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[Musique] Nirvana, le chaos avant le chaos


(Photo : dgc records)

Le 31 octobre 1991, soit un mois seulement après la sortie de l'album Nevermind qui allait tout changer, Nirvana donnait un concert chez lui à Seattle. Une déflagration sonore et scénique à voir et écouter sur ARTE.

 

Parmi les importantes figures musicales des années 1990, il y en a une qui continue de plaire (et de parler) à la jeune génération : Kurt Cobain, «qui a canalisé un malaise criant sous la forme d’un rock remarquablement poignant», écrivait à propos le magazine Mojo.

Oui, le leader de Nirvana, hanté par des démons qui finiront par avoir sa peau, a gardé toute son aura, au point qu’aujourd’hui encore, avoir assisté à l’un de ses concerts constitue une sorte de Graal pour les initiés.

D’autant plus vrai que les sorties scéniques du groupe sont minces : 350 pour toute sa carrière (entre 1987 et 1994), et seulement 140 après la sortie de l'album Nevermind, grenade dégoupillée à la face du monde qui fera son succès, comme sa rapide décadence.

Parmi ceux-ci, certains restent en mémoire parce qu’immortalisés sur bandes et en vidéo. Il y a bien sûr le MTV Unplugged in New York, sobre, élégant, intime et acoustique. Et le plus brut Live at Reading du 30 août 1992, période où Nirvana était, selon Pitchfork, «le plus grand groupe du monde».

Devant 60 000 festivaliers, Kurt Cobain débarquait en fauteuil roulant, vêtu d’une blouse d’hôpital – une réponse ironique aux rumeurs qui disaient son état de santé précaire. Avant ce grand cirque médiatique qui le couronnait bien malgré lui porte-parole de la «Génération X» (en référence au livre de Douglas Coupland), il y en a un dernier qui, lui, a gardé toute son authenticité : le Live at the Paramount, que la chaîne ARTE diffuse sur son site jusqu’au 2 août.

 

Le «plaisir» avant le «fardeau»

Outre sa qualité intrinsèque (il est filmé en 16 mm), c’est pour ce qu’il raconte et fait entendre qu’il est intéressant. On est alors le 31 octobre 1991, du côté du Paramount Theatre à Seattle, épicentre de l'explosion grunge du début des années 1990. À ce moment-là, Nirvana n'est qu'un groupe de l’ombre, auteur d’un seul disque, Bleach (1989), le meilleur pour les puristes car proche des références très bruyantes du trio : Melvins et Sonic Youth.

Mais un second vient tout juste de sortir, Nevermind, porté par son single Smells Like Teen Spirit qui tourne en boucle sur MTV. Les ventes sont bonnes, certes, mais pas au point d’imaginer la déferlante qui va suivre (près de 30 millions d’albums vendus). Le groupe, lui, s’en amuse, un brin surpris que pour cette date à domicile, on change de salle (le Moore Theatre étant trop petit) et que son nom remplace celui de Mudhoney, au départ tête d’affiche.

 

Souriez, vous êtes filmés!

Comme on peut le constater à l’image, pas d’affolement et d’emballement de la part du public – rappelons qu’à cette période, internet et les réseaux sociaux n’existaient pas. Et pour un prix modique de 10 dollars, ils sont environ 2 800 à remplir les deux étages de la salle, plus curieux qu’agités. Après une première partie assurée par Bikini Kill (et Mudhoney donc), il est 22 h 33 quand Nirvana arrive sur scène.

Kurt Cobain, toujours réservé, lâche un petit salut de la main et un «joyeux Halloween!». Les bases sont posées pour un show que le critique Nick Ruskell verra comme «une perle rare» : celui d’un groupe «spectaculaire filmé sans artifices, dans l’instant présent, en train de faire simplement ce qu’il sait faire».

 

Son compère, Mark Deming, compare lui cet enregistrent au film des Beatles, A Hard Day’s Night (1964), capturant des artistes «à un moment où le succès était un plaisir, avant qu’il ne devienne un fardeau». Il y a en effet un mélange de tout cela. Sur le plateau, le trio se donne à fond : le batteur Dave Grohl, tout en puissance, tombe vite le t-shirt et rappelle qu’il était l’un des plus tapageurs, loin de l’image du leader tranquille des Foo Fighters qu’il est devenu.

Kurt Cobain crache ses textes avec une rage désarmante, avec sa voix toujours à la limite de la cassure, tandis que Krist Novoselic, basse à la hauteur des genoux, balance d’étranges remarques au micro, comme «le funk de Blancs, ça craint!», surprenante entrée en matière de Smells Like Teen Spirit, hymne hurlé par une foule en transe.

«C’est la fin d’une époque!»

Ce show, sorti initialement en DVD en 2011 – qui a eu aussi le droit à sa version vinyle en 2019 –, montre l’ADN d’un groupe finalement plus branché punk, noise et heavy metal qu’autre chose. Les 19 morceaux de ce set d’une grosse heure en témoignent, dont le dernier, Endless, Nameless, véritable déflagration sonore à la guitare dissonante (qui finira en morceaux, dans un hommage à The Who).

Mais derrière l’incontestable performance, le ver est malheureusement déjà dans le fruit : il y a ces machines à fumée, que le groupe, asphyxié, coupe en plein milieu d’un morceau, ces danseurs qui s’agitent de chaque côté de la scène et ces caméras, qui virevoltent entre les musiciens.

 


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