LITTÉRATURE Après un début d’année morose, les libraires peuvent espérer retrouver le sourire avec une rentrée littéraire qui s’annonce stimulante par ses centaines de romans ouverts à tous les horizons.
Entre la mi-août et octobre, les lecteurs vont pouvoir se plonger dans 461 nouveaux romans, un chiffre en légère baisse par rapport à 2025. Combien d’entre eux sortiront du lot, avec l’ambition de remporter l’un des prix littéraires de l’automne, Goncourt en tête? Difficile à prévoir car cette rentrée apparaît plus ouverte que celle de l’an dernier, qui avait été dominée par trois écrivains : Emmanuel Carrère, Laurent Mauvignier et Nathacha Appanah.
Parmi les auteurs les plus attendus figurent Philippe Jaenada (L’Inconnue du quai de Javel), Sonia Devillers (Le Fabuleux Piano), François-Henri Désérable (Le Palais), Ananda Devi (Chronique d’un royaume perdu), Philippe Besson (La Première Phrase du premier livre) ou Jean-Philippe Toussaint (La Hantise).
Sans oublier la romancière belge Amélie Nothomb, incontournable figure de la rentrée depuis 1992. «Je vis une formidable histoire d’amour avec les lecteurs depuis 34 ans. C’est un tel miracle!», témoigne-t-elle, avant la sortie le 19 août de L’Adolescence du perroquet, tiré à 150 000 exemplaires. «Alban, le narrateur, a un amour fou pour cet oiseau, qui ne le lui rend pas. C’est une situation que beaucoup de gens connaissent. L’amour n’est pas un dû», raconte l’écrivaine, tandis que «Jo, le perroquet du roman, est un gris du Gabon, l’espèce la plus intelligente, qui parle le mieux, mais aussi la plus agressive et perverse. C’est la plus intéressante», notamment pour ce récit qu’elle présente comme un conte, «sans être sûre» de sa morale. «S’il y en a une, c’est que l’amour est un sentiment sans morale», tranche Amélie Nothomb.
Onze romans, un auteur
À l’image de ce roman d’amour contrarié, «cette rentrée littéraire se caractérise par une grande diversité», souligne Jacques Braunstein, rédacteur en chef de Livres Hebdo, le magazine de référence du secteur. Ainsi, le thème de la filiation et de la famille est moins présent que l’an dernier, tandis que de nombreux livres invitent à l’évasion, géographique et historique, et parfois au fantastique.
Le premier prix littéraire de la rentrée, le prix Méduse, a récompensé C’était ça ou mourir, le premier roman de l’auteur haïtien Thélyson Orélien, qui raconte avec verve l’odyssée dramatique d’un migrant fuyant son pays violent pour rejoindre le Québec. D’autres primo-romanciers suscitent l’intérêt, dont Anna Ostasenko Bogdanoff qui cherche à faire revivre «l’humanité» de son père, le célèbre homme de télévision Igor Bogdanoff, et Olivier Grondeau, qui revient avec poésie sur ses deux ans de prison en Iran (Joseph dans la nuit).
Parmi les autres curiosités de la rentrée se trouve un coup éditorial inédit : la sortie de 11 romans chez 11 éditeurs signés par un même auteur, Infernus Iohannes. Derrière ce pseudonyme se cache l’écrivain Antoine Volodine qui entend avec «cette performance artistique» clore en beauté sa longue carrière littéraire. Ces 11 livres, de 150 à 320 pages chacun, ont tous pour sous-titre Retour au goudron, le titre générique de cette série en gestation depuis les années 1980 et celui du dernier ouvrage. «C’est un geste artistique qui marque la fin», explique l’écrivain septuagénaire en mettant en avant la vieillesse et la maladie. Selon lui, «tout l’univers du post-exotisme est là», dans ces onze livres : «cruauté, absurdité, humour du désastre et, au fond, une transfiguration désespérée du monde contemporain».
Les romans étrangers en baisse
Pour le monde de l’édition, les enjeux sont élevés. Car il a été bousculé comme rarement au premier semestre, avec une baisse marquée des ventes de livres, les difficultés de grandes enseignes de librairies, dont Gibert et Le Furet du Nord, et les secousses de l’affaire Grasset.
Prudents, les éditeurs s’appuient surtout sur les romans d’auteurs francophones, avec 344 ouvrages publiés, dont 68 premiers romans, des chiffres globalement stables. «À la lueur de nos lectures de cette rentrée, le roman français se porte très bien», se félicite l’exigeant magazine culturel Transfuge. «Si l’industrie du livre traverse une crise économique, le roman français n’y est pour rien», renchérit-il.
En revanche, le nombre d’ouvrages traduits d’une langue étrangère continue à baisser, à 117 contre 140 en 2025. Parmi les auteurs les plus attendus, l’Américaine Laura Kasischke signe son retour avec Baignade surveillée et l’Espagnol Arturo Pérez-Reverte raconte un épisode tragique de la guerre d’Espagne dans Ligne de feu. Trois ouvrages ayant été salués à l’international paraissent en français : Lázár, une fresque sur le déclin d’une famille noble entre la fin de l’Empire austro-hongrois et l’avènement du communisme racontée par l’auteur suisse de 23 ans Nelio Biedermann, Ici, maintenant de l’Écossais Tom Newlands, et Le Clan des feuilles mortes, de l’Américano-Japonais A. S. Tamaki, premier tome d’une trilogie épique sur le Japon médiéval.
En dépit du contexte économique difficile, plusieurs maisons d’édition se lancent, à l’image du Cercle Ouvert, qui publie les nouveaux romans de Claudie Gallay et Alexis Jenni, ou des Intranquilles, destinée aux lecteurs «qui doutent, remuent et questionnent». En attendant de connaître celle que s’apprête à créer l’ex-PDG de Grasset Olivier Nora, probablement dans l’orbite d’Editis, le numéro deux français de l’édition.