[Mondial-2026] Le petit pays des Caraïbes est en plein chaos. Alors être présent aux États-Unis ne suffit pas. Il faut, en plus, y marquer les esprits.
Classés 83e au classement FIFA (le Luxembourg est 98e), les Haïtiens joueront à Boston leur premier match de Coupe du monde depuis 1974 dans un des groupes les plus relevés du tournoi, qui compte aussi le Brésil et le Maroc. Légitimement présenté comme le Petit Poucet, Haïti pense pouvoir créer la surprise.
«On sait qu’il y a souvent une mauvaise image du pays, qui a des difficultés», admet le milieu de terrain vedette Jean-Ricner Bellegarde, natif de Colombes, en banlieue parisienne et qui joue à Wolverhampton. Il fait partie des nombreux joueurs nés à l’étranger que le sélectionneur, le Français Sébastien Migné, a su convaincre de rejoindre l’équipe nationale. Bellegarde a joué un rôle clé dans le parcours de Haïti, qui a terminé devant le Costa Rica lors des qualifications de la zone Concacaf.
10 % de la population a été déplacée
Un rêve au milieu d’un petit cauchemar. Car le gouvernement américain a suspendu tous les visas de tourisme ou d’immigration depuis Haïti, un pays miné depuis des années par l’instabilité politique et la criminalité des gangs. Selon l’ONU, près de 1,5 million de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays en raison des violences des groupes criminels qui contrôlent une partie du pays.
L’équipe, qui n’a pas pu disputer ses matches de qualification ni organiser un stage de préparation à domicile à cause de la situation sécuritaire, bénéficiera toutefois du soutien de l’importante communauté haïtienne aux États-Unis.
«Nous voulons faire quelque chose pour le pays, aider à relancer les choses, attirer l’attention sur ce qui s’y passe et changer le statu quo», ajoute Derick Étienne, ailier du Toronto FC né à Richmond, en Virginie, mais dont la famille vit en Haïti. Il faisait partie de l’équipe demi-finaliste de la Gold Cup en 2019. À 29 ans, il cherche maintenant à gagner un premier match de Coupe du monde. En 1974, Haïti avait perdu ses trois rencontres, encaissant 14 buts.
La démonstration (4-0) contre la Nouvelle-Zélande, un autre qualifié pour le tournoi, la semaine dernière a servi d’avertissement et les Grenadiers comptent sur l’attaquant de Sunderland Wilson Isidor, né à Rennes et qui a porté le maillot des Bleus en jeunes, pour faire la différence. «J’espère vivre de grandes aventures avec l’équipe nationale, sourit le puissant attaquant de 25 ans. Nous sommes venus faire passer un message et montrer que nous ne sommes pas seulement une petite nation en difficulté.»