Andras Baka devrait être nommé chef de l’Etat par les parlementaires. Ancien opposant à Viktor Orban quil’avait destitué, il sera le garant de la bonne marche des réformes entamées par le nouveau Premier minsitre, Peter Magyar.
En le choisissant, le nouveau pouvoir issu des élections d’avril dans ce pays d’Europe centrale rend justice à l’homme qui «a dit non» au dirigeant nationaliste Viktor Orban, resté au pouvoir de 2010 à 2026. Andras Baka avait été évincé de la présidence de la Cour suprême de Hongrie en 2012, après avoir dénoncé, comme une purge déguisée, l’abaissement de l’âge de départ à la retraite des juges.
Il avait obtenu gain de cause quatre ans plus tard devant la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), qui avait reconnu le caractère politique de son limogeage. «Il était allé jusqu’au bout pour démontrer que ce qui lui était arrivé était contraire au droit européen», explique l’analyste Bulcsu Zsiga, du Centre pour l’analyse politique équitable.
Le voir revenir aujourd’hui par la grande porte apparaît donc comme un signal envoyé aux partenaires de la Hongrie en Europe et comme une «garantie que la restauration de la démocratie libérale se déroulera selon une trajectoire clairement définie», selon lui. Elu député sur la liste du parti conservateur MDF en 1990, Andras Baka a également été juge à la CEDH de 1991 à 2008.
«Un Etat captif sous Orban»
Peter Magyar avait auparavant proposé la fonction à la championne d’échecs Judit Polgar, mais celle-ci avait décliné. Tisza, sa formation, avait alors indiqué avoir choisi Andras Baka parmi trois candidats, lors d’un vote à bulletin secret. De son côté, le parti Fidesz de Viktor Orban a annoncé qu’il boycotterait le vote, qu’il juge «illégitime» après l’écourtement du mandat du précédent chef de l’Etat, Tamas Sulyok, par la nouvelle majorité le mois dernier.
Des ONG de défense des droits humains, notamment Human Rights Watch, ont critiqué cette éviction, estimant qu’elle recourait à des méthodes rappelant celles utilisées par Viktor Orban pour remodeler les institutions hongroises. Le mois dernier, Andras Baka avait estimé que cette destitution n’aurait effectivement pas dû avoir lieu «dans un pays régi par l’État de droit», mais que la Hongrie était devenue «un Etat captif sous Orban».
Selon lui, le président avait en effet été nommé «pour assurer la survie politique de l’ancien système même après une défaite électorale.» D’après Peter Magyar, le nouveau chef de l’Etat ne devrait exercer qu’une partie de son mandat, jusqu’à l’achèvement du processus de réécriture participative de la Constitution, prévu sur une durée d’un an à un an et demi.
Le Premier ministre promet de lancer des consultations à ce sujet le mois prochain.