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Agression sexuelle : 10 ans d’errements judiciaires


Dix ans après le dépôt de plainte, l’affaire a été examinée le 1er septembre 2026 au tribunal correctionnel de Briey et a abouti à une relaxe partielle du mis en cause. (Photo : rl)

VAL DE BRIEY Une plainte pour agression sexuelle sur une petite fille en 2016, un dossier qui fait le tour des commissariats… Les lenteurs judiciaires ont profité au suspect relaxé.

«On avait les moyens de protéger un enfant, on a fait du mal à une adolescente». Du début à la fin, les parents ont vécu un véritable crève-cœur. En 2016, leur fille cadette, alors âgée de 7 ans, verbalise une agression sexuelle que son oncle lui aurait fait subir trois à quatre ans plus tôt, à Val de Briey. Plainte est déposée. Le point de départ d’un (très) long combat judiciaire.

Pourtant, l’enquête démarre normalement : témoignages, réquisitions, expertise psychologique de l’enfant. Mais une décision, d’apparence anodine, va enrayer l’avancée du dossier. La maman de la petite – et sœur du mis en cause – met au courant ses parents de la situation. «C’était une erreur. J’aurais dû ne rien dire», regrette après coup la mère de la fillette. Car plutôt que d’aller dans leur sens, ils vont tout raconter au suspect.

«Quand on l’a su, j’ai prévenu le commissariat. J’ai dit aux policiers qu’il fallait faire vite avant qu’il quitte Florange, où il se trouvait», se souvient le père de la jeune plaignante. «Mais comme c’était dans un autre département, en Moselle, tout s’est compliqué.»

Quand une brigade locale se rend sur place, l’oncle recherché s’est déjà évaporé dans la nature. Un scénario qui se répète plusieurs fois, à différents endroits. Ainsi, le dossier voyage de commissariat en commissariat sans que personne ne parvienne à l’attraper.

En mars 2018, les parents du mis en cause sont auditionnés. Ils indiquent que leur fils se trouve dans la Loire. L’affaire atterrit alors à Saint-Étienne. «Sauf qu’il était en Belgique…», se désole la maman. Le dossier piétine de la sorte jusqu’en 2022 et le coup de fil d’un policier de Strasbourg : «On l’a retrouvé». Grâce à une réquisition aux organismes sociaux, il a pu être localisé en Alsace et interpellé. 

Après expertise, une trentaine de vidéos pédopornographiques sont retrouvées dans son téléphone. Lui réfute toute accusation et assure ne pas avoir cherché à fuir.

«Pourquoi avoir perdu tout ce temps?»

En 2023, la victime présumée d’agression sexuelle, désormais adolescente, est réentendue. «Avant, son cerveau n’était pas assez mature, donc elle ne le vivait pas mal. Mais là, tout lui est remonté. Comme elle veut faire du bien autour d’elle, elle va tout garder. Et elle a fini par se faire du mal», confie sa mère. Scarifications, pensées suicidaires… «Je n’arrivais pas à mettre des mots sur mon mal-être», témoigne la principale concernée, aujourd’hui âgée de 17 ans.

«Et maintenant, il va falloir qu’elle se remette de la relaxe». Le 1er septembre 2026, près de dix ans après le début de cette affaire, son oncle n’a finalement pas été reconnu coupable de l’acte sexuel qui lui était reproché. «J’ai pris mon sac avec toutes mes affaires et de rage, je l’ai jeté», réagit l’adolescente.  «Mon cerveau comprend, mon cœur non», complète sa mère. «Je crois aux institutions. Je sais que les juges doivent juger avec ce qu’ils ont. Certes, c’est parole contre parole. mais pourquoi a-t-on perdu tout ce temps? L’injustice est là. […] Si, pour aller le chercher, il n’y avait pas eu des jours de latence entre la Meurthe-et-Moselle et la Moselle, ça aurait été réglé avant et ma fille n’aurait pas autant souffert.»

Seule éclaircie pour la famille briotine, la dénonciation de leur enfant n’a pas été totalement vaine : le prévenu a écopé d’un an de prison avec sursis pour la détention de vidéos pédopornographiques. «Si elle n’avait pas parlé, qu’est-ce qui aurait pu se passer de bien pire derrière?», alerte aussi son papa. «Je ne regrette pas d’avoir parlé, même si ça a pris dix ans. J’espère que les personnes qui ont le même problème que moi n’hésiteront pas non plus», conseille celle qui va bientôt entamer sa vie d’adulte. «Aujourd’hui je vis avec, je n’ai pas le choix. J’ai un avenir, il faut que je le construise».

Alexis Maury
(Le Républicain lorrain)

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