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Incendie : «Ce n’est pas le moment de faire des grillades»


Michel Leytem, directeur de l'ANF, estime que le risque d'incendie de forêts reste moindre au Grand-Duché qu'ailleurs en Europe. (Photos : julien garroy)

Face aux vagues de chaleur et au risque d’incendie, l’administration de la Nature et des Forêts fait le point sur la situation afin d’éviter les feux de végétation, d’autant plus que la sécheresse détériore l’état de santé d’arbres déjà fragiles.

Dans la forêt communale de Leudelange, l’herbe est jaunie, la terre sèche ressemble à du sable et quelques feuilles orangées parsèment les arbres. Les conséquences, plus que jamais visibles, de la sécheresse et de la succession d’épisodes caniculaires depuis le début de l’été. À la vue de cette végétation si sèche et inflammable, les images des énormes incendies qui touchent le sud de l’Europe sont forcément dans toutes les têtes, en espérant que le Grand-Duché ne soit pas le prochain sur la liste. Afin d’éviter une telle catastrophe, l’administration de la Nature et des Forêts (ANF) a organisé jeudi un point presse sur l’évolution de l’état des forêts au regard de la situation météorologique.

«Nous connaissons un quatrième épisode de canicule et une sécheresse prolongée, ce qui provoque un stress hydrique chez les arbres dont les racines ne peuvent plus mobiliser assez d’eau pour la photosynthèse, ainsi certaines feuilles et mêmes des branches meurent», fait savoir Michel Leytem, directeur de l’ANF. Dans le contexte actuel, la forêt devient de plus en plus favorable aux feux de végétation. «Hier soir, Météo-France a placé la Moselle et la Meurthe-et-Moselle en vigilance rouge pour risque d’incendies, donc ce risque existe également chez nous», admet Michel Leytem.

Une forêt mixte contre les feux

L’absence de la pluie est certes dangereuse, mais le directeur de l’ANF se veut rassurant en cas d’incendie : «Grâce à la structure de nos forêts, nous serions épargnés par les grandes catastrophes que l’on connaît ailleurs en Europe». Le Grand-Duché compte en effet sur une diversification des essences, des âges et de la génétique des arbres présents sur le territoire qui «permet d’éviter de grands départs de feux».

Les monocultures utilisent souvent des pins ou des résineux dont le bois, les aiguilles et la résine s’enflamment instantanément, nettement plus vite que les feuillus. «Il y a également un autre phénomène chez les pins : celui du couvert forestier. Il est assez troué donc il y a beaucoup de soleil qui passe jusqu’au sol et quand la végétation au sol est sèche, cela donne beaucoup de combustible et un incendie qui part très vite», fait savoir Martine Neuberg, cheffe du Service forêts auprès de l’ANF. D’autre part, des arbres de même taille, même structure et alignés de la même façon permettent au feu de circuler sans ralentir.

Les monocultures de pins dans la forêt des Landes, en France, ont notamment contribué à la progression spectaculaire des flammes. Quid du Luxembourg? «Nous sommes un petit pays donc même si nous avons des monocultures, on ne peut pas véritablement en parler, car elles sont trop petites et rares pour être considérées comme telles», rassure Michel Leytem, que ce soit pour les forêts publiques comme privées. L’absence de forte pression économique sur le bois permet aussi d’éviter les monocultures.

«Il faut compter sur la bonne conscience»

Malgré le fait que la forêt luxembourgeoise soit moins à risque que d’autres forêts européennes, l’ANF et ses gardes forestiers restent sur le qui-vive, tandis que certaines communes du pays interdisent tour à tour les grillades en extérieur par mesure de précaution (lire en page 8). Michel Leytem, lui, n’est pas forcément en faveur de toutes ces restrictions. «Interdire c’est une chose, mais je suis d’avis qu’il faut surtout compter sur la bonne conscience des gens qui doivent se dire que ce n’est pas le moment de faire des grillades ou de fumer en forêt.»

La sensibilisation est donc de mise, à l’image du dépliant présenté par l’ANF avec quelques conseils de base : être vigilant, faire sa pause dans un espace dégagé à l’écart des arbres, rester sur les chemins balisés et respecter les fermetures temporaires. «Il faut aussi rappeler que tous les feux de forêts partent, très souvent, d’inattentions humaines», souligne Martine Neuberg.

Au-delà du risque d’incendie, la multiplication annoncée des épisodes de sécheresse dans les prochaines années va mettre en danger la santé d’une forêt luxembourgeoise déjà mal en point. Selon les chiffres du ministère de l’Environnement, près 80 % des arbres présentent des signes de dégradation notamment dus à la pénurie d’eau, provoquant une hausse de la mortalité des arbres qui poussent sur des sols argileux. «La situation est la plus préoccupante dans le sud-ouest du pays, ainsi que dans le centre du pays», précise la cheffe de service. À court terme, le stress hydrique provoque une perte d’élasticité du bois qui accentue le risque de cassures, de chutes de branches et déstabilise l’arbre au fil du temps.

 

La sécheresse enflamme l’Europe

Le nombre de journées d’été propices aux incendies extrêmes a plus que doublé depuis 1981 dans certaines parties d’Europe du Sud selon une étude publiée jeudi dans la revue Scientific Reports. Les conditions météo favorables aux incendies – chaleur, sécheresse et vent – «se sont fortement intensifiées dans la région», concluent les chercheurs.

L’Europe du Sud est touchée par moins d’incendies qu’au début des années 1980 dans l’ensemble, mais ceux-ci sont plus féroces et difficiles à contenir. «Dans de vastes zones de la péninsule Ibérique, de la France, de l’Italie et de la Grèce, le nombre de journées estivales présentant des conditions extrêmement propices aux incendies a plus que doublé entre 1981 et 2025», indiquent les chercheurs.

Ces derniers concluent ainsi que le nombre de jours propices aux incendies était inférieur à 10 chaque été durant la période 1981-2010. Un chiffre qui a grimpé à environ 25 jours dans certaines parties des pays étudiés au cours de la décennie passée. Une évolution «peut seulement être attribuée au réchauffement mondial» et «la situation ne fera que s’aggraver jusqu’à ce que l’on arrête le réchauffement».

 

Le mois de juin le plus chaud

L’Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement et la partie occidentale du continent vient de connaître son mois de juin le plus chaud enregistré dans l’histoire, selon l’observatoire climatique Copernicus. Le nombre de feux n’a pas pas augmenté pour autant. Les auteurs pointent alors un paradoxe : l’accumulation de combustible végétal crée des conditions plus favorables à des mégafeux plus extrêmes et rapides. «L’Europe est passée à des événements moins nombreux mais plus grands et intenses», résument-ils.

Les incendies actuels en France et en Espagne font suite à une canicule historique en juin, causée «sans équivoque» par le changement climatique d’origine humaine selon un autre groupe de scientifiques du World Weather Attribution (WWA). Ces chaleurs extrêmes ont aggravé la sécheresse en Europe et préparé le terrain pour les incendies.

Les chercheurs s’inquiètent aussi du fait que «les feux de forêts dépassent de plus en plus la capacité de suppression existante» et ce à un rythme plus rapide que ce qui avait été envisagé jusqu’à présent. Une étude publiée en 2024 dans Climate and Atmospheric Science concluait que certaines parties de l’Europe méridionale pourraient subir une multiplication par 10 de la probabilité d’incendies catastrophiques d’ici la fin du siècle.

(AFP)

En raison de la sécheresse, la végétation au sol se transforme en combustible pour les feux de forêts.

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