Investissement, ressources humaines, positionnement à l’international : le nouveau président de la Fedil, Alex Schumann, liste les priorités de son mandat.
Avec la prise de fonction officielle d’Alex Schumann ce lundi en tant que président de l’organisation patronale, c’est une nouvelle séquence qui s’ouvre pour la Fédération des industriels luxembourgeois (Fedil).
Dans un contexte économique déstabilisé par les tensions géopolitiques, la hausse des prix de l’énergie et les difficultés d’approvisionnement, le successeur de Georges Rassel a déjà sa feuille de route.
Et pour ce directeur de production de Goodyear Luxembourg, il est clair que l’avenir du secteur passe par l’accélération des projets d’investissement, une meilleure organisation du travail et le renforcement de la position du Luxembourg sur le marché mondial.
«Certains sont encore à l’abri»
Trois défis qu’il faudra relever malgré les répercussions de la guerre en Iran qui frappent les industriels de plein fouet.
«Au niveau énergétique, certains sont déjà impactés quand d’autres, qui avaient acheté à l’avance, sont encore un peu à l’abri. Mais plus pour longtemps : ils seront exposés à la hausse des prix dès la fin de l’année ou courant 2027», déclare Alex Schumann, se basant sur les retours de 700 membres.
«Les chaînes d’approvisionnement aussi sont fragilisées. Il devient de plus en plus compliqué de trouver certaines matières premières, comme des polymères par exemple.»
Des voyants au rouge qui rappellent la période critique de 2022 : «Globalement, on observe le même phénomène qu’au début de la guerre en Ukraine. D’abord les prix de l’énergie augmentent, puis ceux du transport, ceux de la logistique, et tout ça entraîne de l’inflation.»

«Il faudra établir un diagnostic commun, comprendre le cadre pour agir et trouver des compromis qui fonctionneront.» (Photo : hervé montaigu)
Des difficultés qui seront à l’ordre du jour de la prochaine réunion tripartite annoncée pour début juin.
«On a une chance de se mettre autour de la table et de valoriser le dialogue social. Aujourd’hui, on a l’impression que les réalités sont différentes, donc il faudra établir un diagnostic commun, comprendre le cadre pour agir et trouver des compromis qui fonctionneront.»
Cette rencontre entre syndicats, patronat et gouvernement doit maintenant être préparée : les revendications du camp des employeurs vont s’affiner dans les prochaines semaines.
Simplifier les démarches
Sur le front de l’investissement industriel, le nouveau président de la Fedil plaide pour une «réduction drastique» des délais pour viabiliser les terrains, des parcours d’autorisation standardisés, un guichet de coordination et des délais transparents. Et pour le déploiement de nouvelles technologies et des infrastructures robustes qu’elles nécessitent, «la question du financement et la compétitivité du cadre fiscal national» s’avèrent centrales, pointe Alex Schumann.
Une «concurrence déloyale» de l’État
Deuxième priorité identifiée par le nouveau président : les collaborateurs, autrement dit le recrutement et l’organisation du travail. Alors que l’industrie compte désormais plusieurs métiers «très en pénurie», la Fedil dénonce une «concurrence déloyale de l’employeur public» de plus en plus pesante.
«Nous le voyons au niveau des techniciens, des ingénieurs et des carrières supérieures : ces dernières années, les Luxembourgeois qui entrent sur le marché de l’emploi préfèrent travailler pour l’État avec tous les avantages que ça représente. Même avec une croissance proche de zéro, les salaires continuent d’évoluer à la hausse dans le secteur public et les embauches se poursuivent.»
Un décalage lourd à porter pour un secteur qui peine à attirer les talents, assure Alex Schumann : «Exposés à la concurrence internationale, nous n’avons pas les moyens de nous aligner sur le secteur public.»
De la flexibilité à l’embauche
Quant à l’organisation du travail, l’absentéisme est devenu un grand sujet pour la Fedil. «On n’est jamais revenu au niveau d’avant-covid, et ça pèse sur les employeurs. Les congés spéciaux qui ont été ajoutés constituent un avantage pour les salariés, mais rendent la vie des employeurs plus compliquée, notamment pour gérer ces absences additionnelles.»
D’où la demande d’un «cadre plus flexible à l’embauche, avec des périodes de référence ajustées aux besoins», ajoute le nouveau président. «C’est à l’UEL d’en discuter, mais pour nos membres, c’est un enjeu important.»
Transition énergétique : rester «réaliste»
Enfin, pour renforcer la position du Grand-Duché dans les chaînes de valeur européennes et mondiales, la Fedil estime que ses membres doivent pouvoir s’appuyer sur «des conditions-cadres favorables, en matière d’énergie, de digital et de commerce international». Quant à la transition énergétique, celle-ci doit reposer sur «un équilibre entre sécurité d’approvisionnement, prix compétitifs et trajectoires de décarbonation réalistes».
- né en 1974, de nationalité luxembourgeoise
- ingénieur en mécanique de la FAU Erlangen-Nürnberg
- il commence sa carrière chez BMW à Munich
- en 2008, il rejoint Goodyear, puis occupe divers postes à responsabilités au sein des opérations européennes au Luxembourg, en Allemagne et en France. Il dirige actuellement la production des usines Goodyear à Colmar-Berg
- il est membre du conseil d’administration de la Fedil depuis 2022
- en 2024, il prend la vice-présidence de la Fedil