La projection à la Cinémathèque du «final cut» de Blade Runner vient nous rappeler que le cinéma a toujours produit des œuvres instables, mutilées ou rallongées. Un film est-il alors un éternel «work in progress»?
Versions alternatives
Les différentes versions de films peuvent renvoyer à un gadget pour collectionneurs, sauf que le cinéma a toujours existé au pluriel. Dès le muet, puis avec l'arrivée du parlant, on fait des variantes pour d'autres marchés et d'autres censures; plus tard viendront les coupes pour la télévision, pour les avions et pour des législations nationales plus ou moins sévères. Un film n'a donc jamais été un bloc immobile, mais un objet retaillé selon l'endroit où il devait vivre. La «theatrical cut», c'est la version salle; le «director's cut», en théorie, c'est la version qu'un cinéaste revendique comme plus fidèle à son montage, généralement après avoir perdu une bataille avec un studio. Et elle n'est pas forcément plus longue : le director's cut de Blood Simple (les frères Coen, 1984) a raccourci le film. «Extended cut», «special edition» ou «redux» annoncent un retour dans la matière; «uncut» ou «unrated», eux, relèvent souvent de la censure, du classement ou du marketing de la transgression – dans l'idée, il y a moins de coupes et davantage de complet.
Ce qui change avec la vidéo puis surtout avec le DVD, c'est l'échelle industrielle du phénomène. Le support offre assez de capacité pour un long-métrage numérisé, des pistes multiples, des bonus et même des systèmes qui permettent d'héberger plusieurs versions d'un même film. À partir de là, l'«alternative cut» est un argument de vente. Blade Runner en fournit le modèle : sa seconde vie en VHS a préparé le retour de ses autres montages. Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979) a pu revenir en redux; The Exorcist (William Friedkin, 1973) s'est relancé en 2000 ...
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