Face à l’insécurité routière, la section locale de déi gréng a présenté jeudi «Smart Citizens», une initiative citoyenne lancée à Bonnevoie afin de mesurer la circulation et interpeller la Ville sur l’aménagement de ses rues.
À l’angle du cimetière de Bonnevoie, la bannière de déi gréng flotte sous le soleil et attire les regards des curieux ce jeudi matin. La section locale des verts s’est installée sur le trottoir de cette zone paisible mais passante du quartier afin d’évoquer une problématique au cœur des préoccupations des riverains : la circulation.
«Le trafic exagéré, le trafic de transit mais aussi les excès de vitesse et les zones 30 km/h mal aménagées sont des problèmes que nous avons partout à Luxembourg», affirme Fabricio Costa. «J’habite au Pfaffenthal où nous avons les mêmes soucis et il y a quelques semaines j’étais à une assemblée générale au Cents où il y a des problèmes similaires», appuie le conseiller communal. Mais comment dépasser le stade des débats et des doléances qui durent depuis des années? Comment changer la donne?
Pour ce faire, déi gréng Stad Lëtzebuerg a présenté l’initiative «Smart Citizens» lors de la conférence du jour. Derrière cet anglicisme quelque peu énigmatique se trouve un projet simple mais novateur dans la capitale : mesurer le trafic grâce à des appareils installés chez les habitants.

Dans les rues de Bonnevoie, les excès de vitesse sont fréquents selon les mesures des habitants. (Photo : miguel moutinho de sousa)
49 km/h de moyenne en zone 30
Le projet repose sur les appareils Telraam qui permettent de «compter les piétons, les cyclistes, les voitures, les poids lourds ainsi que leurs allures respectives», le tout sans prendre aucune image ou vidéo. Le but est d’assembler des données afin de mettre en avant les rues où la vitesse n’est pas respectée et qui sont victimes d’un trafic dense. La méthode a permis de réaliser une première carte interactive du trafic (disponible sur smartcitizens.lu) pour Bonnevoie, le quartier de résidence de Patrick van Egmond, l’instigateur de «Smart Citizens».
Originaire des Pays-Bas, il emménage au boulevard de la Fraternité en 2012 et constate très vite le danger que représente la route. «J’habite dans une zone 30 mais les gens ne respectent pas la limite, donc ma femme interdisait par exemple à nos enfants de traverser la rue pour aller jouer en face.»
Au-delà d’être un père inquiet, Patrick van Egmond travaille justement pour une entreprise de conseil en transport et mobilité. Expert en la matière, il constate d’abord les lacunes puis décide d’agir : «Je connaissais le système Telraam donc j’ai contacté des amis et la section de déi gréng, où je suis membre, afin de récolter des chiffres concrets». Dans son entourage, il parvient ainsi à trouver neuf personnes prêtes à coller cet appareil à leur fenêtre, en direction de la rue.
«Dans ma rue, je n’ai pas été surpris par les premiers résultats. Par contre, je l’ai été par le nombre de véhicules qui roulent au-delà des limites, même jusqu’à 70 km/h», déplore Patrick van Egmond. Parmi les neuf axes de circulation mesurés depuis au moins trois mois, la rue de l’Hippodrome est celle qui connaît les plus grands excès avec une allure moyenne de 49 km/h, soit 19 de plus que la limite autorisée, pour 39,6 % de véhicules qui ne respectent pas la zone 30.

Des appareils sont présents dans neuf rues du quartier mais l’initiative espère prendre de l’ampleur. (Photo : miguel moutinho de sousa)
Réaménager les rues selon les mesures
Presque une voiture sur deux roule également trop vite rue des Trévires (48,6 %) et le long du boulevard de la Fraternité (49,7 %). Rue Jean-François-Gangler, les excès sont moindres (21 % des véhicules) mais tout aussi inquiétants parce qu’ils ont notamment lieu aux abords du hall omnisports et de l’école. Le danger est donc réel pour les piétons, notamment les enfants, mais aussi pour les cyclistes qui circulent sur des routes dangereuses. Paradoxalement, «la vitesse n’est respectée que dans les rues limitées à 50, pas dans les zones 30», note le coordinateur du projet.
La carte «Smart Citizens» démontre également l’intensité du trafic «dans les petites rues que les gens prennent comme raccourcis pour éviter les bouchons ou les feux rouges». C’est le cas rue du Cimetière où 3 400 à 3 930 véhicules circulent chaque jour, ainsi que rue de l’Hippodrome avec 3 080 à 3 500 voitures quotidiennes venant, notamment, de la route de Thionville.
Fort de ces enseignements, «on souhaite pouvoir mettre en œuvre ce projet dans d’autres quartiers», annonce Fabricio Costa. In fine, déi gréng et Patrick van Egmond espèrent que «les services de la Ville consultent ces chiffres» afin revoir l’aménagement urbain. D’ici là, une conférence ouverte à tous est organisée le 14 avril à 20 h au centre culturel de Bonnevoie afin de propager et faire connaître «Smart Citizens».