Nous évoquions dans notre édition de samedi le fait que les réformes en cours du droit du travail n’ont pas leur place sur la table de la tripartite nationale annoncée pour début juin. Élargir les discussions à l’organisation du temps de travail ou au travail de plateforme n’est pas très cohérent. La question du salaire minimum est moins facile à écarter au vu de la volonté de renforcer le pouvoir d’achat. Romain Wolff, le président du syndicat de la fonction publique CGFP, se montre toutefois peu enclin à rouvrir cet épineux dossier, au contraire de l’Union des syndicats OGBL-LCGB. Une première fissure dans le front syndical qui sera assis face au gouvernement et au patronat?
Le ministre du Travail, Marc Spautz, assumera un véritable rôle d’arbitre dans les tractations à venir. Malgré son échec à relancer le dialogue à trois, le responsable politique chrétien-social a bon espoir de pouvoir convaincre syndicats et patronat de renouer avec des discussions constructives et productives. La tripartite nationale consacrée à la crise énergétique pourrait venir débloquer une situation sociale toujours aussi tendue. «Il est essentiel à mes yeux que nous parvenions à des résultats concrets pour le pays et ses habitants – en termes de pouvoir d’achat et de compétitivité des entreprises. Et cela ne peut se faire que dans le cadre d’un dialogue solide et respectueux», clame Marc Spautz dans l’interview qu’il nous a accordée en amont du 1er-Mai (lire pages 2 et 3). En même temps, le successeur de Georges Mischo doit admettre avoir «peut-être sous-estimé la profondeur du fossé qui s’est creusé courant 2025 entre les syndicats et le gouvernement».
Marc Spautz prépare déjà le terrain pour la suite. Un document de travail relatif au travail de plateforme a été soumis aux partenaires sociaux. Le ministre espère que des pourparlers constructifs pourront avoir lieu sur la base de synthèses écrites. Un accord tripartite visant à amortir le choc de la crise énergétique pour les ménages et l’économie nationale devra vraisemblablement inclure des concessions de part et d’autre – du côté tant des syndicats que du patronat – afin de renouer avec un dialogue social plus structuré, au-delà de l’instrument de crise que représente la tripartite nationale.