[ANGLETERRE] L’hypothèse d’une condamnation de City pour de multiples infractions financières, dans une affaire tentaculaire aux ramifications géopolitiques, fait trembler tout l’écosystème de la Premier League.
Le club s’est retranché derrière ses communications passées, en attendant la procédure d’appel, et la Premier League a opté pour le silence radio, ce qui offre un contraste saisissant avec le déluge de commentaires et de réactions qui a déferlé sur le sol anglais.
«Les supporters doivent savoir que les règles sont appliquées de manière juste et cohérente», a déclaré la ministre en charge des Sports, Lisa Nandy, sur BBC 5 Live.
Manchester City est soupçonné d’avoir contourné les règlements pour doper les finances du club de manière illégale, via des sponsors liés au propriétaire, et d’avoir versé des compléments de salaires non déclarés, entre autres. La Premier League a lancé la procédure en février… 2023.
Retrait de points? Relégation? Exclusion?
Le spectre des sanctions possibles comprend des pénalités financières, une interdiction de recruter, un retrait de points avec un risque de relégation en division inférieure, voire une exclusion du championnat.
«Tout ce que je dirais, c’est que l’argent ne suffit pas, il faudrait, malheureusement, quelque chose de plus radical que ça», a reconnu David Bernstein, un ancien président du club, sur Times Radio.
«La sanction ne doit pas seulement être sévère, elle doit aussi durer dans le temps», a ajouté le journaliste sportif Henry Winter. Il évoque par exemple un retrait immédiat de 50 points, ce qui conduirait le club en 2e division, et «une sorte de handicap de 20 points au début des deux saisons suivantes», quand il reviendra en Premier League.
La question des titres gagnés par Manchester City durant la période incriminée (huit titres nationaux, dont trois en championnat) soulève aussi de multiples questions. «Manchester United a été tout près de remporter le championnat lors de deux de ces saisons, Liverpool également. Ils pourraient donc avoir une demande de compensation si l’appel de Manchester City échoue», dit-il.
Des retombées potentiellement «incontrôlables»
Le contentieux pourrait aussi venir des clubs relégués à cette époque-là, ou encore de ceux qui ont manqué une qualification européenne. Tous pourraient inonder les tribunaux et réclamer des dommages et intérêts astronomiques.
«Si vous additionnez toutes ces réclamations, sur neuf ans, et ce uniquement en Premier League, vous voyez que le potentiel pour que tout cela devienne incontrôlable est immense», a déclaré Christian Purslow, un ancien dirigeant de Liverpool et Aston Villa, sur Radio 4.
Dans tous les cas, cette affaire peut avoir des «répercussions considérables» et pas uniquement dans le monde du football, ajoute-t-il. «Cela a un impact sur l’économie de Manchester, sur les enjeux dans le nord-ouest, et sur des éléments géopolitiques entre le Royaume-Uni et les Émirats arabes unis, qui dans les faits sont les propriétaires de Manchester City. (…) C’est une affaire nationale et internationale, et elle va durer encore un bon moment».
Leaders avant l’actuelle trêve internationale, les Citizens se déplaceront à la reprise le 11 octobre sur la pelouse de Liverpool, un de leurs plus féroces rivaux, où l’accueil promet d’être chaud.
En attendant, leur président s’est voulu rassurant. «Voici ce que j’ai dit à ma famille : la procédure engagée par la Premier League est encore loin d’être terminée, et notre confiance ainsi que notre détermination à démontrer l’innocence du club sont aussi fortes qu’au début de cette affaire», a affirmé Khaldoon Al Mubarak dans une lettre adressée aux supporters.