CINÉMA Ours d’or à Berlin, Yellow Letters, du réalisateur allemand Ilker Çatak, relate les déboires d’un couple d’artistes turcs victimes de la censure dans son pays.
Avec Yellow Letters, en salles mercredi, le réalisateur Ilker Çatak est le premier cinéaste allemand à avoir remporté l’Ours d’or de la Berlinale depuis Fatih Akin en 2004 (pour Head-On). Le film raconte l’histoire de Derya (Ozgu Namal), une actrice en vogue du théâtre contemporain et son mari Aziz (Tansu Bicer), dramaturge acclamé, épanouis dans leur vie à Ankara entourés de leurs amis artistes et intellectuels, aux côtés de leur fille adolescente. Leur quotidien bascule lorsqu’ils se retrouvent interdits de travailler en raison de discours jugés trop critiques à l’égard du gouvernement. Contraint de déménager à Istanbul, le couple va devoir choisir entre assumer ses convictions ou faire des compromis au nom du bien-être de la famille.
Tourné en langue turque, le film a entièrement été réalisé en Allemagne. Berlin incarne Ankara et Hambourg supplante Istanbul. Un choix dicté par des considérations artistiques et non politiques, selon le réalisateur et ses producteurs, pour donner à l’histoire une dimension universelle. «Nous adorons pointer les autres du doigt, et par « nous », j’entends les Allemands, afin de ne pas être confrontés à la poussière devant notre porte», avait déclaré à la Berlinale Ilker Çatak, né en Allemagne de parents turcs.
«Nous pensons que tout va très bien et que nous sommes en sécurité, mais rien n’est sûr», avait-il expliqué. «Ce film traite aussi d’une problématique mondiale et pas seulement d’un enjeu local.» En lui remettant l’Ours d’or, le président du jury, Wim Wenders, avait défini Yellow Letters comme «un pressentiment terrifiant, un regard sur un futur proche qui pourrait bien se produire aussi dans nos pays».
Des déclarations qui ont fait écho aux polémiques ayant secoué la Berlinale cette année, dont la mise sur la sellette de sa directrice, Tricia Tuttle, par le gouvernement allemand, qui l’a accusée de laisser s’exprimer des discours trop hostiles à Israël. La liberté d’expression «peut nous être retirée à tout moment, ici en Allemagne, mais aussi en Occident», avait abondé le producteur du film Ingo Fliess. «L’Occident n’est en aucun cas meilleur que n’importe quel autre endroit dans le monde», avait-il ajouté.
Quelques mois après son triomphe à la Berlinale, Yellow Letters est l’un des favoris dans la course au Deutscher Filmpreis, où il cumule neuf nominations. Le précédent long métrage d’Ilker Çatak, Das Lehrerzimmer, avait remporté cinq statuettes en 2023, dont celles du meilleur film et du meilleur réalisateur. La cérémonie se tiendra le 29 mai dans la capitale allemande.
Yellow Letters, d’Ilker Çatak. Sortie mercredi.