Qui l’eût cru en début d’année? Attendu au tournant après la démission de Georges Mischo, le nouveau ministre du Travail, Marc Spautz, s’est rapidement heurté à un mur. Le refus du gouvernement d’augmenter de manière structurelle le salaire social minimum, officialisé fin mars, est venu torpiller de timides avancées dans d’autres dossiers clés liés au droit du travail. Il est pertinent de rappeler que ces premiers pourparlers ont eu lieu en format bipartite. L’arrivée d’un ancien syndicaliste à la tête du ministère du Travail n’était pas suffisante aux yeux de l’Union OGBL-LCGB pour retourner siéger au Comité permanent du travail et de l’emploi (CPTE). La perte de confiance dans l’exécutif CSV-DP, accusé de vouloir réduire à néant les représentants des travailleurs, était trop importante. Heureusement, la donne a changé depuis lors.
Ne faut-il pas «remercier» le président américain, Donald Trump, et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, à la base de la guerre insensée lancée fin février contre l’Iran? La rapide extension du conflit à l’ensemble du Moyen-Orient, combinée au blocage du détroit d’Ormuz, a déclenché une crise énergétique qui a finalement forcé le Premier ministre, Luc Frieden, à convoquer une tripartite. Le camp syndical a non seulement réussi à inscrire le salaire minimum à l’ordre du jour, mais l’OGBL et LCGB ont également obtenu une hausse de 200 euros nets. Un succès qui leur a permis de ficeler avec le gouvernement et le patronat le «Paquet résilience». Et un pas décisif pour relancer enfin un dialogue social à trois, caractérisé par un respect mutuel et une réelle volonté de trouver des compromis.
Nous évoquions à la mi-juin que le plus dur restait à venir. Mais la relance du CPTE a permis de signer plus rapidement que prévu des résultats concrets. À commencer par le plan d’action pour augmenter à 80 % le taux de couverture des salariés par une convention collective, ficelé jeudi dernier (lire ci-dessus). Cet accord devrait aussi faciliter la poursuite à l’automne des négociations sur une réforme de l’organisation du temps de travail. Rien n’est gagné pour autant. Le dialogue social revigoré ne constitue qu’une base pour préserver durablement le modèle social luxembourgeois.