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163 squelettes exhumés : une découverte archéologique exceptionnelle à Vianden


C'est la première fois qu'autant de squelettes sont découverts sur un même site au Luxembourg. (Photo: hervé montaigu)

Au pied de l’église des Trinitaires à Vianden, les archéologues ont mis au jour 163 sépultures issues d’un cimetière médiéval. Visite sur ce chantier de fouilles unique.

Cet été, lors de l’aménagement d’un nouveau parking attenant à la future auberge de jeunesse de Vianden, au pied de l’église des Trinitaires, l’équipe d’archéologues dépêchée sur place pour accompagner les opérations de terrassement a observé, dès les premières tranchées, la présence de nombreuses sépultures.

De quoi déclencher en urgence une campagne de fouilles par l’Institut national de recherches archéologiques (INRA) lancée en août, dont les premiers résultats s’avèrent fascinants.

«Nous avons mis au jour 163 squelettes appartenant à l’ancien cimetière d’un hôpital médiéval qui se trouvait là, et qui a été utilisé du XIIIe au XVIIIe siècle», explique David Weis, le directeur de l’institut.

En marge des fouilles, un long travail d’analyse sera mené par les anthropologues. (Photo : mcult)

Une découverte d’un intérêt scientifique et historique exceptionnel pour le Luxembourg, où il est rare de trouver des squelettes en bon état de conservation à cause des sols très acides.

«C’est une opportunité unique pour mieux comprendre la démographie, le mode de vie dans la région, les conditions sanitaires, mais aussi les inégalités sociales à Vianden à différentes époques», poursuit-il. «On va pouvoir effectuer des comparaisons avec des sites similaires en Europe pour lesquels des bases de données existent déjà.»

Présent ce mercredi sur le site, le ministre de la Culture, Eric Thill, a salué le travail des archéologues : «C’est une grande fierté, car c’est la première fois qu’on trouve autant de sépultures sur une même place, c’est impressionnant.»

Un cimetière qu’on pensait disparu

Les premières recherches archéologiques sur ce site ont débuté en 2021, après la découverte d’une fenêtre gothique lors de travaux d’excavation pour un nouveau poste de transformation électrique.

Des investigations dans les archives documentaires ont porté l’attention des experts sur cet ancien cimetière, qui apparaît bien sur la carte de Ferraris au XVIIIe siècle, au bord d’une importante voie commerciale, mais qu’on pensait détruit dans les combats de la Deuxième Guerre mondiale.

«On était persuadés que la place recèlerait peu de vestiges. Or, à notre grande surprise, le sous-sol s’est révélé beaucoup mieux conservé qu’attendu et on a pu exhumer des squelettes humains intacts», détaille l’archéologue et anthropologue Cinzia Pizzagalli.

«Des siècles d’histoire»

«Ce qui est intéressant, c’est que ce sont des vestiges qui ne sont pas si éloignés de nous, donc c’est vraiment l’histoire du Luxembourg qui est là, des siècles d’histoire, avant même le château.»

«Les couches médiévales sont aussi bien plus profondes qu’on ne l’avait anticipé. On ne sait pas à combien de mètres elles s’enfoncent…» Pour ces fouilles, les archéologues se limiteront à environ 80 cm en surface, car le projet de parking ne descend pas au-delà.

Les fouilles à côté de l’église vont se poursuivre jusqu’à la fin de l’année. (Photo : mcult)

L’étude de toutes ces découvertes permettra bientôt d’approfondir les connaissances sur la population de Vianden depuis le XIIIᵉ siècle jusqu’à l’époque moderne.

Un travail de fourmi

Les archéologues vont déterminer précisément les dates de décès, analyser les pratiques funéraires, les restes de vêtements, et documenter les anomalies, fractures ou maladies dont les ossements présentent des traces.

Un travail de fourmi, en raison du sol schisteux de Vianden, mais surtout du chevauchement des squelettes : «À un endroit, en creusant sur moins de deux mètres carrés, on est tombés sur 33 sépultures, ce qui est énorme», pointe l’archéologue Merwan Chettir, responsable du suivi.

Lavage, séchage, reconstitution

Les ossements recueillis doivent maintenant être séparés les uns des autres avec un grand soin avant d’être lavés, séchés, réattribués avec certitude aux différents individus et disposés dans une position anatomique correcte.

«On va ensuite observer tous les indices, sur chaque partie du corps, qui peuvent être utiles pour en savoir plus sur la vie du défunt. La stratification du tartre sur les dents, par exemple, est riche en informations sur l’alimentation de la personne mais aussi son origine géographique», indique Cinzia Pizzagalli.

Le tartre déposé sur la dentition est une mine d’informations pour les archéologues. (Photo : hervé montaigu)

«Je suis sûr qu’on va en apprendre beaucoup sur les migrations au Moyen Âge grâce aux analyses ADN, et casser certaines idées reçues. On a coutume de dire qu’à cette époque, les gens ne bougeaient pas, mais le Luxembourg a toujours été un lieu de passage», conclut David Weis.

Tous seront réinhumés

Les fouilles devraient s’achever avant la fin de l’année. À l’issue de ces travaux, grâce à un accord avec l’Église catholique, l’INRA assure que l’ensemble des squelettes pourront être réinhumés à Vianden.

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