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L’ambitieuse feuille de route du gouvernement pour l’IA


Le CEO de Mistral AI Arthur Mensch (en arrière plan), et Luc Frieden ont présenté l'avenir de l'IA souveraine au Grand-Duché. (Photo : editpress/alain rischard)

Luc Frieden a présenté mercredi à Belval une nouvelle campagne nationale pour l’intelligence artificielle. Soutenue par un partenariat avec la société Mistral AI, cette stratégie vise à moderniser le Grand-Duché dans son ensemble.

Un discours d’ouverture de Luc Frieden sans Luc Frieden, quoi de mieux pour démontrer l’étendue du pouvoir de l’intelligence artificielle? Lors de la conférence de presse sur le sujet organisée mercredi par le ministère d’État au Luxembourg Learning center à Belval, c’est un avatar qui a d’abord pris la parole pour saluer les participants… avec la voix du Premier ministre. Que ce soit le ton, l’accent ou le choix des mots, la courte reproduction était à s’y méprendre.

«La conférence sera faite par un humain et, à l’avenir, il y aura encore des ministres humains» a plaisanté Luc Frieden en prenant le relais, bien qu’une intelligence artificielle nommée Diella soit devenue ministre virtuelle des marchés publics en Albanie. Toujours est-il que ce n’est pas ce chemin que compte prendre le Grand-Duché mais celui de l’IA «au service de l’humain». Un credo qui fait office de slogan pour la campagne nationale «AI4LUX» dévoilée en ce jour par le Premier Ministre en présence d’Arthur Mensch, CEO de Mistral AI et partie prenante dans la stratégie gouvernementale.

 

Devenir «le leader» en Europe

Avant de communiquer sur le partenariat instauré entre Mistral AI et l’État, le chef du gouvernement a présenté cette campagne dont le symbole s’appelle Lumi, ce petit avatar qui a justement reproduit sa voix en introduction. Moins d’un an après le lancement de la stratégie nationale en matière d’IA en mai dernier, «AI4LUX» doit informer les Luxembourgeois sur les projets en cours et menés pour leur bien, selon le Premier ministre. «Nous devons mettre en avant le potentiel majeur de cette technologie, qui est une technologie pleine d’espoir au profit du progrès économique et social et au profit de la qualité de vie de nos citoyens.»

Pour ce faire, le site internet ai4lux.public.lu a été lancé afin de regrouper les initiatives d’intelligence artificielle à travers divers pans de la société (lire ci-dessous) : santé, environnement, éducation, formation, administration, emploi, espace, énergie, finance et cybersécurité. Au total, 12 projets sont en cours et illustrent l’intérêt du Grand-Duché pour cette technologie. «Il ne faut pas rater le train des évolutions technologiques et nous ne sommes pas en train de le rater, nous sommes dans le TGV qui va vers cette gare qui sera une avancée majeure.» affirme, tout en métaphore, Luc Frieden.

Afin d’avoir «une gouvernance responsable et une discussion collective», le Premier ministre a d’ailleurs annoncé qu’une réunion tripartite avec les organisations syndicales, patronales et les chambres professionnelles aurait lieu le jeudi 12 mars prochain. Plein d’ambition, Luc Frieden veut faire du Grand-Duché «le leader de l’adoption et du développement d’applications IA avec une souveraineté européenne».

 

Arthur Mensch a quitté Belval avec un pull floqué de Lumi, avatar et symbole de la campagne AI4LUX. (Photo : editpress/ alain rischard)

 

L’IA de Mistral pour les fonctionnaires

Afin de pouvoir développer une technologie fiable et gérée en Europe, le gouvernement a signé en juin dernier un contrat avec l’entreprise française Mistral AI, d’où la présence de son CEO à Belval. «Le Luxembourg est le premier pays avec qui nous travaillons sur un projet d’une telle ampleur» a loué Arthur Mensch, avant de présenter Le Chat, l’outil souverain développé par Mistral pour les fonctionnaires.

