Malgré un moral des dirigeants en hausse, la reprise se fait attendre pour l’industrie du Grand-Duché. Le dernier rapport du Statec révèle un net recul de la production nationale, au moment même où l’emploi amorce une timide stabilisation.
L’année 2026 ne s’est pas ouverte sur de bonnes notes pour l’industrie luxembourgeoise, selon le dernier Conjoncture Flash publié par le Statec, qui fait état d’un «mauvais départ» sur la première moitié de l’année.
Avant de disposer des chiffres précis du premier semestre, l’institut national de la statistique avait pourtant constaté durant l’été une hausse de la confiance des acteurs industriels, «notamment au travers d’opinions plus favorables concernant l’état des carnets de commandes et les perspectives d’évolution de la production». En août dernier, l’indicateur de confiance pour l’ensemble de la zone euro a même atteint son plus haut niveau depuis deux ans et demi, très proche de sa moyenne de long terme.
Force est de constater aujourd’hui que l’amélioration n’est pas encore visible au niveau de la production nationale. Elle enregistre un repli d’environ 5% par rapport à 2025, bien loin de la dynamique observée dans l’ensemble de la zone euro (hors Irlande), où la progression moyenne s’élève à 0,4% sur la même période. Au sein de la Grande Région, le Grand-Duché n’est cependant pas le seul pays dont la production est à la peine, puisque l’Allemagne a également connu une baisse sur le premier trimestre. La France, de son côté, fait état d’un léger redressement de 0,4%.
La production recule de 5%…
Afin d’expliquer cette méforme, le Statec identifie d’abord une chute de 12% de la production de biens d’équipement (matériel de transport, machines industrielles, composants électriques, etc.), un domaine qui «présente historiquement une forte volatilité» et qui avait progressé d’environ 5% l’an passé. Pis encore, l’industrie souffre surtout d’un «net affaissement» de ses filières historiques : la sidérurgie et la fabrication de produits métalliques. En 2026, la production de produits métalliques a en effet diminué de 24% (contre -0,4% en zone euro) et celle de la sidérurgie de 13% (contre une hausse de 1% environ en zone euro).
La raison? La crise prolongée dans la construction et le BTP au Grand-Duché et en Europe réduit fortement les carnets de commandes en poutrelles, armatures ou structures métalliques. Et pour ne rien arranger, les tensions énergétiques et logistiques, renforcées par la hausse du prix du pétrole, perturbent les chaînes d’approvisionnement et plombent la compétitivité en faisant grimper les coûts de production.
Malgré la morosité ambiante qui se dégage de ces chiffres, le rapport tient à relativiser en soulignant que tous les domaines de l’industrie ne se portent pas aussi mal : «Sur les 18 catégories qui composent les données, 11 témoignent d’une progression de la production par rapport à l’année passée.» C’est le cas, parmi les contributions les plus positives, de la fabrication de verre, de produits réfractaires et de céramiques, du matériel de transport ou des industries extractives.
… mais l’emploi tient bon
«La production industrielle a été plus affectée au Luxembourg que dans la zone euro au cours des dernières années et ce constat prévaut également pour l’emploi de la branche de l’industrie», note le Statec. À l’instar de la production, les effectifs de l’ensemble du secteur se sont repliés de 1,5% entre le début de l’année 2023 et le deuxième trimestre 2026 (contre -0,4% en zone euro).
L’industrie manufacturière, qui emploie la grande majorité des salariés du secteur, répartis entre PME et géants comme ArcelorMittal ou Goodyear, est le symbole de cet écart entre la situation au Grand-Duché et celle en dehors de ses frontières. En perdant près de 1 100 emplois depuis 2023, ses effectifs ont diminué de 3,3%, tandis que la baisse se limite à 1,3% dans la zone euro.
Les statisticiens cherchent néanmoins à relativiser de nouveau en précisant que «l’Allemagne a par exemple été bien plus impactée» dans le volet social, avec un repli de plus de 4% de ses effectifs sur la même période. En allant dans le détail, le rapport précise également que les suppressions d’emplois au Luxembourg ont principalement eu lieu en 2024 (-0,9%), se sont atténuées en 2025 (-0,3%), et que le premier semestre 2026 amorce une relative stabilisation avec un petit rebond de 0,2% des effectifs.

Chiffres de la production industrielle au 1er trimestre depuis 2019. (Graphique : statec)