Avec la guerre au Moyen-Orient dont la durée et les conséquences restent incertaines, les perspectives de croissance s’assombrissent pour le Luxembourg.
Sur fond d’incertitudes liées au blocage du détroit d’Ormuz, les prix de l’énergie se trouvent ce mardi au cœur des discussions tripartites, tandis que le Statec pointe, dans sa note de conjoncture, le spectre d’un nouveau choc inflationniste qui pourrait plomber la croissance.
«Si le conflit en Iran devait durer, l’impact sur l’économie luxembourgeoise serait fort, avec une baisse de la croissance et une hausse du chômage», résume le directeur Tom Haas, attendu dans l’après-midi par le gouvernement et les partenaires sociaux pour présenter ses derniers calculs.
L’ombre d’une récession
La croissance du PIB s’est établie à 0,6 % en 2025, nettement en deçà de sa moyenne historique et du résultat de la zone euro pour la quatrième année consécutive, avec des déséquilibres : seules les activités financières et le secteur non marchand soutiennent l’activité, alors que l’investissement ne fait que reculer.
Dans son scénario central, le Statec table sur l’ouverture du détroit avant la fin du mois. Ce qui permettrait au PIB du Luxembourg de progresser à 1,2 % en 2026 et 1,9 % en 2027. Dans le cas contraire, il pourrait passer sous la barre des -1 % en 2026 avec un risque de récession, avant un rebond à 1,8 % en 2027.
En supposant un conflit court au Moyen-Orient, l’inflation atteindrait 2,5 % en 2026. Ainsi, après la tranche indiciaire de ce mois de juin, une suivante serait attendue au 2e trimestre 2027. Dans le scénario le moins favorable, l’inflation pourrait être portée à environ 4 % et déclencher un nouvel index dès le 3e trimestre 2026, notent les économistes.
Les frontaliers comme variable d’ajustement
«Le Luxembourg ne performe pas bien ces dernières années en matière d’emploi», rappelle Pauline Perray, cheffe de l’unité Conjoncture au Statec. «Nous avions anticipé une accélération des créations de postes pour cette année, mais le conflit pèse lourdement sur l’activité.»
«Cela pourrait pousser les entreprises à reporter leurs intentions d’embauches. La croissance de l’emploi passerait alors à 0,7 % en 2026 – après une progression de 1,2 % en 2025 – tandis que dans notre scénario central elle atteindrait à 1,7 % puis 1,9 % en 2027.»
Avec, comme souvent, les travailleurs frontaliers en première ligne : «Si l’activité repartait, les emplois créés seraient pourvus à 60 % par les frontaliers. Et face à un ralentissement, ce seraient eux les premiers impactés.»
Le taux de chômage s’envole
Malgré une certaine dynamique observée l’été dernier, le taux de chômage au Grand-Duché – actuellement à 6,3 % – a continué d’augmenter et a même dépassé, en début d’année, celui de la zone euro. Une première historique.

(Photo : archives editpress)
«En 2025, on a connu à la fois une accélération de l’emploi et une hausse du chômage : ce qui peut sembler paradoxal. En fait, les créations d’emplois ont davantage profité aux frontaliers, donc sans effet sur le chômage des résidents. Et beaucoup de personnes jusque-là inactives se sont inscrites à l’Adem, faisant grimper le nombre de demandeurs d’emploi», éclaire Pauline Perray.
Dans le détail, c’est dans la santé que de nombreux frontaliers ont été recrutés : «Sur les 4 000 emplois frontaliers créés entre début 2024 et début 2025, plus de 1 000 concernaient les secteurs de la santé et des services administratifs, et environ 500 les administrations publiques, dont 200 personnes de nationalité luxembourgeoise vivant dans un pays limitrophe.»
Du mieux dans la construction
«Ce qu’on constate aussi, c’est que la branche de la construction, en crise depuis 2022, semble se stabiliser sur les derniers mois, ce qui peut également profiter à l’emploi frontalier, très pénalisé dans ce contexte. On note une augmentation des heures supplémentaires, plus de recours au travail intérimaire, et des perspectives d’embauche qui remontent.»
Une embellie qui reste fragile : «Si les taux d’intérêt et les coûts remontent à cause de la guerre en Iran, la reprise conjoncturelle pourrait être étouffée avec à la clé une hausse du chômage vers 6,7 % en 2027.»
Le Statec alerte sur la dégradation des finances publiques en 2025 sous l’effet d’un net ralentissement des recettes fiscales et d’une forte hausse des dépenses (+8,8 %). Les impôts sur les sociétés et les ménages sont en repli, comme les recettes de la TVA suite au freinage de la consommation. Après un excédent à 0,9 % du PIB en 2024, le Luxembourg affiche un déficit de 2 % en 2025, «bien plus important qu’attendu», soulignent les économistes, ajoutant qu’il pourrait encore s’aggraver et s’approcher des 3 % du PIB en cas de conflit prolongé au Moyen-Orient.Les finances publiques dans le rouge