The Invite sème la zizanie chez un couple de quadras rongé par le temps et la routine, avec Penélope Cruz et Edward Norton dans le rôle d’agents détonateurs.
«Ce qui m’intéresse le plus dans les films que je mets en scène, ce sont les rapports humains (…) Ce projet était l’occasion de relever un pari : si mon sujet de prédilection concerne les relations entre les gens, pourquoi ne pas leur consacrer un film tout entier?» Devant et derrière la caméra pour son troisième long métrage, The Invite, Olivia Wilde forme avec l’humoriste Seth Rogen un couple qui ne croit plus à rien, s’écharpe sur tout et accueille à dîner leurs voisins, dont les bruyants ébats les mettent au supplice autant qu’ils les renvoient à leur propre misère sexuelle. «Il y a quelque chose de très américain dans l’idée puritaine qu’un mariage doit se poursuivre même s’il n’est pas heureux», déclare l’actrice et cinéaste de 42 ans, après avoir interprété récemment une artiste dominatrice hypersexualisée dans I Want Your Sex de Gregg Araki.
Changement radical dans The Invite, où elle campe une épouse réfugiée dans la décoration de son appartement pour oublier son mariage en ruines. «Le manque total de satisfaction et de plaisir est jugé secondaire par rapport au respect du contrat conjugal qui a été signé», ajoute Olivia Wilde. Au cours du dîner, les certitudes vont vaciller quand les sulfureux voisins Pina et Hawk (Penélope Cruz et Edward Norton), adeptes de l’amour libre, font comprendre à Angela et Joe, leurs hôtes, que la soirée pourrait prendre un tour bien plus intime.
Le film est adapté de la pièce de théâtre espagnole Los vecinos de arriba («Les voisins du dessus»), elle-même plusieurs fois portée à l’écran dont en 2020 par l’auteur de la pièce, Cesc Gay, sous le titre Sentimental, puis en 2022 en Italie (Vicini di casa) et en 2025 avec le film sud-coréen The People Upstairs. En transposant l’intrigue à San Francisco, la réalisatrice a tenu à donner une sensibilité américaine au film en procédant par une technique inhabituelle. Elle a approché les comédiens dans une démarche collaborative et a souhaité travailler le scénario avec les acteurs et les auteurs, Will McCormack et Rashida Jones, avant le début du tournage. «Je voulais engager des interprètes qui m’expliquent de quoi parle le film. Il fallait donc trouver des artistes aussi passionnés que moi par cette approche», explique-t-elle dans ses notes de production.
Pendant huit jours, Olivia Wilde, Seth Rogen, Edward Norton et Penélope Cruz se sont dédiés à un atelier d’écriture, où les comédiens improvisaient ou racontaient des anecdotes personnelles pour mieux construire et étoffer leurs personnages. C’était «une étape très importante de ce projet», assure Penélope Cruz. «Je crois que c’est parce qu’elle a su tous nous mettre en confiance si bien qu’on était prêts à évoquer des sujets intimes devant les autres», confie pour sa part Edward Norton.
Je voulais engager des interprètes qui m’expliquent de quoi parle le film
Olivia Wilde, réalisatrice et actrice
Puis la troupe s’est lancée dans un tournage de 21 jours dans l’ordre chronologique de l’intrigue. Une «bulle magique» selon la réalisatrice, grâce à un tournage en pellicule 35mm qui imposait au quatuor d’acteurs d’entrer dans une «forme de transe» : «L’argentique impose des limites, permettant seulement de capter une scène à un instant précis. C’est un format qui vous oblige à vous concentrer sur ce que vous faites», note Olivia Wilde. Son personnage, Angela, est au bord de l’implosion après une vie de couple passée à ravaler ses frustrations; son voisin du dessus, Hawk, cache derrière sa bonhomie une attitude de «forceur».
Aux deux extrémités du spectre, Pina, la psychothérapeute et sexologue, ne se montre jamais dupe face à la situation qu’elle contribue à déclencher, pas plus que Joe, l’hôte bourru qui ne peut s’empêcher de ponctuer les dialogues par des blagues acerbes. Olivia Wilde voit le personnage de Penélope Cruz comme «une main de fer dans un gant de velours, tout en élégance et en subtilité», tandis que Seth Rogen est selon elle «un scientifique de l’humour», doté de «cette faculté stupéfiante à donner aux situations comiques les plus délirantes un accent de vérité». «C’est comme s’il avait conclu un pacte avec le spectateur : il le respecte, mais il ne sous-estime jamais son intelligence.»
Avec son unique décor, son ton déjanté et volontiers cinglant, et sa fine analyse des dynamiques de couple, The Invite évoque les meilleurs films de Woody Allen, de Luis Buñuel ou de Mike Nichols. Olivia Wilde, qui dit s’être notamment nourrie de 12 Angry Men (Sidney Lumet, 1957) ou Belle de jour (Luis Buñuel, 1967), n’avait pas espéré un tel succès au box-office estival américain, où le film s’est frayé grâce au bouche-à-oreille une place entre les grosses machines The Odyssey et Spider-Man. Elle explique cette réussite en pensant avoir touché une corde sensible avec son exploration des affres de la quarantaine. «Beaucoup de gens ne savent pas comment faire cohabiter les différents aspects de leur personnalité parce qu’ils ont l’impression de ne pas être autorisés à être plus d’une chose à la fois», analyse-t-elle. «C’est particulièrement vrai pour les femmes américaines. Il y a cette idée que, si vous avez été mère, vous devez être pour toujours la Madone.»
The Invite,
d’Olivia Wilde.