Le procès pour pratiques anticoncurrentielles s’est ouvert lundi à New York contre l’organisateur de spectacles Live Nation, qui contrôle également le géant de la billetterie Ticketmaster.
Le gouvernement américain obtiendra-t-il le démantèlement du groupe Live Nation? Le procès qui s’est ouvert lundi à New York contre le géant de l’organisation et de la promotion de spectacles est le point culminant de la procédure initiée sous l’ancien président Joe Biden, en mai 2024. Le ministère de la Justice (DOJ) avait alors qualifié Live Nation de «monopoliste», «qui (contrôlait) la quasi-totalité des spectacles vivants aux États-Unis».
L’entreprise californienne a organisé, en 2025, plus de 55 000 événements dans le monde, qui ont attiré 159 millions de spectateurs. Outre la promotion, elle possède une participation dans 460 lieux de spectacle et contrôle, depuis 2010, le champion mondial de la billetterie, Ticketmaster. Dernier fait en date, Live Nation s’est offert début janvier Paris La Défense Arena, plus grande salle couverte d’Europe (40 000 places).
Le gouvernement américain lui reproche d’abuser de sa position dominante pour forcer les artistes et les salles à s’engager avec elle, écarter la concurrence et imposer aux fans des frais trop élevés. Il réclame la cession de Ticketmaster ainsi que d’autres mesures correctives. Selon plusieurs médias, Live Nation a cherché à convaincre le DOJ de passer un accord amiable pour lui éviter un procès, en vain. Une transaction est néanmoins encore possible même après l’ouverture des débats.
«Dossier raboté»
Le refus du gouvernement Trump a surpris les observateurs, qui avaient vu dans la démission, mi-février, de la principale responsable des dossiers de concurrence au sein du DOJ, Gail Slater, un signe annonciateur. Elle était «une avocate antitrust respectée (qui) incarnait un certain espoir (…) dans un ministère de la Justice en plein chaos, (…) incapable de faire appliquer la loi», selon le spécialiste John Kwoka. Depuis l’investiture de Donald Trump, le DOJ fait face à des accusations de clientélisme, un cadre de l’équipe de Gail Slater, Roger Alford, ayant publiquement reproché à certains de ses collègues d’accommoder lobbies et dirigeants ayant les faveurs du président américain.
Le procès a pourtant débuté lundi par la sélection du jury, qui devrait durer au moins la journée, selon le juge fédéral Arun Subramanian, récemment aux commandes du procès du rappeur P. Diddy. Contrairement à la stratégie adoptée dans nombre de procès techniques, Live Nation a choisi d’être jugé par un jury populaire plutôt que par un magistrat seul.
Le gouvernement arrive à l’audience avec un argumentaire moins complet qu’initialement prévu, le juge Subramanian ayant écarté, mi-février, plusieurs accusations du DOJ. «Le dossier a été raboté», observe Douglas Ross, professeur de droit à l’université du Washington. «Ce qu’il en reste n’est probablement pas suffisant, même si le DOJ l’emportait, pour entraîner un démantèlement.»