Des flux de population aux temps d’accès par les transports publics, le nouvel Atlas de la population selon le recensement de 2021 révèle un Luxembourg bien plus contrasté que ne le montrent les statistiques communales.
Oubliez les frontières communales. Sur les cartes du nouvel Atlas de la population selon le recensement de 2021, le Luxembourg se raconte autrement. Petit pays à la dynamique démographique exceptionnelle, le Grand-Duché compte désormais 681 973 habitants.
Mais sa démographie est largement disparate : la capitale concentre à elle seule 136 161 résidents. Soit un sur cinq. Elle est bien loin devant la deuxième ville du pays, Esch-sur-Alzette, qui en compte quatre fois moins.
Mais la ville de Luxembourg ne s’arrête plus à ses limites administratives. La capitale forme un continuum urbain avec une partie de Strassen, Bertrange, Hesperange ou Walferdange. Plus au sud, un vaste corridor de population se dessine en direction d’Esch-sur-Alzette. À l’échelle du kilomètre carré, les frontières politiques s’effacent au profit des véritables bassins de vie.

Évolution de la population entre 2011 et 2021 par cellule de 1 km².
C’est tout l’enjeu de cet atlas réalisé par le Statec, l’université du Luxembourg et le Liser. Plutôt que d’agréger les données par commune, les chercheurs ont choisi une grille d’un kilomètre carré afin de révéler les contrastes du territoire.
«Chaque agrégation entraîne une perte de détails», appuie Kerry Schiel, chercheuse à l’université du Luxembourg. «L’idée est de séparer les frontières statistiques des frontières politiques.» Une manière de montrer un Luxembourg plus proche des réalités quotidiennes que des découpages administratifs.
Une croissance qui se concentre
Les cartes de l’évolution démographique illustrent bien l’intérêt de cette approche. Entre 2011 et 2021, la population a progressé en moyenne d’environ 80 habitants par cellule habitée d’un kilomètre carré.
Mais cette moyenne masque des écarts considérables. Dans plusieurs secteurs situés autour de la capitale, dans le sud-ouest du pays ou le long de la vallée de l’Alzette, certaines cellules enregistrent une croissance plus de douze fois supérieure. À l’inverse, de vastes espaces ruraux évoluent très peu, voire perdent des habitants.
La même logique apparaît sur les cartes des densités. Quelques cellules dépassent 10 000 habitants au kilomètre carré, tandis que quelques kilomètres plus loin, la densité retombe à quelques dizaines d’habitants seulement. Ces contrastes disparaissent presque entièrement lorsque les données sont ramenées à l’échelle communale.

Densité de population par cellule de 1 km² en 2021.
La voiture reste difficile à concurrencer
Autre enseignement : malgré la gratuité des transports publics, la voiture conserve un avantage très net dans une grande partie du pays.
Les chercheurs ont cartographié les temps d’accès à la ville de Luxembourg selon le mode de transport. Le résultat est sans appel : le train devient réellement compétitif essentiellement autour des gares, où les temps de parcours se rapprochent de ceux de la voiture.
Quelques centaines de mètres peuvent ainsi suffire à faire basculer l’accessibilité d’un quartier. Les cartes montrent que la qualité de la desserte dépend autant de la proximité d’une gare que de l’existence d’une ligne de transport.

Pourcentage des résidents utilisant les transports publics et les modes de transport doux pour se rendre au travail en 2021.
Les langues dessinent un autre Luxembourg
L’atlas révèle également une géographie inattendue des langues parlées. Plutôt que de comparer les communes, les chercheurs ont regroupé les cellules présentant des profils linguistiques similaires. Ils obtiennent ainsi 308 ensembles linguistiques.
Le plus vaste couvre la capitale et une partie de sa périphérie. À lui seul, cet ensemble rassemble 27% de la population du pays. Là encore, les espaces de vie dépassent largement les frontières administratives.
«Un atlas n’est pas un ensemble de cartes», souligne Geoffrey Caruso, professeur à l’université du Luxembourg. «On définit d’abord les questions auxquelles on veut répondre, puis on choisit les données.»
Au fil de ses quelque 150 cartes, l’ouvrage montre surtout qu’un même territoire peut raconter des histoires très différentes selon l’échelle à laquelle on l’observe. À un kilomètre carré près, le Luxembourg n’est déjà plus tout à fait le même.