À l’occasion de la sortie de son rapport annuel 2025, le Fonds national de recherche revient en 25 portraits sur 25 ans d’investissements scientifiques qui ont un impact dans la société actuelle.
Le FNR a publié ce jeudi son rapport annuel : et pour marquer le coup du 25e anniversaire de la loi qui l’a créé, le fonds a délaissé son format habituel de manière à ce que les femmes et les hommes derrière les financements soient mis à l’honneur avant les chiffres. Car ce qui ressort de manière éloquente de tous les témoignages recueillis et disponibles sur le site fnr.lu, c’est bien que les parcours de ces passionnés autant que leurs résultats concrets sont le fruit d’une succession de subventions, parfois sur plusieurs années, voire décennies.
La série de 25 portraits balaie ainsi un panorama de chercheurs de l’université du Luxembourg, du LIH, du LIST et du Liser, selon les quatre grands axes des priorités nationales de la recherche : la transformation industrielle et des services, la santé personnalisée, le développement durable et responsable, ainsi que l’éducation du XXIe siècle. Les champs représentés sont aussi divers que la recherche sur le cancer, le traitement de la douleur, la robotique ou l’intelligence artificielle.
Patience et passion
Selon le Dr Isabelle Mossong, secrétaire générale du FNR, «financer un bon projet débouche rarement sur un seul bon résultat. Cela crée les conditions du projet suivant, puis de celui d’après. Le financement public de la recherche est patient par nature, et cette patience fait partie de ce qui en fait la force». À la lecture de ces histoires humaines, on devine la temporalité longue nécessaire aux avancées significatives. Djamila Aouada, par exemple, directrice adjointe du SnT à l’université du Luxembourg, s’est penchée sur la modélisation du corps humain. En créant une base de données de plus de 3 000 scans corporels partagés avec plus de 200 institutions à l’échelle internationale, elle a contribué au progrès en matière de santé et d’éducation 4.0. «Imaginez un robot capable d’observer une foule, de vous repérer, de comprendre ce que vous faites et même de déterminer si vous êtes heureux ou triste. Mes recherches aident les machines à «voir» et à «comprendre» le monde exactement comme nous, les humains. Cela permet de développer des technologies telles que les voitures autonomes capables d’éviter les accidents ou encore des machines qui aident les médecins à détecter les maladies à un stade précoce. L’objectif ultime est de rendre la vie plus sûre et meilleure pour tout le monde» précise la chercheuse dont le groupe travaille également sur la détection des deepfakes. «En partageant les avancées en matière d’IA et de vision par ordinateur, je pense favoriser une meilleure compréhension des avantages que l’IA peut apporter à la société, tout en sensibilisant aux risques d’utilisation abusive.»
L’IA au cœur de la recherche
Car l’intelligence artificielle est au centre de plusieurs projets mis en valeur dans ce rapport hors normes. Le groupe «Raisonnement individuel et collectif» du Pr Leon van der Torre, par exemple, se concentre sur ses fondements : «Notre groupe va au-delà de l’IA telle qu’on la connaît aujourd’hui. Nous étudions le raisonnement, les agents et les organisations multi-agents» avec une analogie avec les différents pays d’Europe. «Chaque pays a son propre raisonnement individuel; l’un peut privilégier la richesse, l’autre l’environnement. Mais au niveau de l’UE, il existe un raisonnement collectif, où nous devons raisonner à l’échelle de l’Europe tout entière.» Et qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas d’un effet de mode : la recherche en IA existe depuis des décennies. «Quand j’ai commencé il y a 30 ans, j’étais inspiré par les films de science-fiction. Aujourd’hui, quand les gens pensent à l’IA, ils pensent surtout à de grands modèles linguistiques comme ChatGPT ou DeepSeek, mais ce n’est qu’un début. À mesure que l’IA continuera à se développer vers une intelligence de niveau humain, elle va affecter tout ce que nous faisons», prédit même le professeur d’informatique à l’université du Luxembourg.
Des subventions essentielles
Après plus de 20 ans de travail soutenu, Christiane Hilger quant à elle a identifié, caractérisé et produit avec son équipe une trentaine d’allergènes d’origine animale, dont plusieurs sont aujourd’hui utilisés dans le diagnostic moléculaire qui oriente les conseils alimentaires donnés aux patients. Mais l’IA et la santé ne sont pas des domaines privilégiés : bien d’autres exemples de projets concrets ont pu être menés grâce aux financements du FNR, parfois avec des conséquences insoupçonnées et des implications dans d’autres champs disciplinaires.
«Grâce aux subventions du FNR reçues pour notre groupe de recherche sur l’avenir de la robotique autonome et celles données au Pr Jan Lagerwall du département de physique, nous étudions comment leurs innovations en matière de nouveaux matériaux à base de cristaux liquides ou de polymères dotés de propriétés optiques particulières peuvent être mises à profit en robotique», se félicite Holger Voos, Pr en sciences de l’ingénierie à l’université du Luxembourg. En travaillant par exemple sur des marqueurs optiques invisibles à l’œil nu, comme des QR codes détectables uniquement par les robots et dont les informations les aident à améliorer leur navigation et à identifier plus facilement les objets, les deux disciplines convergent et donnent lieu à des innovations qui n’auraient jamais vu le jour sans le FNR. Une démonstration concrète des avancées transversales de la recherche, dont l’étendue est reflétée dans le rapport annuel publié.