Sous l’ombre du chêne tricentenaire de Moutfort, le gouvernement a lancé une campagne autour des arbres remarquables afin de sensibiliser le public, tout en l’appelant à participer à la protection de ce patrimoine naturel.
Dans la petite localité de Moutfort, rue de Pleitrange, à la frontière entre les maisons et les champs, le calme habituel d’un après-midi ordinaire est bouleversé ce mercredi. La raison? La présence d’un monument discret mais inratable pour celui qui passe devant. Haut de 26 mètres pour 5,5 mètres de circonférence, il s’agit du chêne massif qui trône à l’entrée de la forêt domaniale du «Roudebësch». Outre sa ramure et sa cime impressionnantes, son épaisse écorce témoigne d’une longévité estimée à plus de 300 années.
C’est ici, au pied de ce chêne séculaire honoré comme «arbre de la Liberté» après la Première Guerre mondiale, que le ministère de l’Environnement et l’administration de la Nature et des Forêts (ANF) ont choisi de lancer une campagne d’information et de sensibilisation consacrée aux arbres remarquables du Grand-Duché.
À l’instar de ce chêne, 241 autres arbres composent la liste officielle des arbres classés et protégés par règlement grand-ducal depuis le 31 janvier 2025. «Ce sont des arbres esthétiques, avec un caractère émotionnel puisque ce sont des témoins de notre histoire, de notre paysage, mais ils ont aussi une valeur écologique, avec un rôle clé face aux effets du changement climatique», décrit Michel Leytem, directeur de l’ANF.
Appel à la participation citoyenne
En lançant la campagne sous le slogan «Eis Beem loosse sech weisen!» (Nos arbres ont fière allure!), «l’objectif est de sensibiliser nos concitoyens pour les rendre attentifs à l’existence de ces arbres et pour nous aider à dénicher d’autres arbres remarquables», fait savoir Serge Wilmes, ministre de l’Environnement.
Les citoyens sont en effet appelés à participer à l’élargissement de la liste des 242 arbres en signalant à l’administration la présence d’un éventuel arbre, sur terrain privé comme public, qui répond au moins à l’un des critères d’intérêt : paysager, morphologique, biologique, dendrométrique, historique ou commémoratif.
Le cas échéant, un formulaire en ligne est mis à disposition du public sur le site dédié : arbresremarquables.lu. Ainsi, tout un chacun peut transmettre ses suggestions à l’administration de la Nature et des Forêts jusqu’au 31 octobre 2026, date à laquelle débute l’examen des candidatures.
«Pour nous, c’est vraiment un grand challenge de savoir ce que les gens vont nous rapporter, j’espère que nous aurons de bonnes surprises et nous trouverons peut-être l’arbre le plus vieux du Grand-Duché», glisse Michel Leytem. À ce jour, la médaille de la longévité revient au chêne d’Altrier, près de Bech, qui serait âgé au moins de 500 ans et dont le tronc abrite une statue de la Vierge Marie. «Souvent, ce sont les chênes les plus vieux, car ils ont une capacité à durer dans le temps. Un chêne de 300 ans peut encore vivre jusqu’à 1 000 ans si tout va bien.»
Une bouclier juridique pour les arbres
Cette opération et la participation citoyenne reflètent «un changement de paradigme» dans la protection de ces trésors naturels. «La protection des arbres remarquables était auparavant toujours liée à un patrimoine foncier, ils se trouvaient tous près d’un bâtiment et c’était le ministère de la Culture qui s’en occupait», explique le directeur de l’ANF. Jusqu’à l’instauration de la loi du 18 juillet 2018 sur la protection de la nature, les arbres remarquables étaient considérés comme des monuments historiques et devaient être reliés à un bâtiment, ce qui limitait leur nombre.
Grâce à ce changement opéré il y a près de huit ans, «nous pouvons prendre en compte des arbres en pleine nature qui nous sont signalés par des préposés forestiers, des agriculteurs ou des amateurs de la nature». De quoi renforcer la protection de la biodiversité puisque la loi précise qu’il est interdit d’abattre, de déraciner, d’endommager ou de détruire un arbre placé sur l’inventaire national, sauf autorisation ministérielle en cas d’utilité publique ou pour des raisons phytosanitaires.
«C’est le statut de protection le plus élevé, comme pour les arbres situés en zone verte», assure Serge Wilmes, tandis que Michel Leytem loue l’importance de ce statut, sans lequel «certains arbres risqueraient de subir la pression économique, vu le prix du terrain au Luxembourg».
Afin d’encourager la protection, le ministre rappelle d’ailleurs que «si vous avez un arbre remarquable qui se trouve sur votre propriété et qu’il faut réaliser des travaux de sécurisation pour satisfaire aux critères très stricts de protection, vous pouvez jouir d’un subside qui va couvrir jusqu’à 75 % des frais de sécurisation».