La France qui réclame le tout électrique pendant que l’Allemagne milite pour des aménagements supplémentaires : les Européens ont affiché de profondes divergences jeudi à Luxembourg sur la trajectoire de réduction des émissions de CO2 dans l’automobile en Europe.
Poussée par Berlin, la Commission européenne a proposé en décembre de renoncer à l’interdiction de la vente des voitures thermiques neuves à partir de 2035, afin d’offrir davantage de souplesse à l’industrie.
À la place, les constructeurs d’automobiles devront réduire de 90% les émissions de CO2 par rapport aux niveaux de 2021 et compenser les 10% d’émissions restantes.
Mais l’Allemagne souhaite aller nettement plus loin dans les flexibilités accordées aux constructeurs.
Lors d’une réunion des ministres de l’Environnement des Vingt-Sept, Berlin a notamment demandé des aménagements en faveur des véhicules hybrides rechargeables.
Helen Winter, diplomate de la représentation allemande auprès de l’UE, a également réclamé que «les véhicules fonctionnant exclusivement avec des carburants renouvelables» puissent être «comptabilisés comme véhicules à zéro émission». Une telle prise de position en faveur des biocarburants est également défendue par l’Italie.
L’Allemagne s’oppose à une proposition de la Commission pour électrifier les flottes d’entreprises. Elle a également contesté les supercrédits que Bruxelles accorderait avant 2035 aux constructeurs automobiles fabriquant des petites voitures électriques bon marché dans l’UE.
La France, qui souhaite s’en tenir à la proposition de la Commission européenne de décembre, a haussé le ton.
«Nous serons opposés à toute mesure qui conduirait à casser le signal d’investissements dans l’électrique», a mis en garde la ministre française de la Transition écologique Monique Barbut
«Je souhaite être très claire, les carburants alternatifs ne sont pas équivalents à l’électrique (…) Ces carburants ne sont pas zéro émission et coûteront très cher», a-t-elle martelé.
«Quant aux véhicules hybrides rechargeables, leurs émissions réelles sont trois fois et demie supérieures aux émissions enregistrées aujourd’hui», a-t-elle assuré, en plaidant pour mettre à jour un coefficient utilisé pour évaluer la partie réelle de l’utilisation de ces voitures en mode électrique.
À l’inverse de l’Allemagne, la France a également apporté son soutien aux supercrédits proposés par Bruxelles pour inciter les constructeurs à fabriquer de petites voitures électriques en Europe.
La négociation s’annonce particulièrement âpre entre les Vingt-Sept dans les mois qui viennent.
Le commissaire européen au Climat, Wopke Hoekstra, a insisté de son côté sur les ventes «spectaculaires» de voitures électriques depuis la flambée des prix des carburants liés à la guerre au Moyen-Orient. Y voyant un signal pour maintenir une trajectoire ambitieuse.