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Prix de l’énergie : l’option de «mesures sociales ciblées»


«Il faut éviter que les personnes qui n'y sont pour rien paient le prix des décisions de certains fanatiques de guerre», souligne le député David Wagner. (Photo : didier sylvestre)

Le gouvernement se dit prêt à venir en aide aux ménages et aux entreprises si les prix de l’énergie continuent de flamber. Le ministre Lex Delles ne voit cependant pas encore la nécessité d’agir.

Les prix du carburant sont actuellement fixés à 1,856 euro par litre de diesel, 1,702 euro pour le litre d’essence sans plomb 95 et 1,830 euro pour le sans plomb 98. Par rapport aux tarifs de début mars, quelques jours après le début de la guerre contre l’Iran, la hausse se situe entre 20 et 35 centimes d’euro. Le mazout de chauffage est passé de 0,922 à 1,303 euro le litre.

Sachant que la consommation d’énergie du Luxembourg repose toujours à 75 % sur le gaz et le pétrole, la réaction des marchés au blocage du détroit d’Ormuz – ce passage maritime stratégique contrôlé par l’Iran – impacte lourdement les ménages. «Pour le dire de manière simplifiée, quelque 500 000 des 700 000 citoyens que compte le pays ont besoin de pétrole et de gaz pour se chauffer, avoir de l’eau chaude ou être mobiles», lance David Wagner (déi Lénk).

Des plafonnements de prix réclamés

Le député est à la base d’un débat tenu mardi après-midi à la Chambre sur la hausse généralisée des prix de l’énergie. «Il ne s’agit pas de quelque chose de mineur. Pour remplir la cuve de mazout, il faut compter 1 500 euros de plus. Pour faire le plein, l’automobiliste doit débourser quelques dizaines d’euros de plus. L’impact est substantiel», développe David Wagner.

Le plan d’action de déi Lénk pour protéger au mieux les consommateurs luxembourgeois comprend un plafonnement des prix maxima des carburants automobiles et du mazout de chauffage à leur niveau du 27 février, le premier jour de la guerre. Un plafonnement est aussi réclamé pour les prix de l’électricité et du gaz pendant toute la durée de la crise liée au conflit en Iran. Le parti plaide en outre pour la réintroduction d’un crédit d’impôt énergie.

La motion invitant le gouvernement à agir dans ce sens a été rejetée par les partis de la majorité et a obtenu un soutien relatif des autres partis de l’opposition. Le manque de sélectivité sociale est notamment critiqué par le LSAP. «On se retrouve dans une telle situation d’urgence qu’il nous faut agir plus largement, aussi pour éviter que les personnes qui n’y sont pour rien paient le prix de décisions de certains fanatiques de guerre», défend David Wagner.

Jeff Boonen (CSV) et Carole Hartmann (DP) ne voient pas cette même urgence d’agir. «Ce n’est pas le moment de céder à la panique. On va garder à l’œil l’évolution de la situation et user, le cas échéant, des mécanismes de crise qui sont à notre disposition», dit le premier. «Ce qui se passe n’est pas comparable avec ce qui s’est passé en 2022 au moment de l’agression russe contre l’Ukraine. À ce stade, une intervention n’est pas nécessaire, d’autant plus que le gouvernement soutient déjà les ménages et les entreprises», dit la seconde, renvoyant vers la prise en charge d’une partie des frais du réseau d’électricité ou le triplement de la prime énergie pour les bas et petits revenus.

Le ministre de l’Économie, Lex Delles (DP), reprend cet argumentaire, en faisant toutefois une ouverture. «La guerre dure depuis deux semaines et demie. On ne sait pas comment la situation va continuer à évoluer. Pour l’instant, il n’existe pas de pénurie de pétrole. Mais je ne sais pas quelle sera la situation dans une, deux ou trois semaines», introduit le ministre en charge de l’Énergie. S’il refuse de spéculer, Lex Delles tient toutefois à «garantir que le gouvernement prendra, le cas échéant, des mesures socialement ciblées pour endiguer l’impact de la hausse des prix et aider les ménages».

Pas encore de tripartite en vue

Le moment d’agir ne serait cependant pas encore venu. La convocation d’une tripartite est aussi exclue pour le moment. Une erreur, selon le LSAP et déi gréng. «Il faut convoquer maintenant les partenaires sociaux. Nous avons besoin d’un gouvernement qui agit. Il nous faut travailler dès à présent sur des mesures de soutien et des allègements ciblés pour les personnes qui sont le plus dans le besoin», insiste le député socialiste Georges Engel. «Certes, ce n’est pas le moment de céder à la panique. Mais il nous faut dès à présent mener une préparation sérieuse pour mener une politique énergétique d’urgence. On doit être prêt pour réagir vite si les prix restent élevés sur le long terme», ajoute la députée verte Joëlle Welfring.

Marc Goergen (Parti pirate) estime qu’il ne revient pas à l’État d’assumer le rôle d’une assurance «casco». «Il faut bien plus tenir responsables les géants producteurs de pétrole qui continuent à amasser les bénéfices sur le dos des consommateurs», martèle-t-il.

Une large unanimité a prévalu pour continuer à investir fortement dans le développement des énergies renouvelables afin de devenir moins dépendant de l’énergie fossile et donc être moins exposé à des flambées de prix.

L’ADR tend dans une autre direction. «Imputer la faute à la situation géopolitique pour les prix élevés est trop simpliste et populiste. La vraie raison est une politique énergétique irrationnelle. Nous devons utiliser toutes les sources d’énergie à notre disposition, dont le nucléaire», met en avant Tom Weidig. Il cite aussi le gaz de schiste. Aucun autre parti n’est disposé à s’engager dans cette voie.

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