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[Cinéma] La Mostra remet les femmes en haut de l’affiche


En plus du Lion d'or à Woman Unknown, de May el-Toukhy, le jury de la Mostra a décerné la coupe Volpi de la meilleure actrice à son interprète, Mathilde Arcel. (Photo : afp)

Seulement deux réalisatrices en compétition et cinq femmes primées : la Mostra de Venise s’est achevée samedi soir avec le triomphe du drame historique Woman Unknown, de May el-Toukhy.

Le film Woman Unknown «aborde le corps féminin comme un champ de bataille et un enjeu public. Dans le même temps, il raconte l’histoire de femmes invisibles, ignorées et privées de voix», a déclaré samedi soir sa réalisatrice, la Dano-Égyptienne May el-Toukhy, en recevant le Lion d’or, récompense suprême de la Mostra de Venise. Le film raconte l’histoire de Marie, une domestique et nourrice sur le point d’épouser le riche veuf pour lequel elle travaille, lorsqu’un secret surgi du passé risque de tout compromettre. Mathilde Arcel, l’actrice danoise qui incarne Marie à l’écran, a elle aussi été récompensée par la coupe Volpi de la meilleure actrice, soulignant l’attrait du jury pour ce film.

May el-Toukhy a d’ailleurs personnellement remercié la présidente du jury, l’actrice américaine Maggie Gyllenhaal, pour avoir «fait entendre sa voix et mis en lumière le manque d’égalité des chances dont souffrent les réalisatrices dans notre industrie». Celle-ci avait en effet dénoncé dès l’ouverture du festival un «problème systémique» dans le cinéma pour expliquer le faible nombre de femmes cinéastes sélectionnées en compétition à la Mostra.

Ondes de choc

Favori après une ovation record de 25 minutes jeudi, le documentaire israélien Naza, des journalistes d’investigation Yuval Abraham et Rachel Szor, est finalement reparti avec un prix spécial du jury. «Le film que nous avons réalisé a choisi de s’intéresser aux mécanismes mêmes de la mise à mort» de Palestiniens à Gaza par Israël, a décrit Yuval Abraham. «La réalité, c’est que depuis que ce festival a commencé il y a 10 jours, Israël a tué au moins six enfants palestiniens à Gaza», a-t-il dénoncé.

«Ce massacre est systémique. Ce n’est pas un accident, mais bien le fruit d’une stratégie délibérée. Des actes meurtriers et des politiques fondés sur une déshumanisation totale des Palestiniens», a ajouté le coréalisateur, appelant les Israéliens et les citoyens des pays soutenant Israël à aller voir le film. L’armée israélienne a «catégoriquement rejeté» ces accusations vendredi. Basé sur les témoignages anonymisés de 24 militaires des services secrets israéliens, Naza a provoqué une onde de choc à Venise, un an après que The Voice of Hind Rajab, sur la mort d’une petite fille à Gaza, tuée par l’armée israélienne, y a remporté le Grand Prix du jury. Sa réalisatrice, la Tunisienne Kaouther Ben Hania, était d’ailleurs membre du jury de Maggie Gyllenhaal, aux côtés notamment du réalisateur français Xavier Giannoli et du maître du film d’action hongkongais Johnnie To.

Le prix de la mise en scène est revenu au réalisateur né en Russie Ilia Khrjanovski, dont le film DAU est une fresque monumentale décrivant 30 années de totalitarisme en Union soviétique, le portrait d’une société fondée sur la brutalité et l’idéologie. «Je veux dédier ce prix à Kharkiv et aux Ukrainiens qui se battent dans une guerre terrible pour la liberté, la paix et la victoire. Je crois en eux», a déclaré le réalisateur, qui a renoncé à sa nationalité russe en 2024. Projet démentiel qui a nécessité vingt ans de travail, dont trois ans de tournage – 2008 à 2011 – à Kharkiv, DAU a amené un parfum de scandale sur le Lido, notamment à cause des méthodes controversées du réalisateur, que celui-ci a balayées comme «des rumeurs».

John Malkovich couronné

L’acteur américain John Malkovich, 72 ans et encore jamais distingué dans un grand festival international, a lui décroché le prix du meilleur acteur pour son interprétation d’un agent de la CIA cynique et caustique en mission au Chili juste avant le coup d’État de 1973. Wild Horse Nine, de Martin McDonagh, avait reçu un accueil très favorable des critiques qui le voyaient comme un potentiel favori, tout comme Possible Love, du réalisateur sud-coréen Lee Chang-dong. Cette production Netflix, sur la rencontre improbable entre deux couples issus de milieux sociaux très différents, a reçu le Lion d’argent pour le Grand Prix du jury, la récompense la plus prestigieuse juste après le Lion d’or.

Habitué de la Mostra, le réalisateur français Stéphane Brizé a lui reçu le prix du meilleur scénario (avec Coraline Amedeo et Olivier Gorce) pour Un bon petit soldat, qui dresse un tableau sans concession du monde de l’entreprise, où les performances priment sur le bien-être des salariés. «Merci à toutes et tous de m’avoir suivi dans cette histoire où la course au profit fabrique de la souffrance. Et lorsque l’économie fabrique de la souffrance, le fascisme surgit toujours comme un vautour», a prévenu le cinéaste, dont l’œuvre ausculte le monde du travail et les rapports de force économiques. Une autre Française, la jeune Malou Khebizi, 23 ans, a décroché le prix Marcello-Mastroianni du meilleur espoir pour son rôle d’adolescente souffrant d’un trouble de la personnalité borderline dans 15/18, de Cédric Kahn.

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