Dans une lettre envoyée hier au gouvernement, la Fédération européenne des infirmiers conteste l’argument central avancé par la ministre de la Santé, selon lequel les revendications des infirmiers luxembourgeois iraient trop loin.
La Fédération européenne des associations d’infirmiers et infirmières (EFN), représentant 38 associations nationales d’infirmiers dont l’ANIL, l’Association nationale des infirmières et infirmiers du Luxembourg, conteste le projet de loi encadrant la profession infirmière au Luxembourg, présenté en avril à la Chambre et actuellement étudié par les commissions de la Santé et de l’Éducation.
En cause, non seulement une révision jugée datée, qui «risque de rester fortement alignée sur un cadre datant de trente ans, sans refléter de manière adéquate les réalités de la pratique infirmière en 2026», mais surtout de nouvelles restrictions qui vont à l’encontre des recommandations de l’ANIL. L’EFN pointe notamment du doigt deux sujets clivants : la gestion autonome des soins de base, comme les soins dentaires et cutanés, ainsi que la possibilité de prescrire des médicaments déjà disponibles sans ordonnance en pharmacie.
Pour la ministre de la Santé Martine Deprez, ces revendications dépendent du champ d’action des infirmiers en pratique avancée (APN). Mais l’EFN la recadre dans sa lettre, en précisant que les compétences mentionnées par l’ANIL dans son avis ce mercredi 20 mai relèvent d’un ensemble «de huit compétences figurant à l’article 31 de la directive 2013/55/UE», qui fixe les exigences minimales de formation des infirmiers responsables de soins généraux. Des compétences fondamentales que «tout infirmier dans l’Union européenne doit être capable d’exercer de manière indépendante et autonome», contrairement aux rôles des APN, citation du rapport du Conseil international des infirmières sur les APN de 2020 à l’appui.
«Concrètement, l’exécution autonome d’interventions de base telles que les soins bucco-dentaires avec l’utilisation de produits en vente libre disponibles en pharmacie fait partie de la pratique infirmière régulière et ne constitue ni un acte de pratique avancée ni un soin spécialisé», précise le comité de l’ANIL. D’où le courroux de l’EFN, qui prévient : «tout manquement du gouvernement luxembourgeois (…) pourrait potentiellement conduire à une procédure d’infraction de la part de la Commission européenne», en ajoutant que ne pas prendre suffisamment en considération les préoccupations et recommandations formulées par la profession pourrait entraîner «des procédures judiciaires».
La Fédération européenne rappelle que «l’autonomie infirmière n’est pas un luxe, mais une nécessité structurelle à la sécurité des soins» : la pénurie d’infirmiers implique précisément de mettre à profit toutes les compétences disponibles. Pour l’EFN, les infirmiers constituent «l’épine dorsale de l’ensemble de l’écosystème de santé», alors même qu’ils sont contraints de délaisser 40 % de leur temps de travail loin des patients, souvent pour des raisons administratives, et appelle le gouvernement à prendre la question au sérieux pour mettre la santé au cœur de ses priorités.