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[Musique] Fun Lovin’ Criminals : gang of New York 


Fun Lovin’ Criminals est ce mardi soir à Dudelange. L’occasion de revenir sur les débuts tonitruants d’un groupe qui, en un seul et premier album, a synthétisé l’esprit de New York des années 1990.

Durant l’été pluvieux de 1996, au cœur des différents festivals européens, il y avait un groupe qui dénotait de tous les autres : Fun Lovin’ Criminals. Les Eurockéennes de Belfort ne dérogeaient pas à l’impression : devant un parterre de résistants trempés jusqu’à la moelle, rincés de fatigue et protégés par des sacs poubelles, le trio de New York débarquait en costards, soignés comme pour aller au bal, racontant au micro leur récente histoire dans un argot à couper au couteau, incompréhensible pour une large majorité du public. Que dire alors de leur musique, toute aussi subtile et alambiquée, clairement en décalage avec une programmation où le rock plus ou moins nerveux dominait les débats.

Un décalage qui résume bien l’état d’esprit d’une formation qui a fait de son originalité sa force et sa faillite. Il y a eu en effet Come Find Yourself, premier album hors sol qui mélange dans un même bouillon le rock, le blues, le funk, le jazz, la soul et le rap, au cœur d’un marché américain dominé à l’époque par le grunge, le metal, le hip-hop et les rejetons hybrides engendrés par ces trois styles. Une production qui, sans la moindre gêne, pose des scratchs dans la foulée d’une ligne d’harmonica – effronterie qui va être auréolée d’un disque de platine et d’un succès en Grande-Bretagne où il va squatter les charts durant deux ans. Une œuvre qui, également, aura du mal à se trouver un successeur digne de ce nom malgré deux efforts assez louables en équilibre entre deux siècles (100% Colombian en 1998 et Loco en 2001). 

De Tarantino à la Little Italy

C’est que, dès les premières notes de ce trio d’affranchis, sans références, ni limites apparentes, la barre était déjà haute. Come Find Yourself, comme c’est le cas pour d’autres premières œuvres, est en effet d’une spontanéité et d’une honnêteté sans faille, face auxquelles il est toujours difficile de rivaliser. Sur la forme, avec ces caïds au grand cœur qui tirent leur nom d’un collectif de graffeurs new-yorkais, on plonge dans l’imagerie de la Grosse Pomme, ses mafieux, ses magouilles, ses nuits sans fin qui sentent la cigarette et l’alcool. Dans les textes de Fun Lovin’ Criminals, il y a du Martin Scorsese et du Quentin Tarantino (dans leur tube Scooby Snacks, on trouve des répliques de Pulp Fiction). 

Toute une culture populaire qui raconte les quartiers de Little Italy ou de Hell’s Kitchen, avec ses guetteurs, ses braquages ratés, ses flics corrompus, ses gueules de cinéma (comme celle de Frank White dans le titre King of New York, en hommage au film du même nom d’Abel Ferrara), à voir aujourd’hui comme le témoignage d’un New York qui n’existe plus, celui d’avant l’ère Rudy Giuliani et sa politique de grand nettoyage. À lui seul, le chanteur-guitariste Huey Morgan incarne bien cette figure du bandit-dandy, personnage de polar noir qui, plus jeune, a fait son temps dans la marine américaine après un règlement de comptes. Même son phrasé, roulant avec nonchalance sur une rythmique agitée, est un symbole de la «cool attitude» new-yorkaise.

Ce n’est pas du rock ni du hip-hop : c’est Fun Lovin’ Criminals!

Tous ces multiples clins d’œil ne doivent rien au hasard : Come Find Yourself a été composé depuis le QG unique de Major Music, sorte de penthouse aux immenses baies vitrées situé en haut d’un immeuble de Manhattan. De quoi donner de l’inspiration… Et le trio est un pur produit de Brooklyn – Huey Morgan, Brian «Fast» Leiser et Frank Benbini ont fait leurs premières armes dans une fameuse discothèque de la ville, le Limelight, où, avant de monter ensemble sur scène, ils étaient DJ, videurs ou garçons de vestiaire, selon les soirs. En résulte alors une évidence qui deviendra un mantra : dans un tel endroit, métissé et terreau de toutes les permissions, impossible de faire une musique qui rentrerait dans les cases. Ce sera effectivement le cas. 

Souvenirs de Glastonbury

Les treize chansons de ce premier album choisissent en effet… de ne pas choisir de camp : la guitare délivre des riffs de blues-rock poisseux, la batterie des rythmiques qui tournent en boucle et la basse un groove funk. Écouter Fun Lovin’ Criminals au milieu des années 1990 s’apparente à une grande traversée des quartiers et des genres de la Big Apple : le rap à la Wu-Tang Clan et des Beastie Boys, le rock des clubs poisseux du Lower East Side, le blues et le jazz des bars de Greenwich Village. En tendant l’oreille, on pourrait même entendre les grondements du métro. Un melting-pot que le groupe défend : «Quand on me demande de définir notre musique, je suis incapable de le faire. Ce n’est pas du rock ni du hip-hop : c’est Fun Lovin’ Criminals!», confiait à l’époque le frontman au magazine Les Inrockuptibles. 

Peu, comme eux, feront le choix de cette confusion (en dehors de Beck et de  G. Love & Special Sauce). Ce qui explique sûrement pourquoi les Américains, peu enclins à l’ironie et au mélange, ont toujours boudé le groupe, qui trouvera toutefois son salut en Europe et en Angleterre, avec comme point d’orgue le concert donné en 1999 à Glastonbury. Rien d’étonnant d’apprendre que, par la suite, Huey Morgan deviendra, pour la radio et la télévision, anglaise (notamment la BBC), une personnalité qui compte. Il quittera officiellement Fun Lovin’ Criminals en 2021 après des années où les déchirements supplanteront la créativité. Désormais, c’est sans lui que Scooby Snacks continue de résonner dans les salles du monde entier, car les fans n’ont jamais oublié l’année 1996, marquée par l’insolence d’un trio pas comme les autres. 

Fun Lovin’ Criminals
Live with the DiFontaine Orchestra
Opderschmelz – Dudelange.
Ce mardi à partir de 20 h.
Support : Rob Eberle

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