L’aménagement de l’échangeur de Pontpierre sur l’autoroute A4 devait coûter 70 millions d’euros. Après seulement 18 millions de travaux déjà effectués, un nouveau projet de loi prévoit une rallonge de plus de 25 millions.
«L’augmentation des prix, le dépassement de quantités et l’adaptation du programme de travail rendent nécessaires les adaptations du budget de la loi du 9 septembre 2021», annonce le texte du projet de loi déposé ce jeudi à la Chambre par la ministre de la Mobilité et des Travaux publics, Yuriko Backes.
Conditions économiques défavorables
Les usagers habitués de l’A4 connaissent ce chantier depuis longtemps. Construire un nouvel échangeur de cette envergure sur l’une des voies les plus empruntées n’est pas une mince affaire. À l’heure où les discussions sur l’A31 bis reprennent de plus belle, le grand public est familiarisé avec les travaux préparatoires et les mesures compensatoires (environnementales ou pour minimiser les conséquences sur le voisinage ou assurer la sécurité).
Des travaux préparatoires qui ont débuté dès 2008, avec notamment le déplacement des deux aires de services, avant de voir achevée fin 2019 la réalisation des deux nouveaux ouvrages du giratoire ovale implantés sous l’autoroute. Mais avec la pandémie, avant le lancement des travaux principaux, des évolutions du projet et des dépenses supplémentaires non couvertes par les estimations financières initiales ont conduit à un dépassement du budget.
Et pas des moindres. La loi de 2021 avait pour objectif de financer intégralement ce réaménagement. Or, les prévisions ne pouvaient pas anticiper la crise en Ukraine, au Proche-Orient ou en Iran. Si bien que désormais, la facture gonfle de plus de 18 millions d’euros. Avec un indice de 2021 (845,51) à des années-lumière de celui à l’instant T (1164,15 au 1ᵉʳ avril 2025, indice semestriel en vigueur des prix à la construction), cela ramène la note à… 25,2 millions d’euros supplémentaires.
Un chantier titanesque
L’échangeur initial de Pontpierre, inauguré à la fin des années 1960, est l’un des plus vieux du pays. La nécessité de sa transformation, pour absorber le flot de véhicules toujours plus important et desservir en accès direct la zone artisanale de Wickrange et le centre GRIDX, n’est pas à prouver.
Mais le chantier, dont la livraison était prévue cette année, implique le déplacement de 83 000 m³ de terre, l’installation de 9 400 m² de murs acoustiques pour protéger les riverains du bruit, des adaptations à la route nationale N13 et, surtout, un giratoire ovale de 230 m de long et 80 m de large sous l’autoroute pour donner accès à quatre nouvelles bretelles.
Un projet si pharaonique qu’il a été divisé en trois étapes, dont les deux premières sont en cours de réalisation. Pour la troisième phase (bretelle d’accès vers Raemerich, écrans antibruit côté Wickrange, reconstruction d’un ouvrage sur la Mess et un réaménagement de la rue de Mondercange encore à l’étude), elle est suspendue au vote de la rallonge de 25,2 millions.
«Éléments imprévus lors de l’exécution»
Si l’inflation dépassant les scénarios pessimistes et la situation dans le détroit d’Ormuz n’étaient pas prévisibles, certains dépassements interrogent toutefois, à l’image des travaux sur les bretelles. Initialement estimés à un montant de 3,6 millions d’euros, les coûts réels atteignent plus de 10,6 millions : ramené à l’indice actuel, le dépassement est de plus de 6 millions, soit le double du montant prévu.
Une hausse extraordinaire qui s’explique non seulement par une «sous-estimation du volume des masses de terrassement», mais aussi par ce que le projet de loi décrit comme des «éléments imprévus rencontrés lors de l’exécution du chantier». À savoir : des conditions géologiques défavorables avec des conséquences sur le traitement du matériau réutilisé, des fondations du mur antibruit le long d’une canalisation de gaz…
Ou encore le réaménagement de la rue de Mondercange, initialement non prévu dans le projet de loi de 2021 alors qu’il semblait inéluctable étant donné que cette voie ne serait plus utilisée comme bretelle d’accès à l’A4, avec un coût de près de 2 millions d’euros. Des dépenses additionnelles qui semblaient pouvoir être anticipées dès la conception du projet.
Au final, à l’heure où le projet de loi est déposé, le coût global du chantier avoisine les 100 millions d’euros. Une rallonge nécessaire selon le ministère pour financer intégralement les travaux et «garantir la continuité et la bonne réalisation du projet dans les conditions prévues, sans impact sur le planning».
En admettant que la situation géopolitique et la conjoncture économique s’améliorent et que les futurs aménagements du tram rapide n’occasionnent pas de dépassements imprévus.