sur lih.lu.