Les travaillistes britanniques se sont réunis dimanche à Liverpool pour la première journée de leur congrès annuel, revigorés par les débuts réussis d’Andy Burnham à Downing Street mais attendant désormais des réponses concrètes sur la direction qu’il entend donner au pays.
Deux mois après son arrivée à la tête du gouvernement et du Labour, l’ancien maire du Grand Manchester, Andy Burnham, a permis au parti de retrouver des couleurs dans les sondages et de faire souffler un vent d’optimisme dans ses rangs après les deux années difficiles de son prédécesseur Keir Starmer.
Après plusieurs semaines de grâce politique portée par des mesures peu coûteuses en faveur du pouvoir d’achat, l’annonce de sanctions contre Israël qui ont satisfait la base du Labour et une première rencontre sans trop d’accrocs avec Donald Trump, les militants comptent sur le Premier ministre pour détailler sa stratégie afin d’améliorer le niveau de vie et relancer l’économie. «Les choses vont dans une meilleure direction», s’est réjouie Paula Barker, députée d’une circonscription de Liverpool.
Peu après l’ouverture du congrès, plus de 250 manifestants se sont assis devant le centre avec des pancartes de soutien au groupe propalestinien interdit Palestine Action. La police locale a indiqué avoir procédé à l’arrestation d’une cinquantaine de militants. Selon un récent sondage YouGov, 46% des Britanniques ont une opinion favorable du chef du gouvernement, une popularité jamais vue pour un Premier ministre depuis des années et qui tranche avec les difficultés d’autres dirigeants en Europe.
Selon une autre étude du même institut, le Labour domine les intentions de vote, quand le parti nationaliste Reform UK de Nigel Farage, qui était donné en tête avec plus de 10 points d’avance en début d’année, se trouve affaibli depuis l’été par des scandales sur son financement. Les militants travaillistes, et plus largement les Britanniques, attendent qu’Andy Burnham clarifie ses priorités lors du discours qu’il doit prononcer mardi.
Il doit «au moins commencer à donner un avant-goût du plan à dix ans» qu’il a promis en arrivant à Downing Street, estime Tony McNulty, ancien ministre travailliste au côté d’Andy Burnham dans les années 2000. Car les difficultés du pays n’ont pas disparu, sur fond de conflits au Proche-Orient et en Ukraine, avec une inflation à la hausse, des finances publiques dégradées, la crise du logement ou encore des services publics sous pression, malgré une activité économique résiliente.
Réindustrialiser le pays
Interrogé dimanche sur la BBC, Andy Burnham s’est dit «très conscient» de «l’état fébrile de l’économie mondiale», tout en refusant de livrer un «récit catastrophiste.» Il avait expliqué plus tôt cette semaine que son discours «sera le moment de tisser tous les fils entre eux et de tracer la voie». A la fin, «personne n’aura le moindre doute sur ce que je compte faire»,a-t-il assuré dans un entretien à l’hebdomadaire de gauche The New Statesman.
Jusqu’ici, le Premier ministre a évoqué sa volonté d’accroître la décentralisation, de réindustrialiser le pays, de réformer le système social, ou encore de mettre fin au sans-abrisme, mais sans vraiment détailler son projet. «Tout cela reste encore un peu schématique», juge Tony McNulty, qui appelle Andy Burnham à «aller au-delà de TikTok», réseau social sur lequel le dirigeant travailliste de 56 ans communique énormément et avec aisance. Le Premier ministre a affirmé dimanche être prêt à des décisions difficiles, notamment pour ne pas «prendre de risques avec l’économie.»
Le discours du ministre des Finances, John Healey, promet d’être très suivi lundi. «Il reste une inquiétude sous-jacente quant à la durée de cette embellie (pour le parti travailliste) compte tenu de la situation budgétaire très délicate», prévient Tim Bale, politologue à l’université Queen Mary de Londres.
Le gouvernement s’est engagé à ne pas relâcher le sérieux budgétaire promis lors de l’élection de 2024 qui a porté une importante majorité travailliste au Parlement. Cette contrainte alimente les rumeurs sur la volonté d’Andy Burnham d’organiser des élections législatives anticipées avant 2029 pour s’émanciper des lignes rouges de son prédécesseur. Une perspective écartée par l’intéressé: «Toutes ces spéculations sur des élections anticipées, je peux y couper court», a-t-il dit vendredi à ITV.