Marine Le Pen a lancé sa campagne pour l’élection présidentielle ce mercredi. Sa présence au scrutin malgré sa condamnation fait énormément réagir.
Marine Le Pen, qui a joué son va-tout en décidant d’être candidate malgré sa condamnation en appel, a lancé mercredi sa campagne avec un premier déplacement houleux dans la Sarthe, affichant sa conviction que la justice ne pourra l’obliger à porter un bracelet électronique d’ici l’élection.
La cheffe de file du Rassemblement national est arrivée dans la matinée sur un marché de La Flèche, mairie remportée en mars par le RN. Elle était accompagnée de Jordan Bardella, qui devait la remplacer en cas d’empêchement et sera son Premier ministre si elle remporte la présidentielle des 18 avril et 2 mai 2027.
«Je me réjouis que Marine puisse porter nos couleurs», a-t-il lancé à la presse, assurant n’éprouver aucune «déception». «Nous entrons tous les deux pour cette campagne présidentielle», a quant à elle déclaré la désormais quadruple candidate, tout sourire. «La cour d’appel m’a rendu mon éligibilité», s’est-elle réjouie, réaffirmant qu’elle est «innocente» des faits qui lui sont reprochés.
Plusieurs dizaines de manifestants venus l’accueillir, dont certains agitant des drapeaux La France insoumise, ont exprimé un avis différent. «Pas de délinquants au gouvernement», ont-ils clamé, portant des pancartes «Le Pen condamnée» et «Mains sales, tête basse». Ses soutiens, eux, ont tenté de se faire entendre en l’applaudissant et en criant «Marine présidente!».
Mais les manifestants semblent avoir réussi à chambouler le programme en contraignant Marine Le Pen et Jordan Bardella à écourter la déambulation prévue sur le marché. Si bien que la candidate a demandé au ministère de l’Intérieur de faire en sorte que ses déplacements puissent se dérouler «normalement, sans violences».
Le bracelet s’envole
Mardi, elle avait bouleversé le cours de la campagne en annonçant sa candidature à l’Élysée, quelques heures après l’arrêt de la cour d’appel confirmant sa condamnation dans l’affaire des assistants parlementaires européens. La réduction de son inéligibilité à 45 mois, dont 30 avec sursis, lui permet de se porter candidate alors que beaucoup pensaient que les couleurs du RN seraient portées par Jordan Bardella. Elle a aussi été condamnée à trois ans d’emprisonnement, dont un an sous bracelet électronique, mais a assuré qu’elle mènerait campagne «sans» cette restriction grâce à un pourvoi en cassation, qui suspend l’exécution de sa peine.
Son choix risqué a déclenché d’intenses et complexes débats juridiques. Et repose sur une stratégie consistant à gagner du temps, en misant sur les importants délais des procédures judiciaires. «Je ne joue pas la montre, je suis une citoyenne qui use de ses droits», a-t-elle clamé mercredi. Reste que ses lieutenants ont invité la justice à prendre son temps. Louis Aliot, maire RN de Perpignan, a estimé sur BFMTV/RMC qu’«il n’y a plus urgence» à ce que cette cour se prononce.
La Cour de cassation, qui met généralement un an pour se prononcer, a indiqué qu’elle «pourrait» le faire «au plus tard début avril 2027», alors que le premier tour de l’élection présidentielle doit se tenir le 18 avril 2027. En cas de rejet du pourvoi de Marine Le Pen, la perspective qu’elle doive porter un bracelet électronique durant la campagne présidentielle semble grandement s’amenuiser, compte tenu des temps d’exécution des peines. D’autant plus que la cour précise que «ce calendrier est susceptible d’évoluer en fonction des facteurs procéduraux».
En se lançant malgré sa condamnation, Marine Le Pen, qui avait réclamé par le passé une inéligibilité «à vie» des politiques condamnés pour de tels faits, s’expose aux critiques de ses rivaux. Gabriel Attal, candidat de Renaissance, l’a accusée de faire «pression sur la Cour de cassation» pour qu’elle ne rende pas sa décision avant la présidentielle et de «prendre en otage» la campagne, la comparant à Donald Trump.
«On ne doit pas être candidat à la présidence de la République quand on est condamné pour détournement de fonds publics», a abondé Raphaël Glucksmann, eurodéputé Place publique et probable candidat. Difficile de prévoir, pour l’heure, la réception que lui feront les électeurs. Selon un sondage Elabe, 6 Français sur 10 désapprouvent sa décision de se présenter, tandis qu’un autre réalisé par Odoxa donne un résultat plus serré avec 51 % des personnes interrogées qui estiment qu’elle a raison de se lancer dans la course.
La cour d’appel avait déclaré mardi Marine Le Pen, le Rassemblement national et dix autres personnes coupables de la mise en place d’une «organisation» pour salarier au titre d’assistants parlementaires d’eurodéputés des personnes qui travaillaient en réalité pour le parti, avec un préjudice du Parlement européen estimé à 2,8 millions d’euros entre 2004 et 2016.