Porté par le succès international du film The President’s Cake et une nouvelle génération de réalisateurs, le cinéma irakien espère retrouver son dynamisme, malgré un manque de financements, d’infrastructures et de professionnels qualifiés.
À quelques kilomètres des anciennes salles obscures de Bagdad, aujourd’hui abandonnées, le réalisateur Ali al-Bayati tourne son prochain film, qu’il espère présenter à l’international. «Faire revivre le secteur du cinéma en Irak n’est pas une chose facile, mais ce n’est pas impossible!», dit-il pendant que des caméramans ajustent leur focale pour tourner une scène de ce film d’horreur qui doit sortir avant la fin de l’année.
La production cinématographique en Irak a débuté dans les années 1940, avec des coproductions notamment avec l’Egypte, culminant dans la décennie suivante. Cette période a notamment été marquée par le film Saïd Effendi (1956) de Kameran Hosni, une oeuvre récemment restaurée, geste soutenu par la France et projeté au festival de Cannes en 2025. Mais avec l’arrivée au pouvoir de Saddam Hussein dans les années 1970, le cinéma est mis au service de sa propagande, et après la chute du dictateur, les violences confessionnelles et l’essor des groupes jihadistes entravent une reprise de la production.

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Dans le coeur historique de Bagdad, les anciennes salles qui attiraient autrefois les cinéphiles ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes. Façades défraîchies, enseignes brisées : plusieurs cinémas ont été transformés en entrepôts. Quelques affiches décolorées subsistent çà et là sur des murs. Mais ces dernières années, le retour d’une relative stabilité politique et sécuritaire a ravivé l’intérêt des Irakiens pour les loisirs et redonné de l’élan à la scène culturelle de Bagdad.
Symbole de ce regain d’intérêt, The President’s Cake, réalisé par Hasan Hadi et récompensé l’an dernier à Cannes, a récemment commencé à être projeté en Irak. Le film raconte l’histoire d’une fillette chargée de préparer un gâteau pour l’anniversaire de Saddam Hussein à une époque où les sanctions internationales rendaient presque impossible l’accès aux ingrédients nécessaires. Pour accompagner ce nouveau souffle cinématographique, les autorités ont lancé l’an dernier un programme de soutien à 58 projets de films.
Son budget, d’environ quatre millions d’euros, reste modeste : dans d’autres pays, une telle somme ne permettrait de financer qu’un seul projet d’envergure, souligne Wareth Kwaish, responsable de cette initiative. Le gouvernement travaille également à la récupération des archives du cinéma irakien et a signé des accords de coopération avec la France afin de soutenir le développement du secteur.
En Irak, de plus en plus de personnes veulent raconter leurs histoires et faire des films
Ali al-Bayati, qui a bénéficié du programme public d’aides, espère aujourd’hui distribuer son film aux États-Unis et en Europe. Mais d’abord, dit-il, «il faut gagner la confiance du public irakien afin de générer des revenus permettant d’assurer la pérennité de la production». Pour l’instant, les infrastructures restent limitées : les projections se concentrent principalement dans les multiplexes des centres commerciaux, où les productions hollywoodiennes et égyptiennes dominent l’affiche.

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Le documentariste syrien Abdulhadi al-Rakeb, auteur d’un film sur les anciennes salles de cinéma irakiennes, estime pour sa part que leur disparition a contribué à l’érosion de la culture cinéphile. Leur fermeture a entraîné «la disparition d’une culture du visionnage des films en salle et, par conséquent, un recul de l’idée même de faire du cinéma», dit-il. Malgré ces efforts, le tournage d’un film en Irak reste semé d’embûches, comme ce fut d’ailleurs le cas pour The President’s Cake.
Son réalisateur explique notamment avoir fait appel à des techniciens européens, faute d’équipes locales expérimentées. «Les équipes locales ne maîtrisaient pas les standards internationaux», mais en même temps les équipes étrangères connaissaient mal le contexte culturel irakien, ce qui a créé «davantage de difficultés», résume Hasan Hadi. Selon lui, ce manque de techniciens qualifiés figure parmi les principaux obstacles qui empêchent encore de nombreux réalisateurs irakiens de travailler dans leur propre pays.
Pour développer durablement le secteur, Hasan Hadi plaide pour la mise en place de formations et une augmentation des financements. «De plus en plus de personnes veulent raconter leurs histoires et faire des films, mais les ressources restent insuffisantes», constate Hasan Hadi, qui se dit néanmoins «prudemment optimiste».