Les électeurs russes se sont rendus aux urnes vendredi au premier jour d’un scrutin législatif se déroulant jusqu’à ce dimanche et que devrait remporter le parti de Vladimir Poutine.
Le vote pour renouveler les 450 sièges de la Douma, la chambre basse du Parlement russe, est prévu pour durer jusqu’à ce dimanche soir et les premiers résultats sont attendus dans la foulée. Ces législatives sont les premières depuis le début de l’offensive à grande échelle lancée par Moscou en Ukraine en février 2022. Elles sont également organisées dans les territoires de l’est de l’Ukraine occupés et annexés par la Russie.
Le scrutin permettra au Kremlin de se faire une idée de l’état d’esprit des Russes, alors que les initiatives diplomatiques pour mettre fin au conflit le plus meurtrier en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale ont toutes échoué jusqu’à présent.
Si l’issue de ces législatives fait peu de doute, la participation et le score des partis alternatifs sera scruté par les analystes, dans un pays où l’expression de la dissidence est sévèrement réprimée par le pouvoir.
L’Union européenne a dénoncé des élections se déroulant dans un climat de «répression systématique et institutionnalisée», tandis qu’une instance d’opposants russes auprès du Conseil de l’Europe a qualifié le scrutin de simulacre.
Les électeurs russes et les analystes s’attendent à ce que Russie unie, le parti du président déjà majoritaire dans la Douma sortante, remporte le scrutin et continue de dominer l’organe législatif. Face à Russie unie, seules des formations soutenant à des degrés divers Vladimir Poutine et la poursuite du conflit en Ukraine – les communistes du KPRF, les nationalistes du LDPR, les conservateurs de Russie juste et les libéraux du parti des Nouvelles personnes – ont été autorisées à concourir. Iabloko, le seul parti frontalement opposé à la guerre en Ukraine, a d’abord été autorisé à participer au scrutin avant d’en être privé par la justice au mois d’août.
Rencontrée à la sortie d’un bureau de vote du centre de Moscou, Natalia, une juriste de 36 ans, a dit avoir voté pour les candidats de Russie unie, car elle aspire à «la stabilité et à une vie paisible». «Je pense que les gens sont satisfaits.» Une autre électrice, Lioubov, 55 ans, soutient «pleinement l’opération militaire spéciale», le terme en vigueur pour qualifier la guerre en Ukraine. Elle se montre toutefois critique à l’égard de certaines politiques sociales, regrettant le relèvement de l’âge de la retraite.
Simulacre d’élection
Lors d’une brève allocution télévisée mercredi soir, Vladimir Poutine a incité ses concitoyens à voter pour soutenir les combattants engagés en Ukraine et montrer que les Russes sont unis. Vladimir Poutine, au pouvoir depuis plus d’un quart de siècle, a voté électroniquement vendredi après-midi, selon des images de la télévision publique.
«Poutine aime à comparer sa situation politique à ce qui se passe dans les pays européens», explique Tatiana Stanovaïa du Centre Carnegie Russie Eurasie, interdit en Russie en tant qu’organisation indésirable. «Il peut dire : « Regardez, nous avons eu une élection. Je bénéficie d’un soutien considérable de la part des Russes. Nous sommes tous unis ». C’est donc pour lui quelque chose de très important, sur le plan personnel, émotionnel et politique», dit-elle.
Car, et c’est tout l’enjeu, le scrutin servira de marqueur à l’agacement de la population face à un conflit qui a fait des centaines de milliers de morts et de blessés et qui ne cesse de miner le quotidien des Russes, même de ceux qui vivent à des centaines de kilomètres de l’Ukraine. Kiev multiplie les frappes de longue portée contre les infrastructures énergétiques et les entreprises privées, notamment les géants de l’e-commerce Wildberries et Ozon, provoquant des morts parmi la population civile, des pénuries d’essence et des milliards de roubles de dégâts matériels.
Écartée du scrutin, l’opposition en exil a appelé tous les Russes opposés à la guerre à voter contre le parti de Vladimir Poutine le même jour à la même heure, ce dimanche à midi, pour montrer leur nombre.
Autre sujet qui pèse sur ces élections : la crainte d’une nouvelle mobilisation sur le modèle de la mobilisation partielle de 300 000 réservistes en septembre 2022. Depuis que le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a affirmé que cette mesure serait annoncée à l’automne après les législatives, son homologue russe et son entourage ont réfuté à de multiples reprises ce scénario, très impopulaire jusque dans les cercles dirigeants à Moscou.