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Flottille pour Gaza : de retour au Luxembourg, les deux résidents dénoncent un «terrorisme d’État»


Elisabeth Trocheris (à d.) et Abdessamad Taqui à leur arrivée à Bruxelles. (Photo : instagram/luxembourg_globalsumud)

Interceptés par l’armée israélienne dans la nuit du 18 au 19 mai alors qu’ils participaient à la Global Sumud Flotilla 2026, les deux résidents luxembourgeois sont rentrés au Grand-Duché vendredi.

Après avoir pris un vol affrété par le gouvernement turc à destination d’Istanbul, puis de Bruxelles, Elisabeth Trocheris et Abdessamad Taqui se sont exprimés. Au lendemain de leur retour, ils ont livré samedi un témoignage de leur détention lors d’une conférence de presse organisée par le collectif March to Gaza Luxembourg et retransmise sur Instagram.

Visiblement encore marquée, Elisabeth Trocheris, qui se trouvait à bord du Naplouse, a rapporté brièvement une expérience qu’elle dit avoir eu du mal à concevoir. «Je n’aurais jamais cru que cela puisse exister. Je suis complètement effarée par ce terrorisme d’État auquel j’ai assisté», a-t-elle confié, racontant avoir été contrainte, comme les autres détenus, de rester tête baissée et mains liées : «On était quasiment à quatre pattes, comme des petits chiens, la main du soldat sur la nuque. On était complètement humiliés.»

«On a été traités comme des terroristes dangereux, alors qu’on était des gens pacifistes. Il y a eu un décalage incroyable», a-t-elle ajouté. Pour elle, les gestes déplacés des jeunes soldats israéliens ne peuvent être expliqués que par un lavage de cerveaux ou la prise de drogue. Sinon, comment expliquer «qu’ils ne voient plus l’humanité» en face d’eux, s’est-elle interrogée.

Luc Frieden interpellé

Abdessamad Taqui, tout en montrant les marques sur son dos, a expliqué avoir été touché par deux balles en caoutchouc au moment de l’interception alors qu’il avait les mains levées. Il a dénoncé des conditions de détention qu’il qualifie de systématiques plutôt qu’isolées. « Je vous assure que ce n’est pas une violation ou une brutalité individuelle : non, c’est une philosophie. Une philosophie qu’ils ont tous : le médecin, les officiers, tous les services. Ils exercent une violence psychique et physique incroyable», a-t-il déclaré.

Il a évoqué ses heures passées à genoux, tête au sol, mains attachées dans le dos. il est revenu sur ses conditions de détention, dans des conteneurs surpeuplés. Il a parlé du froid : les soldats leur avaient retiré pulls et vêtements chauds. Mais aussi du manque de soins et de nourriture : du pain congelé leur était jeté au milieu de la cour comme à des chiens – et encore, a soufflé Abdessamad Taqui, à des chiens on leur donne à manger avec plus d’humanité. Souffrant toujours des mains, il a indiqué ne plus en avoir la pleine sensibilité.

Les deux résidents ont rappelé avoir été interceptés en eaux internationales, ce qui constitue selon eux et les organisateurs une violation du droit international : «La question qui me tourne sans cesse dans la tête, a indiqué Abdessamad Taqui, est-ce que ce qu’ils ont fait est légal ou illégal? Si c’est illégal, pourquoi nos gouvernements continuent-ils à les soutenir? Ils ont des relations profondes avec l’État israélien. Les gouvernements européens sont donc aussi complices de cette violation du droit international.»

Le collectif a profité de cette conférence pour interpeller le gouvernement luxembourgeois, appelant à clarifier sa position et à reconsidérer ses liens économiques avec Israël. Mais aussi le Premier ministre Frieden. Le coordinateur du collectif, Patrick Bosch, a reproché au Premier ministre, Luc Frieden, d’avoir fait remarquer, en marge d’une manifestation, que les participants à la flottille «savaient bien où ils allaient».

Pour lui, c’est une inversion des rôles de victime et d’agresseur : les militants luxembourgeois sont partis apporter de l’aide humanitaire dans le respect des règles internationales – une équipe d’une centaine de juristes veille à la conformité de l’opération. Or ils ont été victimes d’une agression d’un État agissant illégitimement. Patrick Bosch appelle donc Luc Frieden à clarifier publiquement ce point.

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