Donald Trump a annoncé samedi qu’il allait étudier un nouveau plan de Téhéran de règlement du conflit au Moyen-Orient, avertissant qu’il avait peu de chance de l’accepter et laissant planer la menace de nouvelles opérations militaires.
La situation entre les deux pays est toujours dans l’impasse depuis l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes israélo-américaines sur l’Iran et de représailles de Téhéran dans la région.
Un responsable militaire iranien, Mohammad Jafar Asadi, a jugé samedi «probable» une reprise de la guerre avec les États-Unis, alors que des pourparlers directs à Islamabad le 11 avril se sont révélés infructueux, tant les divergences restent fortes, du détroit d’Ormuz au volet nucléaire.
Selon des agences de presse iraniennes, l’Iran cependant a transmis à Washington, via le Pakistan, un plan en 14 points visant à mettre fin au conflit dans un délai de 30 jours. «Je vais bientôt étudier un plan que l’Iran vient de nous transmettre», a annoncé le président américain sur sa plateforme Truth Social, «mais je ne peux m’imaginer qu’il soit acceptable, parce que (les Iraniens) n’ont pas encore payé un prix suffisant pour ce qu’ils ont fait à l’Humanité et au Monde depuis 47 ans» et la fondation de la République islamique.
Sanctions
Selon l’agence Tasnim, Téhéran réclame dans ce plan un retrait des forces américaines des zones proches de l’Iran, la levée du blocus des ports iraniens, la levée du gel des avoirs iraniens, le versement de réparations, la levée des sanctions, un «mécanisme» concernant le détroit d’Ormuz et «la fin de la guerre sur tous les fronts y compris au Liban».
Sur ce dernier front, Israël a mené samedi une nouvelle série de frappes qui ont fait au moins trois morts dans le sud du pays, selon l’agence de presse officielle libanaise. L’armée israélienne a affirmé avoir visé des dizaines de cibles du Hezbollah pro-iranien. Tasnim ne mentionne pas le dossier nucléaire. Or il s’agit d’une question centrale pour les États-Unis et Israël, qui accusent l’Iran de vouloir se doter de la bombe atomique – ce que le pays dément. L’Iran avait déjà transmis cette semaine un nouveau texte via le Pakistan, sans qu’aucun détail ne filtre.
Blocus
Poursuite de la guerre ou voie diplomatique, Téhéran est «prêt» aux deux scénarios et «la balle est dans le camp des Etats-Unis», a jugé le vice-ministre des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi.
La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ses répercussions continuent de secouer l’économie mondiale, avec des cours du pétrole montés à des niveaux inédits depuis 2022. Car si les bombardements ont cessé, le conflit perdure sous d’autres formes: Washington impose un blocus aux ports iraniens en riposte au verrouillage par Téhéran du détroit d’Ormuz, par lequel transitait auparavant un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.
Interrogé par des journalistes samedi soir en Floride, Donald Trump a refusé de préciser ce qui pourrait déclencher de nouvelles opérations militaires contre l’Iran.
«S’ils se conduisent mal, s’ils font quelque chose de mal, mais pour l’instant, on verra», a-t-il déclaré. «Mais c’est certainement une possibilité.»
Le républicain avait théoriquement jusqu’à vendredi pour demander l’autorisation du Congrès de poursuivre la guerre. Il a préféré envoyer une lettre à des responsables parlementaires pour leur notifier que les hostilités contre l’Iran étaient «terminées», même si plusieurs élus démocrates ont souligné que la présence continue de forces dans la région indiquait le contraire. La guerre, très impopulaire aux Etats-Unis, a alimenté le mécontentement contre Donald Trump, sous pression pour trouver une issue alors que le pays se trouve dimanche à tout juste six mois de législatives de mi-mandat décisives.
«Crises de panique»
En Iran, si la population a pu renouer à la faveur de la trêve avec une certaine normalité, le quotidien est plombé par l’inflation qui explose comme le chômage, dans un pays déjà affaibli par des décennies de sanctions internationales.
Amir, 40 ans, raconte débuter sa journée en «regardant les infos et les nouvelles d’exécutions». La justice iranienne a encore annoncé samedi la pendaison de deux hommes accusés d’espionnage au profit d’Israël. «Les gens essaient de tenir le coup mais on voit bien qu’ils sont en train de s’effondrer», dit-il, racontant avoir «des crises de panique six fois par jour».