Dans les «semaines à venir», les agents étatiques disposeront, via Le Chat, d’un accès à un assistant conversationnel offrant un soutien dans la recherche de documents, la traduction, la préparation de dossiers mais aussi pour automatiser des tâches répétitives (contrôle de listes, tri de courrier, classification de documents). Le tout au sein d’une structure étatique, afin que «la donnée ne sorte pas de l’infrastructure du Luxembourg».

Outre les outils réservés aux fonctionnaires, le CEO a également dévoilé l’arrivée de 4LM, un futur chatbot sur le site Legilux à destination, cette fois, des citoyens «afin qu’ils aient un accès et une compréhension interactive de la loi».

D’un montant d’environ 40 millions d’euros et prévu sur 5 ans, le contrat avec Mistral n’a pas de but lucratif précise Luc Frieden : «C’est un projet pour faire avancer le pays, nous ne sommes pas là dans une logique de retour sur investissement». Du côté de l’entreprise française, cette collaboration «nous sert d’exemple quand d’autres États européens viennent vers nous» se réjouit Arthur Mensch.

 

L’IA, une menace pour les fonctionnaires?

Avec l’arrivée prochaine d’outils dans la fonction publique luxembourgeoise, la question du potentiel remplacement de fonctionnaires par l’IA se pose. Arthur Mensch se veut, logiquement, rassurant à ce sujet : «Il faut plutôt le voir comme une opportunité et non une menace». Le cofondateur de Mistral IA voit la formation à l’IA comme une priorité «afin de pouvoir déléguer de plus en plus de tâches». «Cela change la manière de travailler des gens, cela les rend plus efficaces pour passer plus de temps sur les tâches créatives et moins sur celles qui sont automatisables».

 

Les 12 projets IA du gouvernement

Le site dévoilé à l’occasion de la campagne nationale «AI4LUX» présente les 12 projets liés d’intelligence artificielle en cours de réalisation par le gouvernement. Outre les projets pour la fonction publique et Legilux (voir ci-dessus), Luc Frieden a désigné «AI4Skills» comme exemple. Ce dernier doit «bâtir un écosystème de données sur les compétences de la population active et sera un outil clé pour l’ADEM afin d’orienter les gens.»

Sur le volet climatique, le Premier ministre a évoqué la création d’un jumeau numérique régional, qui est une copie virtuelle du territoire, afin de pouvoir anticiper les conditions météorologiques, leurs conséquences et donc gagner en résilience.

Le projet «AI in Health», aussi cité comme exemple, devrait permettre d’«alléger le travail des médecins et infirmiers» en facilitant les tâches administratives, en détectant plus tôt des maladies et en proposant des traitements plus personnalisés.

Avec comme volonté de disposer d’une IA souveraine, la cybersécurité est un enjeu phare pour le Grand-Duché. Ainsi, un espace de données ouvert, un pôle d’IA spécialisé et un laboratoire quantique vont voir le jour afin d’optimiser la régulation et la détection des menaces.

 

Du patrimoine à l’espace 

Le patrimoine culturel doit également bénéficier de la nouveauté technologique afin d’être plus accessible mais aussi plus innovant en permettant au citoyen de «se connecter plus profondément à son histoire et à sa culture».

Pour l’éducation, un projet est en phase pilote visant à transformer le curriculum national en «une plateforme numérique intelligente, sécurisée et interactive» avec, comme prochaine étape, l’extension à l’enseignement secondaire et à la formation professionnelle.

Tandis que l’Agence spatiale luxembourgeoise (LSA) prévoit d’élargir son utilisation de l’IA, les institutions financières sont, elles, invitées à explorer les possibilités en la matière grâce à un «AI Experience Centre» qui sera lancé le 13 avril prochain.

Comme initiative nationale à plus long terme, le but est que l’IA permette d’optimiser en temps quasi réel la stabilité du réseau d’énergies (électricité, gaz, hydrogène) d’ici 2030.

Enfin, les formations basiques à l’IA offertes aux citoyens, aux écoles et aux entreprises complètent la liste.

 

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